Opération de volontariat du dr mokrani et une équipe de confrères : Un jeudi au village de « Ldjemâa-n-Saridj »

Opération de volontariat du dr mokrani et une équipe de confrères : Un jeudi au village de « Ldjemâa-n-Saridj »

«Les seules limites sont, comme toujours, celles de la vision.» James Broughton

Malgré un froid d’hiver assez rigoureux, en ce jeudi 21 décembre, le village de «Ldjemâa-n-Saridj», édifié sur le piémont, au-dessus de la vallée de l’oued Sebaou, a réuni beaucoup d’enfants à «l’École Hadouchi», au nom d’un jeune chahid du bled, autour de l’équipe médicale, conduite par le docteur Mohamed Mokrani qui, comme à l’accoutumée, va sans modération dans l’acte citoyen et humanitaire. Et ce n’est pas du tout un défaut, ni même un acte délictuel – disons illégal – qui fait honte à sa profession. Rien de cela, détrompez-vous! Son bilan élogieux, dans ce cadre-là, est derrière lui, et ses activités qui traduisent ses nombreuses sorties sur le terrain, ont mobilisé tant d’enfants, dans plusieurs régions du pays, ces enfants qui sont à même d’être sérieusement suivis, sur le plan de leur acuité visuelle.

Nous étions jeudi, un jour de décembre, dans cet arpent du Bon Dieu, appelé par sa grâce «Ldjemâa-n-Saridj» à quelques encablures de la capitale de la Kabylie, Tizi Ouzou. En effet, nous étions là, dans cet espace qui a été et demeure une cité ancestrale de hauts faits et où les Romains, qui ont été sensibles à son attrait, se sont installés pour y fonder la Cité qu’ils ont baptisée «Bida Municipium», du nom de Ibidah, la doyenne des tribus de la région qui s’appelait alors, et ce jusqu’à présent, Ait Fraoussen, du nom d’un roi numide. Des restes d’aqueducs et de fontaines, en plus de quelques vestiges, jusqu’à l’heure, témoignent de cette bonne présence romaine. Devons-nous, ainsi, occulter l’histoire de cette importante cité quand l’Histoire elle-même, la grande, celle qui a bonne mémoire et qui nous rattrape, nous raconte dans ses pages l’épopée glorieuse de ses enfants, d’illustres personnages, depuis les sociétés séculaires? Devons-nous ne pas citer cet éminent ecclésiastique, Campanus l’évêque du Ve siècle apr. J.-C, et dont la présence à Bida, symbolisait l’importance de cette agglomération sur tous les plans? Devons-nous, ne pas évoquer longuement ou modestement les «exploits de Boukhtouche», du temps de la période ottomane, «l’homme à la lance», héros populaire, descendant de la lignée des rois de Koukou et lié par la parenté directe aux Belkadi?

Il y a, évidemment, beaucoup de faits et d’événements qu’on ne pourrait receler, dont certains qui ont instauré de grandes traditions dans toute la Kabylie – des traditions qui demeurent jusqu’à présent dans les moeurs des populations kabyles, et qui méritent de grandes études. Ce royaume de Koukou, par exemple, que bon nombre d’Algériens ne connaissent pas, à cause de cette défaillance de notre système éducatif qui n’a pas encore donné toute l’importance à l’enseignement de notre Histoire, a été à la pointe de l’édification dans la région. Nous n’allons pas, bien sûr, ignorer qu’il a érigé la cité «Ldjemâa-n-Saridj» en capitale économique et construit la première mosquée en 1780, avec une «Soumaâ» (minaret), tout à fait originale, car ne se trouvant nulle part dans le pays.

Enfin, et ce n’est pas la fin de la mobilisation, de l’engagement et du sacrifice de cette population qui en a fait ses principes immuables, car durant la conquête française «Ldjemâa-n-Saridj», comme toute la Kabylie a été fréquemment impliqué dans les affrontements avec les troupes coloniales. En 1871, lors de l’insurrection d’El Mokrani et cheikh Ahaddad, la cité combattante a repoussé la colonne commandée par le général Lallemand.

Cette détermination s’est poursuivie jusqu’à la révolution de Novembre 1954 où de nombreux martyrs ont démontré leur audace par le sacrifice suprême. Inutile de les nommer car leur liste dépasse l’imagination de nos jeunes d’aujourd’hui qui sauront honorer leur mémoire par le travail et le rendement pour l’édification, sur des bases solides, de ce cher pays, qui attend beaucoup d’eux.

Ce commentaire du passé, nous l’avons voulu ainsi, pour insister sur le choix de cette équipe médicale qui était là ce jeudi, assise sur un trésor d’Histoire, sur des siècles de présence évidente d’ancêtres qui ont été plus que positifs dans leur manière de voir les choses et de les gérer avec la perspicacité qui était la leur. Ainsi, pour le docteur Mohamed Mokrani, héritier de ces belles traditions du don de soi, puisque lui-même et ses parents sont originaires de cette cité, ces opérations citoyennes qui se suivent et se multiplient en toutes circonstances, que ce soit à l’intérieur de son cabinet médical ou, en dehors sur le terrain, lors de ses tournées de volontariat, ne sont que des initiatives et des gestes philanthropiques dont la valeur s’inscrit au tableau d’honneur de l’assistance et de la générosité. Cette dernière action du jeudi 21 décembre, au nom des «Lions Club», notamment du Club d’Alger Icosium, pour clore l’année 2017, dans cette région que caractérisent l’antiquité de son passé et le rôle qu’elle s’est attribué dans l’histoire de la région, a été marquée par l’intérêt que lui ont manifesté les autorités locales, à leurs têtes le président d’APC M.Ahmed Hadouchi, nouvelle recrue dans le monde passionnant et laborieux des fonctions municipales, l’Association des parents d’élèves de Ldjemâa-n-Saridj que préside M.Bouaddou, et les représentants de la société civile qui étaient là, animés de bonne volonté pour prêter main forte à cette équipe de médecins qui n’ont pas levé la tête, depuis 9 h du matin jusqu’à 15h, sauf pour montrer leur sourire et être aimables avec les enfants et leurs parents.

Le docteur Mokrani était accompagné et, on ne peut mieux soutenu, par l’équipe médicale ô combien professionnelle et sympathique, du professeur Djabour, chef de service ophtalmologique au CHU de Tizi Ouzou, un panel de spécialistes qui a donné le sens qu’il fallait aux différentes significations de se livrer à une cause sans rien attendre en retour…

Et ça jasait, et ça babillait dans cette salle de classe où les enfants rentraient par groupe de vingt pour la consultation et les soins appropriés. Les écoliers dépistés donc par le médecin de l’hygiène scolaire, ou certains par leurs instituteurs, ont reçu une consultation spécialisée par le contrôle de l’acuité visuelle de nouveau, la dilatation pupillaire des deux yeux au collyre «cyclopentolate» durant une heure et enfin une réfraction des deux yeux pour la correction optique, suivi de l’examen ophtalmoscopique du fond d’oeil.

Munis de leur ordonnance, portant la prescription optique, les enfants aidés pat l’opticien bénévole de la commune choisissent leur monture et ce dernier se chargera de leur mettre les puissances des verres prescrits pour chaque oeil.

Ainsi, sur le plan de leur spécialité, les praticiens présents, au cours de cette journée, et de par leur programme et la thérapie qu’ils ont prodigués aux100 élèves qu’ils ont auscultés, ont démontré, pour ce qui est des troubles de la vision chez l’enfant, qu’il est impératif que le système de santé publique en Algérie assure un accès immédiat à des compétences ophtalmologiques professionnelles pertinentes. Oui, cette équipe, en cette campagne de lutte contre la cécité, s’est fait sienne ce cri dynamique de l’Organisation des «Lions»: «We serve», (Nous servons) et est allé, déterminée, remplir sa tâche de dépistage et de contrôle avec les jeunes écoliers dans l’enceinte même de leur établissement, une bâtisse qui a vu défiler tant et tant d’enfants, qui sont devenus, des années plus tard, de grands révolutionnaires et cadres de la nation. Il n’y a qu’à ouvrir le livre d’or de cet établissement scolaire, encore debout malgré les stigmates du temps, pour lire dans ses pages, l’histoire de Aïssat Idir, l’enfant prodige du syndicat algérien, martyr de la guerre de Libération nationale, de Si Ouali Bennaï, appelé communément «Si-Ouali-n-Senior Issahnounen», militant de la première heure pour la lutte armée de Libération nationale, qui avait le nationalisme dans le sang et qui était un modèle du sacrifice pour la libération de la patrie, de Cherif Haddadi, le 1er maire de la commune de Djemaâ Saharidj, après l’indépendance, ou encore celle de Mohand Amokrane Cherifi qui a ouvert un bureau de représentation du FLN à New York pendant la guerre de Libération nationale en vue d’inscrire la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU, un cadre qui est docteur en économie à Harvard (États-Unis), ministre du Commerce du temps de Chadli, récipiendaire du «R20, Special visionary Award» par l’Organisation fondée par Arnold Schwartzenegger, qui représente le prix de sa contribution dans le cadre des Nations unies à la préservation de l’environnement et enfin du docteur Hachemi Nait Djoudi, homme politique, membre fondateur de la première Ligue algérienne de défense des droits de l’homme et ministre des Transports sous la présidence de Mohamed Boudiaf. Quant aux nombreux autres, parmi les personnalités de la cité, que l’espace qui nous est réservé, ne peut contenir, nous leur présentons nos excuses, comme nous les présentons à leurs parents et à leurs amis, pour ceux qui ne sont plus de ce monde. Pour conclure sur cette magnifique journée de volontariat – et l’épithète n’est pas de trop -, nous disons que dans cette action du docteur Mohamed Mokrani et de ses confrères, le professeur Djabour entouré de sa percutante équipe, il y a comme cet air d’aïeuls que rehausse le souvenir…, le meilleur souvenir pour les générations futures. En effet, des exhalaisons de combattants de la culture et de l’éducation, ont été humées ce jeudi 21 décembre dans la cité de «Tala Mezziyen». Car, pendant que les élèves passaient à tour de rôle devant les médecins et leurs appareils ophtalmologiques qu’ils manipulaient avec soin et dextérité, l’on apprenait par le biais du docteur Djamel Boukhtouche, radiologue et non moins féru d’Histoire, lui-aussi descendant de cette grande famille des rois de Koukou, que dans cette école où nous étions, le père de Aïssat Idir avait offert, bien avant, pour l’éducation des enfants, une grande salle qui leur servait de classe et que, par la suite, le grand-père du docteur Mokrani devait officier en tant qu’instituteur dans cet établissement même…

N’est-ce pas que «Bon sang ne saurait mentir»? Kamel Bouchama Auteur.