Dans le passé, les populations des différentes villes ne se mélangeaient pas sinon peu dans le souci de garder leur patrimoine et cultures intacts.
Le progrès finalement n’a pas que de bons côtés. C’est sans doute une hérésie de le dire, mais force est de constater qu’il a aussi son revers de la médaille.
Le développement économique a attiré dans notre pays des foules énormes au niveau des grandes villes, venues principalement de l’arrière-pays et a provoqué une espèce d’appel d’air, un flux de main-d’œuvre et de migrants, qui a fini par dépeupler les campagnes.
Il n’y avait avant ni exode, ni investissement, ni politique de la ville, ni politique de plein emploi, ni même l’ambition de regagner le peloton international des grandes agglomérations du monde.
Mais les choses étaient claires : la ville restait en ville et la campagne restait à la campagne. Le mélange des genres n’était donc pas souhaité et ne venait même pas à l’esprit. Et les cités du monde rural comme celles des hauts-plateaux conservaient non seulement leur cachet propre, mais un art de vivre particulier. Même si l’urbanisation différait d’une ville à une autre, d’une région à une autre, on y trouvait la même qualité de vie, à une nuance près, aussi bien à Alger, à Nedromah, à Constantine, à Blida, qu’à Sétif.
Et ce, pour une raison très simple, on avait affaire à un même milieu : celui des «h’dars». Les grandes familles se connaissaient parfaitement dans ces médinas, se côtoyaient tous les jours et surtout se respectaient mutuellement.
C’est ce qui explique pourquoi tous les mariages se préparaient et se décidaient intra-muros et pourquoi ils étaient assurés de succès et de longévité. Et pour cause, les futurs mariés recevaient la même éducation, partageaient une même culture et surtout avaient un goût pour les mêmes choses.
Ce qui permettait par la même occasion de perpétuer la tradition. Preuve en est, le chaâbi n’a été conservé que grâce aux populations de la Médina et de la Casbah. Le hawzi n’a pu être sauvegardé que grâce aux remparts de Tlemcen. Blida et Constantine et même Annaba ont laissé exister un art de la cuisine si fin et si délicat, synonyme aujourd’hui de référence «first», qui a même traversé les frontières.
Imaad Zoheir
