C’est le genre de trésor caché dont on parle trop peu, de ces pépites nationales qui mériteraient de faire la une du monde entier mais qui restent de l’ordre du secret bien gardé.
À l’extrême est de l’Algérie, le lac Tonga est une véritable claque visuelle, un décor presque irréel où la jungle rencontre les dunes et la mer. Récemment propulsé sur la liste indicative de l’UNESCO, ce sanctuaire de biodiversité unique en Méditerranée prouve que les plus grands trésors naturels gagnent parfois à être redécouverts, loin des circuits touristiques traditionnels.
Le lac Tonga : d’un domaine oublié à une icône de l’éco-tourisme
Niché dans la commune de Souarekh (Oum El Teboul), au sein de la daïra d’El Kala (wilaya d’El Tarf), à l’extrême est du pays, le lac Tonga est devenu l’un des fleurons du tourisme écologique en Algérie.
Le site attire aujourd’hui des centaines de visiteurs, des touristes aux chercheurs en sciences environnementales, venus explorer ses trésors naturels à bord de barques de pêche traditionnelles.
Ce panorama exceptionnel, visible depuis son emblématique belvédère, s’étend sur une superficie de 2 600 hectares, faisant de Tonga l’un des plus grands lacs d’eau douce d’Algérie et d’Afrique du Nord.
Ce statut lui a valu d’être classé dès 1983 au titre de la convention de Ramsar sur les zones humides d’importance internationale.
Voir cette publication sur Instagram
L’impulsion d’une icône locale : « Ali le Thaïlandais »
Cette métamorphose spectaculaire est indissociable d’une figure locale : Ali Ouali, plus connu sous le pseudonyme de « Ali le Thaïlandais ». Cet ancien militaire s’est lancé dans l’éco-tourisme par pure passion. Parti d’une unique barque en 2004, il gère aujourd’hui une flotte de six embarcations familiales qui proposent des traversées paisibles au cœur de la réserve.

Ali le Thaïlandais est ainsi devenu, au fil des années, le premier guide-accompagnateur en éco-tourisme de la région. Son activité s’est structurée pour proposer deux types de circuits (une petite traversée à 1 500 dinars algériens et un grand parcours à 3 000 dinars), accueillant aussi bien le grand public que des délégations universitaires ou des scientifiques en quête de données biologiques.
Le lac Tonga, un carrefour d’écosystèmes unique au monde
Des trois grands lacs de la région (Oubeira, El Mellah et Tonga), Tonga occupe une place à part en raison d’une biodiversité hors du commun.
Le site fait partie intégrante du Parc national d’El Kala, un ensemble de 80 000 hectares qui englobe sept zones humides majeures (les lacs El Mellah, Oubeira, Bleu, Noir, le marais de Bourdim et la lagune d’Aïn Khiar).
🟢 A LIRE AUSSI : Cette forêt algérienne classée par l’UNESCO parmi les réserves mondiales de biosphère
Cette réserve naturelle se distingue par la cohabitation rare de quatre écosystèmes distincts :
- Le milieu marin
- Le milieu lacustre
- Le milieu forestier
- Les cordons de dunes de sable
Le parc concentre à lui seul 32 % de la flore nationale et 20 % de la faune algérienne. À l’échelle globale, il constitue la troisième zone humide du bassin méditerranéen en termes d’importance écologique et s’impose comme l’un des trois grands points de passage des oiseaux migrateurs de la planète, aux côtés des détroits de Gibraltar et du Bosphore.
Faune et flore du lac Tonga : un sanctuaire de biodiversité
Le lac Tonga est la première zone de nidification des oiseaux migrateurs en Algérie, accueillant chaque année entre 70 000 et 200 000 individus selon les données de l’UNESCO. Il sert également de refuge à des espèces menacées d’extinction, telles que le cerf de Barbarie, le loup africain ou l’érismature à tête blanche.
🟢 A LIRE AUSSI : L’Algérie brille à Oxford et dans les classements universitaires mondiaux
La flore et la faune aquatiques du lac présentent des spécificités remarquables.On y trouve la châtaigne d’eau, les nénuphars blancs et jaunes, le trèfle à quatre feuilles, le chêne-liège, ainsi que le scirpe, une plante qui filtre naturellement l’eau des polluants et des métaux lourds.

Le mystère de l’anguille européenne
Ce poisson constitue un véritable phénomène biologique. Les jeunes civelles naissent dans les profondeurs de la mer des Sargasses (golfe du Mexique) et parcourent plus de 4 200 km à travers l’océan pour revenir, guidées par une boussole génétique, habiter le lac exact de leurs géniteurs.
Ces anguilles possèdent en outre des huiles naturelles reconnues pour leurs vertus thérapeutiques contre les douleurs articulaires.
Déjà reconnu à l’échelle internationale grâce à la convention Ramsar, le lac Tonga a franchi un immense cap en 2025 en rejoignant la liste indicative de l’UNESCO.
C’est la toute première marche vers le patrimoine mondial de l’humanité. Plus qu’une simple ligne sur un document officiel, cette reconnaissance est une immense fierté qui offre enfin à ce joyau algérien la lumière qu’il mérite sur la scène internationale.
