Protestations à Laghouat,Une colère… pacifique

Protestations à Laghouat,Une colère… pacifique

P120112-13.jpgPour apaiser la rue, il faut jeter des ponts de coopération avec la société civile

Face aux policiers qui gesticulaient avec leurs matraques, les jeunes brandissaient des photos du président de la République et offraient des fleurs aux policiers.

Décor de révolte à Laghouat. Depuis la matinée d’hier, Laghouat est encerclée par les forces de l’ordre aux aguets. Des policiers en civil, des forces antiémeute ont été mobilisées pour contenir l’ire des citoyens qui ne décolèrent pas depuis une semaine. C’est dire que dès les premiers jours de 2012, Laghouat et d’autres villes pétrolières et gazières comme Skikda ou Ouargla, sont devenues le théâtre inspiré de manifestations pacifiques. Des manifestations, il faut le souligner, exemplaires. Elles sont organisées par de jeunes chômeurs, déterminés depuis plus de six jours, dans la dénonciation d’injustices socioéconomiques criantes. L’origine du mécontentement à Laghouat, ou plutôt la goutte qui a fait déborder le vase: la distribution de logements. Catégoriques, les citoyens maintenaient leur mot d’ordre, en l’occurrence l’annulation de la liste des bénéficiaires de logements sociaux et le départ du wali Yousef Cherfa auquel ils reprochaient d’avoir échoué dans la gestion des affaires de leur wilaya, souffrant le martyre. «Nous refusons de rentrer chez nous tant que le premier responsable de la wilaya demeure encore à son poste», a soutenu Ahmed, un jeune de 28 ans, avant de souligner que «nous demandons aux hautes autorités du pays d’ouvrir une enquête sur ceux qui ont confectionné la liste des 94 bénéficiaires de logements sociaux». Un jeune brandissait une photocopie de la liste des bénéficiaires de ces logements, sur laquelle on y lit 27 noms de la même famille. Notre interlocuteur Ahmed a souligné que «cette liste suffit, à elle seule, pour introduire en justice plusieurs responsables de la wilaya, qui sont, explique-t-il, à l’origine de leur colère». Lui emboîtant le pas, un autre jeune Mohamed, sirotant un thé, ajoute: «Hier, la police s’est montrée sans pitié avec nous. Elle tabassait et s’attaquait à tout le monde même aux badauds. Les policiers ont arrêté 40 personnes. Et dans les bureaux du commissariat, nous étions insultés et intimidés». Et de poursuivre: «Les brigades antiémeute ont tenté difficilement de disperser les émeutiers» dénonce-t-il avant de prévenir qu’«aujourd’hui nous allons marcher jusqu’à la wilaya pour exiger le départ du wali et l’annulation de sa liste des logements. Nous attendons juste l’arrivée et le regroupement de tous les jeunes».

Vers 11 heures du matin, des groupes de jeunes investissaient la Cour de la libération, située au coeur de la ville de Laghouat. Ces derniers refusaient de prêter attention aux provocations de la police. Ils se sont même montrés plus rusés et plus stratégiques en matière d’organisation. Car, face aux policiers qui gesticulaient avec leurs matraques, les jeunes protestataires brandissaient des photos du président de la République et offraient des fleurs aux policiers. Des centaines de travailleurs de tous les secteurs (fonctionnaires, transporteurs, professeurs) ont participé à une grève générale en signe de solidarité. Ces derniers ne comptent pas s’arrêter avant que leurs revendications ne soient prises en considération. Le mouvement de protestation sera encore ouvert, à en croire les contestataires. À midi, la Cour de la libération a rassemblé environ deux mille citoyens. Ils ont crié leur colère et appelé au départ du wali, tout en chantant des slogans de soutien au président de la République. L’accès au siège de la wilaya a été fermé par des centaines de policiers. Il n’y a pas eu d’arrestations comparativement à hier.

Ceux qui ont été arrêtés la veille, ont été tous libérés tard dans la nuit. «Les habitants de Laghouat ont subi la réponse par la force pour avoir osé manifester leur mécontentement et demandé légitimement la reconnaissance de leurs droits», se plaint un citoyen qui a refusé de décliner son nom de peur de représailles. «Il y a des centaines de policiers en civil qui prennent des photos et écoutent tout» dit-il. La nature des manifestations, composées essentiellement de jeunes chômeurs, est donc intimement liée à ces difficultés socioéconomiques auxquelles les autorités locales n’ont pas accordé une grande importance.

Laghouat n’est pas une exception, bien d’autres villes ont la même configuration, mais elle vient de montrer en ce début d’année un exemple de la voie à suivre pour le changement pacifique.