Ouverture du champ audiovisuel: Des experts constatent… et recommandent

Ouverture du champ audiovisuel: Des experts constatent… et recommandent
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Des experts et professionnels de la communication ont souligné, hier à Alger, le caractère incontournable de la démonopolisation du secteur audiovisuel face aux mutations que connaît le monde, avec tout le foisonnement de chaînes et de radios. Ils ont appelé à la création d’une commission nationale de l’audiovisuel. Ils estiment, en outre, que toute ouverture de l’audiovisuel au privé doit être régulée par une ou plusieurs instances, comme c’est le cas dans les pays avancés.

«Au-delà de la création de chaînes thématiques à laquelle a appelé le président de la République lors de son discours à la nation, et qui participe à mon sens à une avancée significative par rapport à ce qui était considéré comme une position dogmatique immuable, l’ouverture du paysage audiovisuel, d’abord au capital privé, et ses effets attendus sur la promotion de la production audiovisuelle nationale, tant en termes de quantité que de qualité, est non seulement incontournable en elle-même (…), mais bien plus : elle répare un retard stratégique dans le processus de construction d’une société démocratique et dans le rayonnement de l’image de notre pays dans le monde.»

C’est ce qu’a déclaré le producteur et comédien algérien, Boualem Aïssaoui, lors d’une rencontre organisée par le quotidien Ech-Chaâb en collaboration avec le Club des journalistes de l’Ecole nationale de journalisme. «Il est pour le moins frustrant, a-t-il estimé, qu’un Algérien qui vit dans un territoire de plus de 2 millions de km² et dans un pays à l’histoire millénaire (…), qui a su vaincre par son patriotisme les forces de l’obscurantisme durant la tragédie nationale (…), ne puisse façonner sa propre image et son propre regard sur le monde.»

Plus explicite, il ajoute : «Mais la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la production audiovisuelle privée nationale peut répondre à la demande en programmes ouverts des nouvelles chaînes privées, je crois personnellement que cela revient à réduire la production audiovisuelle à son seul aspect technique (…) car la libéralisation du paysage audiovisuel va entraîner l’émergence de tous les talents dormants dans toutes les disciplines culturelle et artistique.»

Selon lui, l’ouverture du champ audiovisuel devrait participer au développement économique du pays et à la résorption du chômage par le recrutement des jeunes diplômés des centres de formation.

«La libéralisation du champ audiovisuel national vient, souligne le même intervenant, contribuer à la formation d’une opinion publique libérée de l’emprise «parabolaire» ancrée dans des valeurs partagées et ouverte avec un esprit critique sur le monde, et contribue de fait à la préservation de l’image intérieure et extérieure.»

Il prévient, toutefois, que l’ouverture annoncée du champ audiovisuel «ne sera pas sans incidence sur le secteur de la presse écrite, publique et privée, en ce sens que lorsqu’on a des challenges attendus, la restructuration des ressources publicitaires se posera dans des termes concurrentiels qui ne seront pas sans effet sur certains titres».

M. Aïssaoui a balayé d’un revers de main l’argument-alibi que l’ouverture du champ audiovisuelle ouvrirait la voie à ce qu’il appelle «l’informel politique, économique ou culturel» maintes fois exhibé tel un épouvantail par les gouvernements successifs pour justifier le verrouillage du paysage médiatique audiovisuel. De son côté, l’universitaire et ancien officier de l’ANP, le Dr Ahmed Adimi, a estimé que l’ouverture du paysage audiovisuel national constituait une question de «sécurité nationale».

Les participants ont relevé, en outre, que l’ouverture de l’audiovisuel à l’initiative privée ne saurait se faire sans la participation d’une ou de plusieurs instances et/ou autorités de régulation, à l’image du défunt Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Younès Djama