De l’Algérie au Pacifique : RÉSONANCE fait dialoguer les mémoires kabyle et kanak

C’est une passerelle inattendue et poignante jetée au-dessus de l’océan. Le 29 septembre 2026, l’Université de la Nouvelle-Calédonie accueillera l’avant-première de RÉSONANCE, une œuvre transmédia novatrice signée Rym Maincer. Née à Tizi-Ouzou, ayant grandi en France et installée à Nouméa depuis 2010, l’autrice et réalisatrice livre un projet ambitieux qui fait s’entrechoquer les mémoires, la jeunesse et les imaginaires d’Algérie et du Pacifique.
L’œuvre a émergé dans l’onde de choc des événements majeurs subis par la Nouvelle-Calédonie en mai 2024. Face à ces tensions qui ont réactivé les fractures locales et l’urgence des questions de mémoire, la réalisatrice a sciemment choisi la fiction pour interroger l’avenir. Le récit cherche à comprendre comment la nouvelle génération peut dépasser l’héritage des traumatismes passés pour en faire la matière brute de ses propres futurs.
Au centre de la narration se croisent les trajectoires de Rose et Mahdi, deux jeunes Calédoniens porteurs de récits coloniaux distincts. Rose, jeune femme kanak, est viscéralement rattachée à sa terre, ses ancêtres et sa culture ancestrale. Mahdi, de son côté, descend des Algériens déportés dans le Pacifique à la suite du soulèvement de la Kabylie en 1871 contre la présence française.
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Deux trajectoires, une mémoire croisée : entre ancrage kanak et héritage kabyle
Un siècle et demi après ces déportations massives, les descendants des Algériens sont toujours désignés sur l’archipel sous le terme générique d’« Arabes de Nouvelle-Calédonie ». Une étiquette historique ambiguë qui a peu à peu invisibilisé la spécificité culturelle et linguistique de leurs origines amazighes. RÉSONANCE remet en lumière ce pan méconnu de la mémoire commune en le plaçant en miroir de la réalité kanak.
Ancrés dans le monde contemporain, Rose et Mahdi apprennent à s’apprivoiser à travers la reconnaissance de leurs trajectoires respectives. La fiction explore une forme d’écologie du soin et du lien, où la connaissance de l’autre devient un catalyseur. Rose opte pour la force de l’ancrage territorial, tandis que Mahdi choisit la mobilité et le voyage, dessinant deux chemins complémentaires vers un destin commun.
Pour raconter cette histoire, RÉSONANCE bouscule les codes traditionnels de la narration en associant film d’animation hybride, littérature, musique originale et intelligence artificielle générative. Conçue comme un Live Storytelling Event, l’œuvre propose un univers esthétique singulier mêlant création visuelle de synthèse, modélisation 3D, archives documentaires et photographies intimes.
Innovation numérique, transmission culturelle et rayonnement international
Pour Rym Maincer, l’utilisation de ces nouveaux outils répond à une urgence culturelle. L’autrice défend l’idée qu’une culture ne reste vivante qu’en investissant les espaces numériques où se forge la sensibilité des jeunes générations. Faute de participer à ces nouveaux modes d’expression, les identités régionales et insulaires risquent de s’effacer des représentations de demain.
Le projet a été conçu en toute indépendance à Nouméa via un dispositif flexible baptisé Pocket Studio. Tout en utilisant les technologies génératives, l’œuvre questionne de manière critique leurs biais. Cet exercice de création numérique a d’ailleurs conduit la réalisatrice à renouer avec sa propre langue maternelle : la langue amazighe et l’alphabet Tifinagh ont naturellement retrouvé leur place dans le parcours de Mahdi.
L’œuvre amorce aujourd’hui son rayonnement à l’international après avoir décroché plusieurs sélections dans des festivals de renom. En Nouvelle-Calédonie, le projet est déjà intégré au Pass Culture NC. Il est également en compétition pour le Festival International du Court Métrage de Timimoun en Algérie, ainsi qu’au FINIFA d’Agadir, festival consacré au cinéma amazigh.
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