Quête de la démocratie en Algérie, Pourquoi en sommes-nous là?

Quête de la démocratie en Algérie, Pourquoi en sommes-nous là?

vote_888330735.jpgRien qui puisse nous donner une idée de ce que sera l’élection?

Depuis 1962, on nous chante le refrain de la démocratie au point où nous sommes presque certains d’en avoir été les créateurs.

Finalement, quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise, l’homme est toujours tenté de prendre la voie qui convient le mieux à sa nature. Tout ce qu’il fait pour convaincre du contraire n’est que pur mensonge et vile sournoiserie.

Depuis 1962, on nous chante le refrain de la démocratie au point où nous sommes presque certains d’en avoir été les créateurs. La démocratie? Nous l’avons écrite sur nos portes, sur nos édifices publics, sur la ligne de l’horizon, dans notre Constitution, dans nos chansons et même dans ces longues et ennuyeuses histoires que nous avons inventées pour les générations passées et, surtout, celles à venir.

La démocratie? Nous l’avons racontée à notre nuit pour qu’elle parte, à notre jour pour qu’il arrive, à nos ancêtres pour qu’ils nous pardonnent, à nos enfants pour qu’ils nous comprennent, mais nous n’avons jamais pu rencontrer la démocratie ailleurs que sur les sillons creux des discours plus creux encore.

Le chemin de la démocratie est encore loin pour nous. Très loin même. Nous avons beau abandonner l’option socialiste qui nous avait rongés jusqu’aux os, nous avons beau débarquer, en fuyant, du bateau fou sur lequel nous menait le parti unique et nous avons beau privatiser au dinar symbolique des entreprises construites avec le sang et la sueur du peuple, nous n’avons pas progressé d’un pas. Nous sommes toujours enchaînés à nos véritables démons et nous refusons toujours de sortir de la sombre caverne qui nous sert de paradigme.

Le temps tombait en poussière

Nous avons toujours cru que la démocratie est une affaire de nombre. Une affaire de majorité. Alors nous nous sommes mis à calculer et, surtout, à voir comment nous arranger pour que cette majorité soit toujours du côté qui nous convient. On nous a expliqué que la démocratie est une affaire de vote, d’élections comme disent les officiels et ceux qui veulent paraître plus savants. Alors nous nous sommes mis à organiser des séries interminables de votes pour élire les maires, les députés, les membres des Assemblées de wilaya, les présidents, les responsables de syndicat et nous y avons tellement cru que nous avons généralisé la pratique à d’autres institutions comme les universités par exemple et, si nous le pouvions, nous l’aurions généralisé à tout. A la naissance pour que ne naisse que celui qu’on veut, à la mort pour que ne décède que celui qu’on veut, à la fortune pour que ne gagne dans cette vie que celui qu’on veut et comme on veut…

On nous a raconté que la démocratie a un tel pouvoir d’améliorer les choses que nous avons tout misé sur elle: notre passé, notre présent et l’avenir de nos enfants sans jamais douter, ne serait-ce qu’un seul instant, que cela pourrait être autrement que ce qu’on nous racontait! Les jours passaient sans rien apporter de nouveau à part une conviction de plus en plus grande en la démocratie. Les mois se succédaient sans que rien ne change sauf notre impatience qui se faisait de plus en plus brûlante. Les années s’ajoutaient aux années et le temps tombait en poussière sans que rien n’arrive, sans que rien ne s’améliore même aujourd’hui. Il nous a fallu jusque-là cinquante années d’attente et Dieu seul sait combien nous devons encore attendre cette démocratie qui ne vient pas. Qui ne veut pas venir!

On nous a dit que, pour être démocrates, il faut créer des partis, plusieurs partis. Nous en avons créés au point où personne ne pouvait les compter. On nous a raconté que pour être démocrate, il faut un dialogue et nous avons dialogué sur les plateaux de télévision jusqu’à nous donner en spectacle à une humanité qui n’en pouvait plus de rire. On nous a dit que la démocratie se construit lentement et nous avons patienté toute une indépendance durant sans jamais rien voir pointer à l’horizon.

Nous aurons finalement tout essayé sans que rien de sérieux ne se produise et cette situation est tout à fait normale car, en réalité, nous avons emprunté, dès le départ, un chemin autre que celui de la démocratie. Et comme tous les chemins ne mènent pas à la démocratie, nous sommes coincés pour longtemps. Peut-être pour très longtemps, peut-être même pour très très longtemps. Revenir n’est pas aisé. Continuer n’est pas gai. Se regarder crever sur le chemin de ses erreurs n’est pas le meilleur avenir pour un peuple. Si aujourd’hui encore, notre présent nous boude et notre avenir nous fuit, il ne faut le reprocher qu’à nous-mêmes. Même dans nos mosquées, trop occupées par la politique, on n’a pas le temps de se rappeler de faire un jour des prières pour qu’on déniche un raccourci qui nous fasse trouver la voie qui mène à la démocratie.

Une question se pose maintenant à nous. Une question à laquelle il faudrait tenter, au moins, de répondre honnêtement. Pourquoi en sommes-nous là?

Nous en sommes là pour avoir avalé bêtement les promesses qui ne pouvaient être tenues. Pour avoir mal choisi les hommes. Pour avoir mal dessiné l’avenir et pour avoir participé, ne serait-ce que par le silence, à la prise des mauvaises décisions. Mais nous en sommes là surtout pour avoir menti à nous-mêmes.

Pour avoir cru que nous pouvions faire mieux et plus vite que les autres, que tous les autres réunis. Cette démocratie que les autres ont mis des siècles à construire, on nous avait dit que nous pouvions la faire en une année, en un mois et même plus rapidement.

Partout dans le monde, lorsqu’il y a une élection présidentielle en vue, les analyses, les études et les sondages fusent de partout. Il pleut des critiques, des observations et des remarques. Le taux prévu de participation est mille fois passé en revue, les voix à obtenir par les candidats sont passées au crible, les parts du marché électoral sont étudiées, les stratégies mises en place sont décortiquées, les mots, les phrases, les gestes… rien n’est laissé au hasard et rien ne passe inaperçu. Nous sommes à quelques jets de pierre et jusqu’à présent nous ne savons même pas qui prend part, de qui ne sera pas de l’aventure présidentielle. La seule chose que nous sommes aptes à faire c’est de spéculer et chacun y va selon son humeur, selon la main qui le nourrit ou selon ses aptitudes à percevoir les choses.

Ouyahia reviendra ou ne reviendra-t-il pas? Benflis participera ou ne participera-t-il pas? Hamrouche a-t-il réellement commencé à préparer un programme? Qui est entré en contact avec les intellectuels algériens à l’étranger pour leur demander à prendre part à la mise en place d’un programme? Belkhadem est-il écarté pour toujours ou bien reviendra-t-il dans la course? Qui servira de lièvre? Et Bouteflika se portera-t-il ou pas candidat? Après tout, et à bien réfléchir, on ne sait rien. Absolument rien, à part que Yasmina Khadra et Sofiane Djilali nourriraient (on le dit au conditionnel) des intentions. C’est tout! Bien maigre est notre connaissance et pourtant, on ne parle pas de la typologie des bactéries sur la planète Saturne, mais juste de présidentielle en Algérie et qui, plus est, aura lieu demain!!! La démocratie repose, entre autres, sur l’information et nous n’avons aucune information. Notre chemin est encore loin de la démocratie. Très loin! Pour toute information, nous avons appris que Sellal aurait déclaré, depuis Tamanrasset, que Bouteflika ne part pas. Pour toute information, nous avons appris par la presse que le FLN de Saâdani appelle de toutes ses forces et de tous ses mouhafedhs à un quatrième mandat. Nous avons appris aussi que TAJ de Amar Ghoul grimpe sur tous les toits pour hurler qu’il soutiendrait Bouteflika à un quatrième mandat si ce dernier se présentait. Nous avons appris que le RND, qui n’a pas encore passé la crise née du départ de Ouyahia, soutient lui aussi un quatrième mandat de Bouteflika et que le MNA, le parti de Amara Benyounès, ne cache pas, lui non plus, son soutien à ce quatrième mandat. Pour toute information, nous avons appris que Ould Abbès, et on ne sait plus en qualité de quoi il intervient, aurait déclaré quelque part que Bouteflika se porte mieux et qu’il fera lui-même sa campagne. Et pour toute information, nous avons entendu que Khelladi ne veut pas d’émission de télévision qui critique Bouteflika. Et puis rien! Quoi encore? Rien qui puisse nous donner une idée de ce que sera l’élection. Ni même de ce que sera la ligne de départ le jour du vote. Et dire que ce sera en avril et que nous sommes à la mi-novembre.

Est-ce avec une telle information que l’on fait la démocratie? Non. Est-ce avec ce type d’information que l’on donne la possibilité au lecteur de choisir ses représentants? Non bien sûr! Bien sûr que non!Mais si on peut se permettre d’agir de la sorte, c’est parce que chez nous la démocratie prend un autre sens. Elle prend même d’autres sens.

Elle prend des sens parfois inquiétants comme lorsque vous entendez Saâdani déclarer que Bouteflika sera président. Une phrase qui a tout d’une sentence et qui vous donne à comprendre alors pourquoi les candidats ne se précipitent pas pour se faire connaître car, sincèrement, si vous aviez l’envie de vous porter candidat et que vous entendiez le SG du FLN de nos jours, proclamer, comme il le fait, le résultat de cette élection plus de cinq mois à l’avance, auriez-vous l’envie dy aller? En donnant le résultat du jour du scrutin à l’avance, Saâdani nous donne du coup le sens de notre démocratie. Il peut se tromper, il peut dire vrai, le problème n’est plus là. Le problème est ailleurs, il est dans ce que nous avons fait pour en arriver là.

Le verdict est dit

En entendant ces paroles, vous comprenez pourquoi, dans notre démocratie à nous, il n’y a ni sondages, ni analyses, ni études, ni même prise en considération sérieuse des choses et des êtres. Qui oserait donc un sondage dans ces conditions et pourquoi d’ailleurs le faire si Saâdani, intronisé hier à El Aurassi connaît aujourd’hui, déjà, le résultat? Vous comprendrez aussi pourquoi n’existe pas la notion d’électorat et vous pouvez même défier tous les candidats de vous faire connaître leur part de marché. Personne ne saura quoi vous dire.

Mais Saâdani ne s’est pas contenté de nous révéler cette décision (qui l’a prise? Lui?), il nous en donne une autre avec. Du deux en un comme on dit. Il paraîtrait, d’après Saâdani que Bouteflika sera président et qu’il mettra Belkhadem au poste de vice-président. Est-ce vrai? Peut-il le jurer, lui qui reproche aux autres de ne rien comprendre à la politique? Quoi qu’il en soit, le verdict est dit et ce n’est pas tant le fait qu’il soit crédible ou qu’il provienne d’une bouche fiable ou pas, mais à lui seul le fait que, aujourd’hui encore, il existe des individus qui se croient permis de se permettre de telles allégations devant le peuple, devant l’avenir et devant le pays, est à lui seul suffisant pour nous donner une idée fidèle de notre démocratie ou, pour être plus exact, une idée du chemin que nous avons pris et qui ne fait que nous éloigner de la démocratie. Notre chemin ne passe pas par la démocratie. Il n’y va pas non plus!