Pomme de terre au-dessus du plafond : pourquoi elle se fait rare et quand les prix devraient baisser

Dans plusieurs wilayas, la pomme de terre se fait rare et se vend jusqu’à 150 DA le kilo, bien au-dessus du plafond de 90 DA. Stockage illégal, période de transition entre deux récoltes, coûts de production : voici les raisons avancées, les mesures prises par l’État et l’échéance attendue pour un retour à la normale.
Pomme de terre : des prix au-dessus du plafond de 90 DA
Depuis la fin octobre, les marchés de plusieurs wilayas connaissent des difficultés d’approvisionnement en pomme de terre. Dans certains points de vente, le kilo atteint 150 DA. Ce prix dépasse largement le plafond fixé par l’État.
Depuis le 1er octobre, le prix de la pomme de terre ne doit en effet pas dépasser 90 DA le kilo chez le détaillant. Le producteur doit, lui, la vendre entre 60 et 70 DA, comme le détaillait notre article sur le plafonnement du prix de la pomme de terre. D’après nos calculs, un kilo à 150 DA coûte donc 60 DA de plus que le prix maximal autorisé.
Pourquoi la pomme de terre se fait rare sur les marchés
Pour Kribaa Khedir, vice-président de l’Union nationale de protection des consommateurs, plusieurs facteurs se cumulent. Il cite d’abord le stockage illégal et la spéculation dans des entrepôts non autorisés, qui créent une rareté artificielle. Le grand nombre d’intermédiaires entre le champ et l’étal fait aussi grimper les prix.
Il évoque aussi la période de transition entre deux récoltes, durant laquelle l’offre diminue naturellement. Le climat pèse également, avec la sécheresse, le manque de pluie et les perturbations de l’irrigation. Enfin, la hausse du prix des semences importées, des engrais et des pesticides a poussé certains agriculteurs à réduire leurs surfaces.
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Déstockage, contrôles, plateforme numérique : les mesures de l’État
Le Conseil des ministres du 18 octobre a fixé le cadre de la riposte de l’État, avec sept mesures immédiates contre la hausse des prix. Le président Abdelmadjid Tebboune a notamment ordonné un suivi quotidien des prix et l’encadrement des intermédiaires. Notre article sur les sept mesures décidées par le chef de l’État les détaille.
Le 4 novembre, une opération de déstockage de pomme de terre a été lancée dans les wilayas d’Aïn Defla, Médéa, Boumerdès et Bouira. Ces stocks avaient été constitués pour réguler le marché pendant les périodes de tension. Le lendemain, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a lancé une plateforme numérique de suivi des prix avec les walis.
Les contrôles se multiplient aussi sur le terrain. Le 3 novembre, les agents du commerce ont ainsi retiré de la vente 3,5 tonnes de pommes de terre au marché de gros de Boumerdès, faute de respect du prix réglementé, comme le relatait notre article sur la saisie de Boumerdès. Des brigades mixtes, qui associent le commerce, l’agriculture, la santé, l’environnement et les services de sécurité, surveillent les marchés.
Récolte d’El Oued : quand les prix devraient-ils baisser ?
Le retour à la normale dépend en grande partie de la récolte d’arrière-saison. À El Oued, première wilaya productrice avec près de la moitié de la production nationale, la récolte doit commencer vers le 20 novembre. La wilaya prévoit plus de 16 millions de quintaux de pomme de terre sur ses deux campagnes annuelles.
L’arrivée de cette production sur les marchés devrait augmenter l’offre dans les semaines suivantes. Elle doit permettre d’assurer la disponibilité du produit et de stabiliser son prix. D’ici là, le déstockage et les contrôles visent à limiter les tensions.
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Pomme de terre : les solutions proposées par les associations de consommateurs
Pour éviter de nouvelles tensions, Kribaa Khedir plaide pour renforcer le rôle des offices publics de régulation. Ils pourraient acheter directement les récoltes aux agriculteurs, les stocker dans des chambres froides et les remettre sur le marché à des prix équitables. Il juge aussi utile d’anticiper des importations lorsque c’est nécessaire.
Il propose également d’encourager les investisseurs privés à construire des unités de transformation et des chambres froides près des grandes zones agricoles. Selon lui, les aides aux engrais et aux traitements devraient être réservées aux véritables agriculteurs, grâce à une carte numérique. Un bon de traçabilité permettrait enfin de suivre le produit du champ au consommateur, avec les quantités et les prix.
Prix de la pomme de terre : que peut faire le consommateur ?
Le vice-président de l’Union nationale de protection des consommateurs invite les acheteurs à ne pas acheter les produits vendus à des prix injustifiés. Il conseille de se tourner vers d’autres produits disponibles pendant cette période. Ce comportement réduit la demande et limite les marges des spéculateurs.
Il appelle aussi les consommateurs à signaler les dépassements de prix sur les plateformes numériques du ministère du Commerce intérieur. Ces signalements alimentent les contrôles et aident à repérer les commerçants qui ne respectent pas le plafond. Pour lui, la lutte contre la spéculation exige l’effort conjoint de l’État, des contrôleurs et des citoyens.
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