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Algérie : le FMI voit les réserves de change passer de 51 à 19,8 milliards de dollars d’ici 2031

Algérie : le FMI voit les réserves de change passer de 51 à 19,8 milliards de dollars d’ici 2031
Projection du FMI : les réserves de change de l'Algérie tomberaient de 51 à 19,8 milliards de dollars d'ici 2031. Source : FMI.
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Le Fonds monétaire international projette une nouvelle baisse des réserves officielles de change de l’Algérie, de 51 milliards de dollars fin 2025 à 19,8 milliards en 2031, soit un recul d’environ 61 %. Dans les conclusions de sa consultation annuelle, publiées le 21 septembre, l’institution attribue cette érosion aux déficits extérieur et budgétaire. Elle invite Alger à profiter de la remontée des prix des hydrocarbures pour rééquilibrer ses finances publiques.

Le conseil d’administration du FMI a conclu le 11 septembre 2026 ses consultations annuelles avec l’Algérie, dites « au titre de l’article IV ». L’institution a publié ses conclusions dans un communiqué daté du 21 septembre, accompagné d’un tableau des principaux indicateurs économiques de 2023 à 2031. Ce tableau fait apparaître la trajectoire des réserves de change.

De 68,9 à 19,8 milliards de dollars : la trajectoire projetée

Selon le tableau des indicateurs joint au communiqué du FMI du 21 septembre, les réserves officielles brutes de l’Algérie atteignaient 68,9 milliards de dollars en 2024. Le Fonds les estime à 51 milliards fin 2025, soit une ponction de 17,9 milliards de dollars en douze mois. Ses services projettent ensuite une baisse continue :

  • 2026 : 46,5 milliards de dollars, soit 8,1 mois d’importations
  • 2027 : 41 milliards de dollars
  • 2028 : 33,4 milliards de dollars, soit 5,8 mois d’importations
  • 2029 : 27,8 milliards de dollars
  • 2031 : 19,8 milliards de dollars, soit 3,3 mois d’importations

Le FMI calcule la couverture en mois d’importations de biens et services de l’année suivante. Elle s’établissait à 8,6 mois en 2025.

2024 : 68,9 Md$ → 2031 : 19,8 Md$.

La projection représente une baisse de 49,1 milliards de dollars entre 2024 et 2031.

Ces chiffres restent des projections établies à politiques inchangées. Le FMI les réévalue chaque année, et la trajectoire réelle dépendra des cours des hydrocarbures comme des décisions budgétaires à venir. Mieux vaut donc les lire comme un scénario, que les prochaines publications du FMI ou de la Banque d’Algérie pourront réviser.

2025 : l’envolée des importations a creusé le déficit extérieur

Le FMI relie directement la chute de 2025 à la dégradation des comptes extérieurs : les importations ont fortement augmenté pendant que les exportations d’hydrocarbures reculaient, ce qui a provoqué d’importantes pertes de réserves.

Selon le tableau des indicateurs du Fonds, le déficit des transactions courantes a grimpé à 8,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, contre 1,1 % en 2024. Les importations sont passées de 16,8 % à 21,9 % du PIB, tandis que les exportations descendaient de 18,1 % à 15,8 %. Le prix moyen du baril exporté par l’Algérie est tombé à 69,4 dollars.

L’activité a pourtant résisté. Le FMI estime la croissance du PIB réel à 3,9 % en 2025, après 3,7 % en 2024, grâce notamment à un investissement soutenu. Ce contraste résume le diagnostic du Fonds : la croissance tient, mais les amortisseurs financiers du pays s’amenuisent.

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Un baril au-dessus de 90 dollars ne suffira pas

La hausse des cours en 2026 améliore nettement la situation à court terme. Le FMI table cette année sur un baril exporté à 92,6 dollars, contre 69,4 dollars en 2025, ce qui ramènerait le déficit courant à 1,9 % du PIB. Les réserves continueraient pourtant de baisser, à 46,5 milliards de dollars fin 2026.

Le répit serait de courte durée. Avec un baril projeté à 82,4 dollars en 2027, le déficit courant remonterait à 2,5 % du PIB, puis à 3,1 % en 2028. Cette année-là, les réserves perdraient 7,6 milliards de dollars, en passant de 41 à 33,4 milliards. Le déficit refluerait ensuite vers 2 % du PIB : 2,6 % en 2029, 2,2 % en 2030 et 2 % en 2031. Le Fonds prévient que ces déficits extérieurs, s’ils persistent, continueront de réduire les réserves à moyen terme.

Budget : la Banque d’Algérie de plus en plus sollicitée

L’endettement extérieur ne joue presque aucun rôle dans cette érosion : il ne représentait que 1,1 % du PIB en 2025. Le FMI pointe surtout le commerce extérieur et les finances publiques.

Le déficit budgétaire global a reculé à 10,5 % du PIB en 2025. Selon le FMI, ce recul s’explique par d’importants versements exceptionnels de dividendes des entreprises publiques et de la Banque d’Algérie. Le Fonds l’attend à 9,6 % du PIB en 2026 et encore à 8,7 % en 2031.

Pour couvrir ce déficit, l’État recourt de plus en plus à la Banque d’Algérie. Son financement direct au Trésor passerait de 3,7 % du PIB en 2025 à 5,5 % en 2026. La dette publique suivrait la même pente : 52,1 % du PIB en 2025, 53,2 % en 2026 et 60,4 % en 2027. Les avoirs extérieurs nets ont, eux, reculé de 14,5 % en 2025, et le FMI les voit baisser chaque année jusqu’en 2031.

Ces tensions se retrouvent sur les prix et sur le change. L’inflation est passée de -2,0 % en septembre 2025 à 5,2 % en avril 2026, selon le FMI, en raison de la fin de la déflation des prix alimentaires et de la flambée des prix des bijoux liée à l’or. Le Fonds relève aussi une hausse de l’écart entre le taux officiel et celui du marché parallèle, sans le chiffrer. Nous revenions récemment sur cet écart entre l’euro officiel et l’euro du marché parallèle.

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Ce que recommandent les administrateurs du FMI

Pour inverser la tendance, le conseil d’administration appelle à une consolidation budgétaire « progressive et crédible ». Il voit dans la hausse actuelle des cours des hydrocarbures une occasion de reconstituer des marges de manœuvre.

Les administrateurs formulent aussi plusieurs recommandations précises :

  • Financement monétaire : réserver le recours à la Banque d’Algérie pour financer l’État à des circonstances exceptionnelles.
  • Politique monétaire : la resserrer si les pressions inflationnistes s’étendent.
  • Change : accorder davantage de flexibilité au taux de change. Selon le Fonds, l’économie absorberait ainsi mieux les chocs extérieurs et l’écart avec le marché parallèle se réduirait.

Ces orientations prolongent celles de la mission conduite à Alger du 16 au 30 juin 2026 par Charalambos Tsangarides. À l’issue de cette mission, le FMI plaidait déjà pour un assainissement budgétaire, une politique monétaire centrée sur la stabilité des prix et un change plus flexible. Il saluait aussi les efforts de diversification de l’économie et la sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme). Nous avions présenté les autres volets du communiqué dans notre article sur la croissance et les réformes vues par le FMI.

Une alerte déjà lancée en 2025

Le FMI n’en est pas à son premier avertissement. En septembre 2025, à l’issue de sa précédente consultation, il anticipait déjà une nette baisse des réserves, à environ 3,2 mois d’importations en 2030. La nouvelle projection confirme cette tendance et la prolonge jusqu’en 2031.

Le recul est d’autant plus marqué que les réserves atteignaient encore 70,6 milliards de dollars en 2023.

Ce qu’il faudra suivre

Le projet de loi de finances 2027, que le gouvernement prépare depuis le printemps, donnera les premières indications sur la trajectoire budgétaire qu’il entend suivre. La prochaine consultation du FMI, attendue selon le cycle habituel d’ici un an, permettra de mesurer l’évolution effective des réserves.

Les devises de la diaspora pèsent aussi dans l’équation. Selon le Fonds international de développement agricole (FIDA), les transferts de fonds des Algériens de l’étranger ont atteint 1,79 milliard de dollars en 2025.

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AS

Ahmed Saifi

Journaliste senior – Politique, actualité nationale et société

Ahmed Saifi est journaliste senior au sein de la rédaction d'Algerie360. Fort de plus de vingt années d'expérience dans le journalisme, il suit et analyse les grands enjeux politiques, institutionnels et sociaux qui façonnent l'actualité algérienne.

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