La pénurie de certains médicaments a attisé la cupidité de certains qui se sont improvisés importateurs dans une filière hautement sensible et spécialisée. Ces derniers, qui étaient spécialisés dans l’importation par cabas de certains produits cosmétiques et d’habillement sont aujourd’hui des passages obligés pour les patients atteints de maladies chroniques et en panne de médicaments.Partant du principe que la nature a horreur du vide, ils ont organisé ce commerce pour assurer les approvisionnements et la vente au détail via des officines gérées par des individus mus par l’appât du gain.
A Oran, la pilule contraceptive et certains médicaments pour hypertendus et diabétiques se font rares. Mais grâce au bouche à oreille, on peut les trouver facilement en faisant un tour dans des officines dont les noms sont relayés par la vox populi. «Vous voulez du Diamicron, allez voir du côté de la rue Larbi Ben M’hidi ; laissez sortir le dernier client et passez votre commande, vous aurez ce produit.
Vous le paierez un peu plus cher, mais l’important pour vous est de le trouver», dira un citoyen oranais qui affirme qu’il a recouru à ce stratagème pour se procurer des pilules contraceptives Marvelon, introuvables actuellement sur le marché. Le nombre de produits actuellement fournis par ce genre de commerce est varié : «Il suffit seulement de passer commande auprès d’une certaine officine pour vous procurer n’importe quel médicament», affirme une autre source.
Le commerce s’est organisé autour des «beznassa» qui ont l’habitude de faire leurs emplettes aussi bien en Turquie qu’en Tunisie. «Ils ramènent généralement de petites quantités pour ne pas attirer l’attention des douaniers et recourent à une véritable vente au détail pour amortir leurs frais.
Une boîte de Marvelon est vendue à la plaquette, ce qui leur permet d’encaisser trois fois son prix», affirme-t-on. Au niveau de la Direction de la santé, de la population et de la réforme hospitalière, une source a reconnu l’existence de ce marché parallèle du médicament, tout en affirmant qu’il faudrait des preuves pour déclencher une enquête et sanctionner les officines qui y recourent.
Un danger pour la santé du consommateur
Cette pratique ouvre la voie à tous les excès puisque le danger d’ingestion de produits arrivés à péremption est réel. «Les produits sont vendus parfois sans emballage, et quand ils sont cédés emballés, les revendeurs prennent la précaution de retirer les vignettes où est parfois inscrit le nom du laboratoire qui les a synthétisés.
J’ai acheté une plaquette de Marvelon où ne figurent même pas les dates de péremption ou de fabrication», affirme notre source. Notre interlocuteur précise que certains produits, notamment pour les hypertendus, sont vendus à l’unité, «ce qui augmente les risques d’acheter des produits périmés».
Plusieurs officines que nous avons sollicitées dans le cadre de cet article ont affirmé avoir eu vent de cette pratique «répréhensible à plus d’un titre puisqu’il suffit d’un petit contrôle pour débusquer ceux qui y recourent. Les approvisionnements sont assurés par des fournisseurs sur la base d’un bon de commande et de factures remises à la livraison. Les gérants de ces pharmacies sont peut-être abusés par leurs employés qui organisent clandestinement ce marché», affirment plusieurs gérants d’officine.
Toutefois, au niveau du centre-ville, on nous a proposé des produits introuvables, tout en nous invitant à revenir pour la réception du médicament. «Passez commande, versez des arrhes et vous aurez dans un délai de 24 heures n’importe quel produit», nous a assuré le gérant d’une officine, une façon de nous dire qu’il allait solliciter les services de son fournisseur qui se trouvait encore en Tunisie pour ramener dans ses bagages le produit demandé.
F. B.