Après le rejet de sa plainte par la Cour de justice de la République, l’avocate algérienne Khadija Aoudia vient d’annoncer avoir saisi officiellement la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour « discrimination » et « incitation à la haine » contre l’ancien ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
La bataille judiciaire se poursuit pour le président des Républicains et le candidat déclaré à la Présidentielle de 2027. Pour l’avocate, il ne s’agit pas d’une succession de polémiques isolée, mais d’un ensemble de déclarations qui désignent une partie de la communauté en France comme cible politique.
D’ailleurs, dans un extrait de l’émission « Complément d’enquête », Khadija Aoudia affirme avoir compilé quinze déclarations publiques tenues par le chef du parti Les Républicains (LR) et prononcées lorsqu’il était encore ministre, des déclarations qu’elle juge susceptibles de constituer des infractions.
Khadija Aoudia saisit la CEDH contre Bruno Retailleau
Selon l’avocate, ces déclarations doivent être appréciées dans leur ensemble plutôt qu’isolément : « Qu’on l’appelle arabe, qu’on l’appelle immigré, qu’on l’appelle musulman, en réalité, c’est que c’est la même catégorie qui est ciblée », rappelle-t-elle.
Parmi les propos controversés de Retailleau, elle cite ceux tenus lors d’un meeting à Paris en mars 2025 : « Vive le sport et à bas le voile, bien sûr ! ». Aoudia y voit une stigmatisation directe des femmes musulmanes portant le voile en France.
Autre phrase figurant dans le dossier, celle prononcée sur le plateau de LCI en février 2025 : « Je pense que le voile est utilisé pour dire “on n’est pas comme vous” et surtout comme un signe de l’apartheid ». Mais Bruno Retailleau ne se limite pas à ces propos, il avait aussi déclaré : « A Mayotte et en Guyane, il faut sans doute réduire. Or, ils sont des musulmans, ils sont Noirs« .
Sur le multiculturalisme, le chef des Républicains affirme : « Une société multiculturelle, on le voit aux États-Unis, comporte des risques de devenir aussi une société multiraciste« .
La procédure désormais en cours
La Cour de justice de la République, l’instance chargée de juger les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions, a rejeté la procédure. C’est pourquoi Khadija Aoudia a choisi de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Par ailleurs, la juridiction européenne sera amenée à examiner les arguments développés par l’avocate, notamment dans le cadre des garanties offertes par la Convention européenne des droits de l’homme.
Pour rappel, la médiatisation de cette affaire a exposé l’avocate algérienne à une campagne de haine sur les réseaux sociaux. En effet, l’ancienne bâtonnière de Nîmes a été la cible d’insultes racistes et sexistes, allant jusqu’à des appels de viol : « Dehors la blédarde », « Qu’elle aille en Algérie faire son métier » ou encore « Qu’elle mette son sac-poubelle sur le crâne puis hop dans le premier avion direction Alger ».
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