Arrivé en France en 2012 après avoir quitté l’Algérie, Yassine Bencheniti, 43 ans, pensait avoir trouvé la stabilité. Installé à Saint-Étienne, il a reconstruit sa vie pas à pas : un emploi de chauffeur de taxi, une famille, des enfants nés sur le sol français et une intégration reconnue par son entourage. Pourtant, plus de treize ans après son arrivée, son avenir bascule. Yassine et sa famille font aujourd’hui face à une Obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Un geste héroïque salué, mais vite oublié
Le 23 mai 2019, le nom de Yassine Bencheniti a marqué les esprits à Saint-Étienne. Dans le quartier de Bellevue, il intervient spontanément pour sauver une femme qui tentait de se jeter du haut d’un immeuble. Il parvient à la retenir au péril de sa propre sécurité et se blesse durant l’intervention.
Son courage lui vaut une médaille de bronze de la Croix-Rouge, symbole de reconnaissance pour un acte citoyen exemplaire. À ce moment-là, beaucoup pensaient que ce geste renforcerait sa situation administrative. Il n’en a rien été.
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Une demande de régularisation rejetée
Malgré son parcours, les autorités françaises ont rejeté la demande de régularisation de Yassine. La décision ne tient pas compte de son intégration professionnelle, de son engagement humain ni de sa vie familiale construite en France.
Cette situation illustre une réalité souvent dénoncée par les associations : les critères administratifs l’emportent sur les parcours humains, même lorsque ceux-ci témoignent d’une contribution positive à la société d’accueil.
Des enfants français menacés de déracinement
La perspective de l’expulsion inquiète surtout pour les enfants de Yassine. Nés et scolarisés en France, ils ne connaissent l’Algérie qu’à travers les récits de leurs parents. Les envoyer dans un pays dont ils ne maîtrisent ni les codes sociaux ni le système scolaire représenterait un choc brutal.
Pour la famille, le risque ne se limite pas à un simple changement de pays. Il s’agit d’un déracinement total, avec des conséquences psychologiques, éducatives et sociales importantes.
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Après plus d’une décennie passée en France, Yassine n’a plus de repères en Algérie. Il a bâti son quotidien, ses relations et son avenir à Saint-Étienne. Revenir aujourd’hui dans un pays qu’il a quitté depuis longtemps lui semble incompréhensible et profondément injuste.
Son histoire met en lumière une contradiction persistante des politiques migratoires : valoriser l’intégration et l’engagement citoyen dans les discours, tout en appliquant des décisions administratives qui ignorent la réalité humaine.
Le cas de Yassine Bencheniti pose une question centrale : quelle place la France accorde-t-elle aux étrangers intégrés qui contribuent à la société ? Son geste héroïque, sa stabilité familiale et son parcours professionnel n’ont pas suffi à lui garantir le droit de rester.
Au-delà de son cas personnel, cette situation relance le débat sur la cohérence des politiques migratoires et sur la nécessité d’une approche plus humaine, capable de distinguer les parcours à protéger de ceux qui posent réellement problème.
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