La Cour d’Alger a rendu son verdict ce mercredi : les peines prononcées contre Réda Kouninef et ses coaccusés dans l’affaire de l’exploitation agricole de Zéralda sont confirmées. 10 ans de prison ferme pour l’homme d’affaires incarcéré, quatre ans pour son beau-frère, médecin à la retraite, et dix ans également pour le fils de ce dernier, jugé par contumace, a-t-on appris du média « Ennahar ».
La juridiction d’appel a ainsi rejeté le recours des prévenus, maintenant intégralement les condamnations initialement prononcées par le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed.
Une exploitation agricole d’État au cœur du scandale de corruption
Au centre de cette affaire se trouve une exploitation agricole de 11 hectares située à Zéralda, propriété de l’État, dont des individus ont bénéficié de manière frauduleuse via un contrat de concession agricole. Selon les conclusions de l’enquête judiciaire, cette parcelle abritait des arbustes rares à caractère tropical, des espèces que l’on ne trouve normalement que sous des latitudes équatoriales. Les revenus tirés de cette exploitation ont ensuite été réinjectés dans un circuit de blanchiment d’argent, permettant aux mis en cause de disposer librement de biens pourtant frappés de saisie et de confiscation par décision judiciaire définitive.
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L’affaire a pris naissance de manière inattendue. En juin 2024, un agriculteur et gardien de l’exploitation a déposé une plainte pour menaces auprès du procureur de la République près le tribunal de Chéraga. Il affirmait avoir été intimidé par le beau-frère de Kouninef, pour l’empêcher d’accéder au domaine ou de l’exploiter à l’avenir. Le dossier a rapidement été transmis au parquet du pôle pénal spécialisé de Sidi M’hamed, qui a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire. Les investigations ont alors révélé que l’exploitation, présentée comme gérée par un homme d’affaires tunisien répondant au nom de Ben Abdallah Belhassen, était en réalité un bien domanial faisant l’objet d’une mesure de confiscation judiciaire, géré sans titre légal valable et transformé en partie en installations industrielles via une société en participation.
Réda Kouninef nie toute implication, son avocat dénonce une procédure viciée
Lors des audiences, Réda Kouninef a catégoriquement rejeté les faits qui lui étaient reprochés. Incarcéré depuis 2019 à la prison de Koléa, il a soutenu que l’exploitation ne lui appartenait pas et que son véritable propriétaire était le ressortissant tunisien Ben Abdallah Belhassen, qu’il dit avoir rencontré en 2018. Il a reconnu avoir acheté 200 arbres tropicaux à ce dernier pour cinq millions de dinars et avoir fondé avec lui une société en participation dédiée à la vente de semences et d’aliments pour bétail. Selon lui, le plaignant a profité de l’absence du gérant tunisien, parti se soigner en Tunisie, pour s’introduire de force dans l’exploitation et réclamer ensuite vingt millions de centimes par mois pendant cinq ans, une demande qui aurait été refusée avant que la plainte ne soit déposée.
Son beau-frère a, de son côté, nié avoir menacé le plaignant ou lui avoir interdit l’accès au domaine, affirmant n’avoir aucun lien direct avec l’exploitation.
La défense de Kouninef a, quant à elle, contesté la régularité de la procédure dès son origine. L’avocat a fait valoir que l’action publique avait été déclenchée en mars 2025, soit près d’un an après le début de l’enquête, alors que son client se trouvait déjà derrière les barreaux. Il a également souligné que la société en participation constituée avec le Tunisien ne disposait ni de personnalité morale ni de registre de commerce, et qu’elle avait été dissoute de plein droit dès l’incarcération de son client. La défense a conclu en plaidant l’acquittement, qualifiant la plainte de manœuvre d’extorsion orchestrée par le plaignant.
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Le parquet avait réclamé un durcissement des peines
Avant que la chambre ne délibère, le parquet avait pris des réquisitions allant dans le sens d’un alourdissement des sanctions pour chacun des prévenus, assortis de la confiscation de l’ensemble des biens saisis, qu’ils soient immobiliers ou mobiliers. La cour n’a finalement pas suivi cette demande de durcissement, mais a néanmoins confirmé les condamnations dans leur intégralité. Le mandat d’arrêt visant le fils en fuite a également été maintenu.
Cette décision s’inscrit dans la continuité d’un dossier judiciaire dont les premières condamnations avaient été prononcées par le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed le 6 janvier 2026, avant que les accusés ne fassent appel. Deux semaines avant ce verdict, ils avaient comparu devant la chambre pour exposer leurs arguments, sans parvenir à convaincre les magistrats.
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