Obésité en Algérie : 37,4 % des étudiants en surpoids et 13,4 % des enfants obèses

Plus d’un étudiant sur trois est en surpoids ou obèse en Algérie, et 13,4 % des enfants de 5 à 11 ans souffrent déjà d’obésité. Ces chiffres ont été présentés cette semaine à Alger, au congrès de la Société algérienne d’obésité et des maladies métaboliques. Diabète, foie gras, suivi des patients : les spécialistes appellent à une politique nationale de prévention.
Obésité chez les étudiants : les chiffres d’une étude nationale
Une étude menée auprès de 1 062 étudiants universitaires de 18 à 24 ans révèle l’ampleur du surpoids chez les jeunes. La Société algérienne d’obésité et des maladies métaboliques l’a réalisée avec l’Institut national de santé publique. Ses résultats montrent que 37,4 % des étudiants sont en surpoids ou obèses, dont 11,3 % obèses.
D’après nos calculs, plus d’un étudiant sur trois est donc au-dessus du poids normal, et environ un sur neuf souffre d’obésité. Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a cité ces résultats le jeudi 5 novembre, à l’ouverture du 5e congrès international de la société savante. Il a appelé à renforcer la prévention et le dépistage précoce, en particulier dans les écoles et les universités.
Pour le ministre, l’obésité n’est plus un simple excès de poids, mais une maladie chronique, complexe et aux causes multiples. Elle constitue l’un des principaux défis de santé publique du pays. Il plaide pour une prise en charge globale, qui associe suivi médical, nutrition, soutien psychologique et activité physique.
Obésité des enfants : 13,4 % des 5-11 ans déjà concernés
L’obésité touche aussi les plus jeunes. Les enquêtes nationales menées par la société savante et l’Institut national de santé publique montrent que 13,4 % des enfants scolarisés de 5 à 11 ans sont obèses. Ce chiffre ne compte que l’obésité, sans le simple surpoids.
Les médecins s’inquiètent particulièrement de cette tranche d’âge, car l’obésité de l’enfant tend à se prolonger à l’âge adulte. Elle augmente alors le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires. Chez les adultes, l’Institut national de santé publique estimait déjà en 2021 qu’un Algérien sur deux et une Algérienne sur trois étaient en surpoids.
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Obésité et diabète : des maladies étroitement liées
L’obésité favorise de nombreuses maladies : diabète de type 2, hypertension artérielle, troubles des lipides, maladies cardiovasculaires et maladies du foie. Des études algériennes, citées par le ministre, montrent que près de 80 % des personnes obèses souffrent de stéatose hépatique, ou « foie gras ». Il plaide pour une prise en charge commune du diabète et de l’obésité, désignée sous le terme de « diabésité ».
Le diabète touche lui-même une part importante de la population. L’enquête nationale de 2016-2017 l’estimait à 14,4 % chez les 18-69 ans. La Pr Samia Zekri, experte en diabétologie auprès du ministère de la Santé, citait l’an dernier une estimation plus récente de la Fédération internationale du diabète, de 17,5 %.
Obésité sévère : ce que révèlent les unités spécialisées
Le président de la société savante, le Pr Ammar Tebaibia, a présenté les données des patients suivis dans les unités spécialisées. Les femmes représentent 81 % des patients, et plus de la moitié souffrent d’une obésité sévère, avec un indice de masse corporelle supérieur à 42. Pour comparaison, l’obésité commence à un indice de 30.
Ces patients cumulent souvent plusieurs maladies : 40 % sont diabétiques et 49 % hypertendus. Les troubles du comportement alimentaire touchent 87 % d’entre eux, ce qui complique le traitement. Surtout, plus de 40 % des patients abandonnent leur suivi médical en cours de route, ce qui compromet les résultats.
Le ministre a cité en exemple les deux unités spécialisées de l’hôpital Djillali Belkhenchir, à Alger, et souhaite étendre cette expérience à tout le pays. Le Pr Tebaibia demande lui aussi de généraliser ces unités. Il appelle à une politique nationale de prévention, pilotée par une commission réunissant les différents secteurs concernés.
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Perdre du poids sans perdre ses muscles : ce que disent les spécialistes
Les spécialistes réunis au congrès ont aussi revu la façon de traiter l’obésité. La Dr Randa Reda Mabrouk, de l’université Aïn Shams, en Égypte, a rappelé qu’une perte de poids ne signifie pas seulement une perte de graisse. Les muscles et les autres tissus peuvent représenter de 24 à 30 % des kilos perdus.
Elle conseille donc de ne pas se fier uniquement à la balance et à l’indice de masse corporelle. Il faut aussi évaluer la composition du corps, l’état nutritionnel et les capacités physiques du patient. Un apport suffisant en protéines et des exercices de renforcement musculaire aident à préserver les muscles.
Médicaments, chirurgie, nutrition : les nouveaux traitements de l’obésité
Le Dr Hatem Jabbès, chirurgien digestif spécialisé dans l’obésité, venu de Tunisie, a présenté les approches combinées. Elles associent médicaments, chirurgie et accompagnement nutritionnel et psychologique. Pour lui, aucune solution unique ne convient à tous les patients.
Les nouveaux médicaments peuvent intervenir avant ou après une opération, notamment en cas de reprise de poids ou de diabète persistant. La chirurgie reste une option efficace pour les obésités sévères, avec un suivi à long terme. Nos articles sur les médicaments de type Ozempic et sur la chirurgie de l’obésité détaillent ces solutions.
Le Pr Yacine Kitouni, chef du service de médecine interne de l’hôpital de Constantine, a présenté les recherches sur les cellules souches. Elles visent à produire des cellules du pancréas capables de fabriquer de l’insuline, chez des patients atteints de diabète de type 1. Ces travaux se heurtent encore au rejet immunitaire et à la durée de fonctionnement des cellules greffées.
Prévenir l’obésité : alimentation, sport et sensibilisation
Pour les spécialistes, la prévention passe d’abord par l’alimentation et l’activité physique. La Pr Samia Zekri recommande de limiter les produits industriels et la restauration rapide, et de revenir à une alimentation de type méditerranéen. Les fruits, les légumes et la cuisine faite à la maison restent les meilleurs alliés.
La sédentarité des jeunes inquiète aussi au niveau mondial. Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, publié cette semaine, révèle que 86 % des adolescents de 11 à 17 ans n’atteignent pas les recommandations d’activité physique. L’OMS conseille au moins 60 minutes d’activité modérée à soutenue chaque jour.
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