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Pouvoir d’achat en Algérie : les associations proposent 3 leviers pour réguler le marché

Pouvoir d’achat en Algérie : les associations proposent 3 leviers pour réguler le marché
Face aux déséquilibres qui affectent l’approvisionnement et les prix des produits de consommation, les associations de protection des consommateurs appellent à renforcer les mécanismes de régulation du marché national. Elles préconisent notamment une surveillance accrue des pratiques commerciales, le développement des outils numériques de signalement et une meilleure organisation des circuits de distribution agricole. L’objectif est de limiter les dysfonctionnements, de garantir la disponibilité des produits et de préserver le pouvoir d’achat des citoyens.

La régulation du marché ne peut toutefois reposer uniquement sur les interventions des services de contrôle. Elle nécessite une mobilisation collective associant les autorités publiques, les commerçants, les producteurs, les associations de consommateurs et les citoyens. Ces derniers sont notamment appelés à signaler les pratiques commerciales illégales, les dépassements de prix et les perturbations constatées dans l’approvisionnement.

Dans cette perspective, les associations plaident pour une approche globale combinant le renforcement des contrôles sur le terrain et l’utilisation des plateformes numériques afin de faciliter la transmission des réclamations aux services compétents.

Cette orientation rejoint les récentes initiatives engagées par les pouvoirs publics. Le 18 octobre, le président de la République a ordonné la mise en place de mesures destinées à assurer un suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de première nécessité. Parmi les dispositions annoncées figurent également l’encadrement de l’activité des intermédiaires commerciaux, le stockage des excédents agricoles et le renforcement des brigades de contrôle.

Tawassol, un nouvel outil pour renforcer le contrôle citoyen

Parmi les dispositifs appelés à faciliter cette démarche figure la plateforme numérique « Tawassol », lancée par le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national.

Accessible sur internet, cette plateforme permet aux consommateurs de signaler plusieurs types d’infractions, notamment le défaut d’affichage des prix, le non-respect des tarifs réglementés ou plafonnés, ainsi que les manquements aux règles d’hygiène et de sécurité sanitaire. Elle permet également de signaler les perturbations dans l’approvisionnement en produits de large consommation.

L’outil prévoit la possibilité de joindre des photographies et des vidéos, ainsi que de localiser les infractions grâce au GPS. Les utilisateurs peuvent également suivre les différentes étapes du traitement de leurs réclamations. Le ministère a par ailleurs annoncé des garanties de confidentialité concernant les informations personnelles communiquées.

Pour Kharib Khadir, vice-président de l’Union nationale de protection du consommateur, la participation citoyenne constitue un appui important au travail des services de contrôle. Elle permet de faire remonter les préoccupations directement depuis le terrain et de signaler les infractions afin de faciliter une intervention au moment opportun.

Le responsable insiste toutefois sur la nécessité de protéger les données personnelles des personnes qui effectuent des signalements et de garantir un traitement sérieux des plaintes déposées. Selon lui, l’efficacité de ce dispositif dépendra également de la simplicité de son utilisation, de la clarté des démarches et de la possibilité pour les consommateurs d’être informés des suites réservées à leurs réclamations.

Il appelle, dans le même temps, à multiplier les campagnes de sensibilisation sur les droits et les obligations des consommateurs, tout en renforçant la lutte contre les pratiques commerciales irrégulières, notamment le défaut d’affichage des prix et le non-respect des règles d’hygiène et de sécurité.

Les offices agricoles au cœur de la régulation de l’approvisionnement

Au-delà du contrôle des pratiques commerciales, les associations de protection des consommateurs estiment que la stabilité du marché passe aussi par une réorganisation des circuits de distribution des produits agricoles.

Dans ce cadre, Kharib Khadir souligne l’importance de renforcer le rôle des offices et des organismes publics spécialisés dans la régulation des filières agricoles. Il préconise notamment de développer les mécanismes d’achat direct des récoltes auprès des agriculteurs et des éleveurs, sur la base de cahiers des charges définissant les critères de qualité, les quantités et les prix.

Une telle organisation permettrait de mieux encadrer les circuits de commercialisation et de limiter la multiplication des intermédiaires susceptibles d’alourdir les prix supportés par le consommateur. Elle suppose également de renforcer les capacités de stockage et de distribution et de mettre en place des mécanismes d’intervention lorsque des déséquilibres apparaissent entre l’offre et la demande.

Un point prioritaire pour les autorités

Cette question figure également parmi les priorités des pouvoirs publics. Lors d’une réunion interministérielle tenue le 20 octobre, le Premier ministre Sifi Ghrieb a examiné les modalités d’intégration des mandataires des marchés de gros dans un dispositif de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de première nécessité. Les échanges ont notamment porté sur la structuration de la commercialisation et la traçabilité des produits tout au long de la chaîne de distribution, du producteur au consommateur.

Le vice-président de l’Union nationale de protection du consommateur évoque également la possibilité d’accorder aux organismes concernés un rôle plus important dans la commercialisation des produits saisonniers et l’importation des produits connaissant des insuffisances d’offre en dehors des périodes de production locale, dans le respect de la réglementation en vigueur.

Il estime néanmoins que toute réforme doit préserver les intérêts des différents acteurs de la filière. La réduction des intermédiaires ne doit pas se faire au détriment des agriculteurs et des éleveurs, qui doivent pouvoir bénéficier d’une rémunération équitable pour leur production.

Stockage et transformation : limiter les pertes agricoles

Autre levier jugé essentiel : le développement des infrastructures de stockage, de conservation et de transformation à proximité des principales zones de production agricole.

Kharib Khadir appelle ainsi à encourager les investissements publics et privés dans la création d’unités de transformation des produits agricoles, de chambres froides et d’entrepôts répondant aux normes de conservation. Ces installations permettraient d’absorber les excédents enregistrés pendant les périodes de forte production et de limiter les pertes liées à la détérioration des récoltes.

L’enjeu consiste également à mieux gérer les périodes de baisse de l’offre, en conservant une partie des productions disponibles pour assurer la continuité de l’approvisionnement des marchés.

Cette orientation s’inscrit dans les projets de modernisation du système de suivi du marché national. En avril 2026, le ministère du Commerce avait notamment présenté un projet de système d’information unifié intégrant une cartographie numérique des espaces de stockage, dont les chambres froides et les entrepôts, afin de permettre un meilleur suivi des capacités disponibles et des stocks.

Pour le représentant de l’Union nationale de protection du consommateur, le développement de ces infrastructures pourrait ainsi produire plusieurs effets positifs : préserver les revenus des agriculteurs, fournir des matières premières aux industries de transformation, réduire les pertes agricoles et améliorer la régularité de la distribution.

Au final, les associations de protection des consommateurs défendent une régulation qui ne se limite pas à la surveillance des prix et aux sanctions contre les pratiques illégales. Elles plaident pour une action coordonnée sur l’ensemble de la chaîne commerciale et agricole, depuis la production jusqu’à la vente au consommateur. Une meilleure organisation de l’approvisionnement, associée à des outils numériques de contrôle et à des capacités de stockage renforcées, constitue ainsi l’une des pistes avancées pour réduire les déséquilibres du marché et préserver durablement le pouvoir d’achat.

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Wissam

Wissam - Journaliste – Nation, société et faits divers

Wissam est journaliste au sein de la rédaction d'Algerie360. Elle couvre principalement l'actualité nationale, les sujets de société et les faits divers qui marquent le quotidien des Algériens.

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