Le débat est clos. Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, a officialisé ce jour une réforme attendue depuis plusieurs mois : à compter de la prochaine rentrée scolaire, l’anglais sera la seule langue étrangère enseignée en 3e année primaire (3e AP). En effet, selon El Khabar, le français, ne fera son entrée dans le cursus qu’à partir de la 4e année primaire. Une décision tranchée, sans ambiguïté, qui referme des semaines de spéculations.
Au-delà du cycle primaire, le ministre a également confirmé la volonté du secteur de renforcer l’enseignement de l’anglais au collège, notamment dans les filières langues étrangères et les filières techniques. L’objectif affiché est clair : aligner le système éducatif algérien sur les standards internationaux en vigueur.
Derrière cette réforme, il y a une réalité pédagogique documentée. Soumettre un enfant de huit ans à l’apprentissage simultané de deux langues étrangères partageant le même alphabet latin génère ce que les spécialistes appellent une interférence linguistique négative. Grammaire, prononciation, règles orthographiques : les repères se brouillent, la confusion s’installe, et c’est souvent la motivation scolaire qui en pâtit en premier.
Les experts consultés par le ministère ont été unanimes sur ce point. Consolider les bases dans une première langue étrangère avant d’en introduire une seconde constitue l’approche la plus efficace pour préserver les capacités d’apprentissage de l’élève. C’est précisément cette logique qui a guidé la décision annoncée aujourd’hui.
Le choix de l’anglais comme première langue n’est pas anodin. Langue des sciences, des technologies et de l’intelligence artificielle, elle s’impose comme le vecteur incontournable d’une ouverture sur le monde. Sa structure, jugée plus accessible pour un jeune apprenant, en fait également un point d’entrée plus naturel dans l’univers des langues étrangères.
🟢 À LIRE AUSSI : Enseignants : le ministère de l’Éducation apporte d’importantes précisions
Le français repoussé en 4e AP : un recalibrage, pas une suppression
Il convient de le préciser : le français ne disparaît pas du primaire. Son introduction est simplement décalée d’un an, en 4e année primaire, à un stade où l’élève dispose d’une maturité cognitive plus solide pour aborder une deuxième langue étrangère sans risque de saturation.
Ce recalibrage s’inscrit dans une stratégie globale de réorganisation de l’enseignement des langues étrangères sur l’ensemble des cycles. Au collège, l’anglais gagnera du terrain dans les filières scientifiques et techniques, en cohérence avec les exigences des formations supérieures et du marché du travail.
La réforme du système éducatif algérien suit ainsi une trajectoire progressive, loin de toute rupture brutale. Saâdaoui l’avait lui-même souligné en juin dernier : améliorer sans déstabiliser, moderniser sans sacrifier les acquis.
Rentrée 2026-2027 : des mois de consultations avant la décision officielle
En avril dernier, lors d’une séance de questions orales à l’Assemblée populaire nationale, Saâdaoui avait déjà évoqué la difficulté pour les élèves de 3e AP d’assimiler deux langues étrangères simultanément, laissant entendre qu’une révision était à l’étude. En juillet, les discussions avaient alors franchi un cap supplémentaire, avec des rapports issus de la Conférence nationale pointant vers la suppression du français en 3e AP au profit de l’anglais.
Aujourd’hui, la tutelle a donc franchi le pas. Ce qui relevait encore de la consultation est devenu une décision officielle et irrévocable, applicable dès la rentrée prochaine.
Cette mesure sur les langues s’inscrit dans un chantier plus large. Dès février, le ministère avait annoncé, dans le cadre de la préparation de la rentrée scolaire 2026-2027, un programme de recrutement massif incluant 14 000 enseignants d’anglais, signe que la montée en puissance de cette langue dans le système éducatif était planifiée de longue date.
L’allègement des programmes, la revalorisation du statut des enseignants et la réorganisation des langues étrangères forment désormais un triptyque cohérent. Ainsi, chaque mesure renforce l’autre.
