Pedro Sánchez s’apprête à fouler le sol algérien la semaine prochaine, et la composition de sa délégation est tout sauf anodine. Selon le quotidien espagnol El Periódico, quatre des plus puissants groupes énergétiques espagnols l’accompagneront : Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve.
Leur présence simultanée dit, mieux que n’importe quel communiqué, ce que Madrid considère comme le cœur de sa relation avec Alger. Le gaz naturel, d’abord. Mais aussi, et c’est nouveau, les énergies bas carbone et l’hydrogène vert.
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Un partenariat gazier qui a survécu à deux ans de crise diplomatique
La rupture de 2022 avait été brutale. Le revirement de Madrid sur le Sahara occidental avait provoqué le rappel de l’ambassadeur algérien, la suspension du traité d’amitié et un gel quasi total des échanges commerciaux. Pourtant, une réalité s’est imposée, le gaz algérien n’a jamais cessé de couler vers la péninsule Ibérique.
Le gazoduc Medgaz, seule liaison directe entre les deux rives depuis la fermeture du Maghreb-Europe en 2021, a continué de fonctionner sans interruption. Les livraisons se sont maintenues, encadrées par des contrats de long terme que ni la politique ni les tensions diplomatiques ne pouvaient facilement remettre en cause. Les renégociations tarifaires conduites par Sonatrach durant cette période s’inscrivaient d’ailleurs dans des mécanismes contractuels classiques, appliqués de la même façon avec des partenaires comme Eni ou Engie.
Ce pragmatisme énergétique a constitué, en creux, le fil conducteur qui a permis à la normalisation de s’enclencher. En février 2025, le président Abdelmadjid Tebboune qualifiait déjà l’Espagne de « pays ami ». Plus récemment, il expliquait que le choix de Madrid comme invitée d’honneur de la Foire internationale d’Alger relevait « de la raison et du cœur ». Des signaux qui ont préparé le terrain à cette visite de haut niveau.
Naturgy, Repsol, Enagás, Moeve : les géants espagnols de l’énergie arrivent à Alger avec Pedro Sánchez
La sélection des entreprises retenues pour accompagner le chef du gouvernement espagnol reflète la diversité et la profondeur des liens économiques entre les deux pays. Chacune incarne un volet précis de cette coopération.
Naturgy entretient une relation historique avec Sonatrach, qui détient environ 4 % de son capital. Repsol opère aux côtés du groupe algérien sur des activités d’exploration et de production d’hydrocarbures. Notamment dans le bassin de Berkine. Enagás, partenaire de Sonatrach au sein de Medgaz, gère l’infrastructure qui achemine aujourd’hui l’essentiel du gaz algérien vers l’Espagne. Quant à Moeve, l’ancienne Cepsa rebaptisée, elle représente le volet le plus tourné vers l’avenir. Carburants durables, molécules bas carbone et hydrogène vert.
La détente diplomatique progressive entre Alger et Madrid avait déjà permis, en mars 2026, à José Manuel Albares d’effectuer la première visite d’un chef de la diplomatie espagnole en Algérie depuis la crise. Dans la foulée, Medgaz avait vu ses flux quotidiens augmenter de 28 à 32 millions de mètres cubes. Signe concret que le réchauffement politique se traduisait immédiatement en volumes supplémentaires.
Hydrogène vert : le nouveau terrain de coopération entre l’Algérie et l’Espagne
La présence de Moeve dans la délégation ouvre une perspective qui dépasse largement le cadre des hydrocarbures traditionnels. L’hydrogène vert s’impose progressivement comme le prochain chapitre de la coopération énergétique entre les deux pays.
L’Algérie dispose d’atouts considérables pour s’imposer sur ce marché émergent. Son ensoleillement exceptionnel, ses vastes espaces disponibles et sa position géographique en font un candidat naturel pour alimenter les futurs corridors énergétiques reliant l’Afrique du Nord à l’Europe. La proximité avec l’Espagne, premier point d’entrée sur le continent, renforce encore cette logique.
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La visite de Sánchez devrait donc permettre d’aborder simultanément les dossiers gaziers à court terme. Et les perspectives de coopération dans les nouvelles filières énergétiques à moyen et long terme. Une double ambition que la composition même de la délégation rend lisible.
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne retrouvent progressivement leur niveau d’avant-crise
Si l’énergie n’a jamais vraiment souffert de la crise, les échanges commerciaux hors hydrocarbures ont, eux, subi de plein fouet les conséquences du froid diplomatique. Les exportations espagnoles vers l’Algérie sont tombées à 332 millions d’euros en 2023, contre près de 1,9 milliard en 2021. Au total, les entreprises espagnoles auraient essuyé environ 3,2 milliards d’euros de pertes sur cette période.
La reprise est amorcée. L’accélération du retour des entreprises espagnoles sur le marché algérien s’est confirmée depuis le début de l’année 2026. Portée par la volonté affichée de Madrid de reconquérir des positions perdues. La ministre espagnole du Commerce, Amparo López, a elle-même qualifié la situation de « contexte très favorable » pour les opérateurs de son pays. Mais le niveau d’avant-crise n’est pas encore retrouvé. Et cette visite de Sánchez constitue une occasion de donner une impulsion politique supplémentaire à cette dynamique.
En mobilisant simultanément ses champions de l’énergie autour de ce déplacement, Madrid envoie un message sans ambiguïté. Le partenariat avec Alger est un pilier, pas une variable d’ajustement. Et ce pilier, loin de se limiter au gaz naturel, est appelé à s’élargir aux énergies de demain.
