Plus de 71kg de résine de cannabis saisis : les gendarmes de Chlef remontent une vaste filière

Les gendarmes de Chlef viennent de porter un coup au narcotrafic dans l’ouest du pays. Une organisation criminelle active à l’échelle nationale, dotée de prolongements au-delà des frontières, a été mise hors d’état de nuire. Par ailleurs, l’opération s’est soldée par la récupération de plus de 71 kilogrammes de résine de cannabis. Cette marchandise devait alimenter plusieurs marchés parallèles à l’intérieur du territoire.
L’annonce émane du Commandement de la Gendarmerie nationale, qui évoque la neutralisation d’une bande criminelle spécialisée dans le commerce illicite de stupéfiants. Par ailleurs le investigations, menées par les éléments de Chlef, ont permis de remonter la chaîne d’acheminement. En effet, ils sont remontés jusqu’aux principaux animateurs de cette filière.
La quantité interceptée, supérieure à 71 kg, dépasse largement le cadre du petit trafic de quartier. Elle témoigne d’une logistique élaborée, avec des relais chargés du transport, du stockage puis de la redistribution. Ce type de volume suppose des financements conséquents et une coordination entre plusieurs wilayas.
Les services de sécurité insistent sur un point : le réseau démantelé ne se limitait pas au territoire algérien. Ses ramifications franchissaient les frontières, un schéma désormais bien connu des enquêteurs.
Drogue en Algérie : prison de haute sécurité, organe spécialisé… le pays durcit le ton contre les narcotrafiquants
L’Algérie franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée transfrontalière. Les décisions annoncées à l’issue de la réunion du Haut conseil de sécurité (HCS), tenue mercredi sous la présidence du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, traduisent une volonté de renforcer et de réorganiser en profondeur le dispositif national de lutte contre les narcotrafiquants.
Parmi les principales mesures annoncées figurent la création d’un organe sécuritaire spécialisé dans la lutte contre les drogues. Il y a aussi la transformation d’une ancienne caserne de l’Armée nationale populaire (ANP), située dans la région de Tanezrouft, dans l’extrême Sud du pays, en prison de haute sécurité destinée notamment aux barons de la drogue et aux narcotrafiquants les plus dangereux.
Ces décisions témoignent, selon plusieurs experts cités par l’APS, d’un changement de stratégie. En effet, l’Algérie entend désormais dépasser les opérations classiques de saisie de stupéfiants et d’arrestation des exécutants. Elle veut aussi s’attaquer directement aux structures de commandement, aux circuits de financement et aux réseaux logistiques des organisations criminelles.
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Une nouvelle stratégie contre les réseaux de narcotrafic
Dans une déclaration à l’APS, l’expert en questions sécuritaires Ahmed Mizab qualifie ces décisions d’« étape décisive » dans le processus engagé par l’Algérie pour éradiquer les crimes liés aux drogues.
Selon lui, le pays passe progressivement d’un traitement sécuritaire traditionnel à une approche beaucoup plus structurée. Cette méthode vise directement les réseaux de criminalité organisée transfrontalière.
L’expert estime notamment que la transformation de la caserne de l’ANP située dans le Grand Sud, à Tanezrouft, en établissement pénitentiaire de haute sécurité possède une forte dimension dissuasive.
L’objectif ne serait plus uniquement de condamner les chefs des réseaux criminels. Il s’agirait également de les empêcher de continuer à diriger leurs organisations depuis leur lieu de détention.
Cette logique vise donc à couper les liens entre les principaux responsables du narcotrafic et leurs réseaux, afin de réduire leur capacité à communiquer, donner des instructions ou maintenir leur influence sur les activités criminelles.
Un organe spécialisé pour mieux coordonner la lutte contre la drogue
La création d’un organe sécuritaire spécialisé constitue l’autre volet majeur de cette nouvelle orientation.
Pour Ahmed Mizab, cette structure doit permettre de renforcer la coordination entre les différents acteurs engagés dans la lutte contre les stupéfiants. Elle doit aussi améliorer la capacité des services de sécurité à anticiper les activités des réseaux criminels.
L’enjeu est particulièrement important face à des organisations qui ont considérablement développé leurs moyens et leurs méthodes.
Les réseaux de narcotrafiquants disposent aujourd’hui de sources de financement importantes et de ramifications qui dépassent les frontières nationales. En outre, ils entretiennent des connexions pouvant s’étendre à plusieurs pays de la région et au-delà.
Dans ce contexte, l’expert estime qu’il devient indispensable de cibler les centres de commandement et de contrôle des organisations criminelles. Il ne faut plus se limiter à intercepter les cargaisons de drogue ou à arrêter les personnes chargées de leur transport.
Un message adressé aux réseaux criminels transfrontaliers
L’expert en questions sécuritaires et africaines Bouhania Goui considère, lui aussi, que les nouvelles mesures s’inscrivent dans une stratégie globale. Cette stratégie vise à endiguer la criminalité organisée liée au trafic de drogue.
Selon lui, la création de ce nouvel organe spécialisé et la mise en place d’un établissement pénitentiaire de haute sécurité envoient un message de dissuasion clair et ferme aux réseaux impliqués dans le trafic de stupéfiants. Cela concerne aussi bien l’Algérie qu’à l’échelle régionale et internationale.
Bouhania Goui met également en avant une approche combinant plusieurs dimensions : organisationnelle, procédurale et logistique.
Cette combinaison doit permettre aux autorités de renforcer l’efficacité du dispositif de lutte contre les stupéfiants et d’adapter leur réponse à l’évolution constante des méthodes utilisées par les organisations criminelles.
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Des frontières « sécurisées » face aux menaces
Pour Idriss Attia, professeur de sciences politiques et de relations internationales, les décisions du Haut conseil de sécurité marquent une véritable transformation stratégique dans la manière de traiter le phénomène du narcotrafic.
L’approche ne repose plus uniquement sur la réaction après la commission d’une infraction ou sur la poursuite des trafiquants. Désormais, elle s’inscrit dans une vision plus large de la sécurité nationale.
L’expert évoque ainsi le passage d’une logique de protection classique des frontières à celle de « frontières sécurisées ». Ce passage a lieu dans un environnement régional particulièrement sensible, notamment au regard de la situation dans la région du Sahel.
Cette nouvelle approche consiste notamment à cibler les structures de commandement, les réseaux de financement et les circuits d’approvisionnement. Elle cherche aussi à interrompre leurs activités sur le territoire national.
Nabila Benyahia, professeure à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales de l’Université d’Alger 3, considère pour sa part que les mesures annoncées ne constituent pas de simples décisions sécuritaires ou punitives.
Elles traduisent, selon elle, une évolution qualitative dans la perception du trafic de drogue.
Le phénomène n’est plus considéré comme une succession d’affaires criminelles isolées, mais comme une composante d’une menace beaucoup plus large liée aux réseaux criminels transfrontaliers.
L’approche algérienne tend ainsi à cibler l’ensemble de la chaîne du narcotrafic, depuis les sources de financement jusqu’aux différents intermédiaires.
Les autorités cherchent notamment à identifier et neutraliser les bailleurs, les intermédiaires, les transporteurs et les distributeurs. Leur objectif est d’empêcher ces organisations de s’implanter ou de développer leurs activités sur le territoire national.
Drogue en Algérie : une prison de haute sécurité pour isoler les chefs de réseaux
Sur le plan juridique, l’avocat Nadjib Bitam estime que la création d’un établissement pénitentiaire de haute sécurité dédié notamment aux barons de la drogue intervient dans un contexte marqué par la progression de la criminalité organisée.
Le choix de Tanezrouft, dans l’extrême Sud algérien, revêt à cet égard une dimension particulière. Cela est dû aux conditions naturelles difficiles qui caractérisent cette région.
Pour l’avocat, l’isolement des barons de la drogue et des criminels les plus dangereux dans des établissements pénitentiaires spécialement conçus à cet effet peut contribuer à neutraliser leur capacité à maintenir le contrôle de leurs réseaux depuis leur cellule.
Cette pratique existe déjà dans plusieurs pays confrontés à la criminalité organisée et aux réseaux de narcotrafic.
Nadjib Bitam souligne également que les organisations criminelles disposent désormais de moyens technologiques de plus en plus sophistiqués, citant notamment l’utilisation de drones.








