Pénurie du médicament : Un plan d’urgence pour l’importation des produits manquants

Pénurie du médicament : Un plan d’urgence pour l’importation des produits manquants
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Ne pas pouvoir se soigner à cause d’un manque de médicaments, est apparemment devenu le vécu d’un nombre important de patients en Algérie. La gestion des hôpitaux devient des plus hasardeuses et la liste des médicaments indisponibles dans les officines et pharmacies ne cesse en effet de s’allonger.

Selon des pharmaciens, au moins 200 médicaments sont pratiquement introuvables actuellement dont des produits indispensables pour le traitement de plusieurs maladies.

Devant une telle situation caractérisée par une absence de politique du médicament claire, le malade souffre en prenant son mal en patience, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, promet de déclarer la guerre à la pénurie et de clarifier la politique du secteur.

Interpellé lundi dernier par les députés de la commission santé sur la question et la prise en charge des malades cancéreux, le Dr Djamel Ould Abbès a expliqué que la pénurie de médicaments est un vieux problème hérité par le secteur. Il a déclaré par contre qu’il a effectivement bloqué la signature des programmes à l’importation « en raison, entre autres, des problèmes de surfacturation. Nous avons fait une simulation et nous avons constaté une perte d’à peu près 700 millions de dollars », a-t-il dit

Précisant le fait qu’aucune sanction n’a été prise à l’égard des importateurs indélicats, dont des multinationales, il dira qu’une enquête a été menée sur le terrain et que « les importateurs seront convoqués incessamment au ministère de la Santé pour s’expliquer. Certains n’ont rien à voir avec le médicament. Ils ont juste un diplôme qu’ils ont loué auprès d’un pharmacien. Les conteneurs de médicaments seront désormais ouverts et vérifiés par les douaniers », a-t-il averti.

Rupture de la distribution

Il a annoncé à cet effet que les 200 distributeurs de médicaments se verront effectivement retirer leurs agréments, expliquant « il n’y a pas pénurie de médicaments en Algérie. En vérité, c’est une rupture de distribution ». Et d’ajouter : « un nouveau cahier des charges sera prochainement mis au point ». Un cahier des charges que les distributeurs « doivent respecter sous peine de se voir retirer leur agrément ».

Pour ce qui est de la prise en charge des cancéreux le ministre insiste sur les sept centres de radiothérapie répartis à l’échelle nationale afin de répondre aux besoins des malades, en plus des 13 machines qui seront fonctionnelles au niveau de ces centres avant la fin de l’année en cours.

Le ministre évoque le centre antidouleur qui ouvrira bientôt ses portes à la clinique Beau-Fraisier à Alger.

Tout en déplorant, l’absence de dépistage précoce et le nombre de cancéreux en Algérie qui s’élève à plus de 40 000 nouveaux cas par an, le ministre précise que « 50% des femmes atteintes du cancer du sein décèdent, car elles sont diagnostiquées à un stade avancé.»

A propos de la rupture de stocks des médicaments contre le cancer, le ministre de la Santé a répondu qu’un budget de 900 milliards de centimes a été débloqué pour la lutte contre cette pathologie.

Il a annoncé qu’un plan d’urgence pour l’importation des produits manquants a été lancé et des instructions ont été données en ce sens.

Par ailleurs, l’Algérie s’est engagée à édifier une industrie nationale du médicament, en partenariat avec des laboratoires étrangers pour atteindre, en 2014, une couverture de 70% environ (contre 38 % actuellement) de ses besoins en la matière, à travers des mesures publiques visant à diminuer graduellement la dépendance du médicament importé.

Pour ce faire, plusieurs accords et conventions dans le domaine de l’industrie ont été signés durant l’année entre l’Algérie et des pays étrangers, tels que les Etats-Unis d’Amérique qui ont manifesté leur volonté de faire de l’Algérie un pôle régional en matière de biotechnologie et de production de médicaments, la Jordanie avec ses deux usines de fabrication de médicaments génériques…

Selon le ministre, le secteur de la santé vise à dépasser, à l’orée 2015, un taux de 75% de la production locale afin de réduire l’importation en la matière.

Qualifiant le secteur de l’industrie pharmaceutique de « stratégique », avec un marché représentant plus de 2 milliards de dollars, entre importation et production nationale, le ministre de la Santé a indiqué à plusieurs occasions que « Tous les importateurs qui veulent travailler en association avec des étrangers ou des entreprises publiques sont les bienvenus, pour peu qu’ils sachent que l’intérêt national reste suprême car le médicament reste un produit stratégique ». Un produit stratégique et qui participe largement aux progrès thérapeutiques.

Sarah SOFI

A retenir

– L’Algérie s’est engagée à édifier une industrie nationale du médicament, en partenariat avec des laboratoires étrangers pour atteindre, en 2014, une couverture de 70% environ (contre 38 % actuellement) de ses besoins en la matière, à travers des mesures publiques visant à diminuer graduellement la dépendance du médicament importé.

– Plus d’un million de doses du vaccin contre la grippe saisonnière sont disponibles, selon le ministre de la Santé qui annonce l’arrivée prochaine de deux autres millions de doses.

– La consommation de médicaments génériques en Algérie est en « constante évolution » et touche plus de 30% des patients traités, selon le groupe Saïdal, premier groupe pharmaceutique du pays. Saïdal, dont le dernier chiffre d’affaires a enregistré une croissance de 8%, est le premier producteur national avec « une part du marché du médicament de 6% ». Il commercialise actuellement 170 produits génériques appartenant à une vingtaine de classes thérapeutiques.

– On compte une soixantaine de producteurs de médicaments, une vingtaine de conditionneurs et quelque 560 distributeurs qui composent le marché du médicament en Algérie, dont la production actuelle est composée à 80 % de génériques.

S. S.