Rapport Stora : Les Harkis dénoncent le “minimalisme” de l’historien 

Rapport Stora : Les Harkis dénoncent le “minimalisme” de l’historien 

Le Comité national de liaison des Harkis (CNLH) a réagi, ce samedi, 23 janvier, au rapport de l’historien français Benjamin Stora sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie », et l’a accusé de « minimalisme ».

Le Comité national de liaison des Harkis (CNLH) a accusé l’historien français, Benjamin Stora, de « minimalisme » dans son rapport sur les questions mémorielles de la guerre d’Algérie, remis mercredi passé au Président Emmanuel Macron. « L’historien minimaliste s’est abstenu de tout débat ou avis contradictoire, pourtant nécessaire en démocratie », a dénoncé le CNLH dans son communiqué.

Dans son rapport sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie », commandé par le Président Macron, l’historien Benjamin Stora a formulé une liste de recommandations communes entre l’Algérie et la France afin de réconcilier les mémoires des deux rives de la Méditerranée.

Parmi ses « préconisations », Stora a évoqué la question des Harkis et a recommandé de « voir avec les autorités algériennes la possibilité de faciliter les déplacements des Harkis et de leurs enfants entre la France et l’Algérie ».

En effet, pour Mohamed Badi du CNLH, « c’est une poudre aux yeux ». « Les personnes qui restent sont dans leur lit de mort ou sont âgées et ne retourneront pas en Algérie (…) Quant aux enfants, les jeunes, quand ils y vont, ils sont mal accueillis », a-t-il encore déclaré.

Pour sa part, la journaliste Dalila Kerchouche, auteure de « Mon père, ce harki », publié en 2003 au Seuil, a estimé que « réduire le drame des Harkis à une seule mesure est choquant ». « Les enfants des Harkis n’ont jamais été interdits de circuler en Algérie », a-t-elle souligné.

Il faut que « la France reconnaisse définitivement le mal qu’elle a fait »

Le Comité des Harkis souhaite que « la France reconnaisse définitivement le mal qu’elle a fait » et revendique « la vérité, la reconnaissance, la justice et la réparation « . « En cachant cette partie de l’Histoire, elle fausse l’Histoire », a indiqué Badi.

Le CNLH veut « la reconnaissance par l’État français de sa responsabilité et de sa faute dans le désarmement, l’abandon et le massacre des harkis, après les accords d’Évian et le cessez-le-feu du 19 mars 1962 ».

Selon le même communiqué, le CNLH souhaite « une reconnaissance pour la réclusion arbitraire des rescapés dans des camps et autres lieux de relégation indignes, sans jugement et pour une durée indéterminée, dès leur arrivée en France ».

« Cet effroyable drame humain et national ne saurait être occulté, c’est le sens de notre combat pour qu’enfin une page se tourne et que le travail mémoriel des deux côtés de la Méditerranée commence, en vue de la réconciliation des peuples, dans l’intérêt des générations présentes et futures », a-t-on encore indiqué.

La famille d’Ali Boumendjel dénonce « un mensonge d’État »

Le rapport de Stora a également préconisé  « la reconnaissance par la France de l’assassinat d’Ali Boumendjel, avocat, amis de René Capitant, dirigeant politique du nationalisme algérien, assassiné pendant « la Bataille d’Alger » de 1957 ». Plus de 60 ans après cet horrible et honteux acte criminel de la France coloniale, la famille du valeureux Ali Boumendjel est revenue sur son assassinat et a dénoncé un « mensonge d’État ».

Sa nièce, Mme. Fadela Boumendjel-Chitour, Professeur de médecine et militante des droits humains, a révélé que « la veuve d’Ali Boumendjel, ses parents, sa fratrie et un de ses fils, sont morts sans que la vérité sur son assassinat ne soit révélée officiellement », dénonçant « mensonge de l’État (français) qui fut dévastateur ».

En effet, l’assassinat d’Ali Boumendjel a été maquillé en suicide et ce jusqu’aux années 2000, quand le général parachutiste sanguinaire Paul Aussaresses avait publié ses mémoires et ses aveux. « Je crois que les responsables politiques français ne mesurent pas à quel point des familles entières ont été dévastées par les mensonges d’État », a-t-elle affirmé.

« La réhabilitation (d’Ali Boumendjel) est une approche de la vérité. C’est bien, à condition que l’on reconnaisse qu’il a été sauvagement torturé durant des semaines et que son assassinat a été masqué en suicide », a encore indiqué Mme. Boumendjel-Chitour en évoquant le rapport Stora.