Nouvelle formule de location : Des appartements proposés en ligne

Nouvelle formule de location : Des appartements proposés en ligne

Des particuliers sont en train de se disputer un marché qui était jusque-là l’apanage des hôteliers et des aubergistes. L’apparition de cette nouvelle formule de bail s’avère payante aussi bien pour le propriétaire que pour le candidat au loyer.

“Particulier à particulier, loue très joli F2 de 45 m2, à Aïn Benian, tout équipé, 4 000 DA/nuitée”. “Un studio meublé à louer à Alger-Centre, à 6 000 DA par journée”, “Particulier loue niveau de villa à Aïn Taya par nuitée, uniquement pour les familles ou pour des malades et leurs accompagnateurs pour des soins à Alger”, “Location d’un appartement de 130 m2 à Zéralda, bien équipé, idéal pour les week-ends, missions de travail, cérémonie ou réalisation de spots publicitaires, à 15000 DA/nuitée”, “Un F2 meublé à El-Mouradia, libre pour la saison estivale seulement, 14 millions de centimes par mois” sont autant d’annonces traitant du marché de la location qui foisonnent depuis quelque temps sur la Toile.

En somme, de simples citoyens se découvrent, à la faveur de la magie du Net, la vocation de “samsar” électronique. Ils proposent leurs logements meublés, pour un bail de courte durée.  Les chercheurs de ce type de location — qui a explosé à travers les réseaux sociaux — sont, eux aussi, nombreux. Sans solliciter les services des agents immobiliers, des particuliers mettent en ligne leurs logements pour location, allant d’une nuitée à un mois. Ces “courtiers informels” proposent une formule qui s’apparente, dans une large mesure, à un hébergement hôtelier. Des vidéos présentant des chambres meublées et dotées du “minimum requis” défilent en trois D sur la Toile. Pour comparer les prix des locations type airbnb, vous pouvez essayer cozycozy.com. Vu le nombre de demandes de visiteurs enregistrés, des sites électroniques de réservation apparaissent.

D’autres plateformes généralistes créent des rubriques pour “transactions locatives”. Une simple navigation sur les réseaux sociaux ou sur des plateformes de réservation suffit à percer les secrets de cette nouvelle formule de location. Qu’en est-il exactement de cette nouvelle formule ? Quel est le profil de bail le plus demandé ? Cette pratique est-elle soumise à une réglementation ? Les bailleurs sont-ils protégés ? L’argent engrangé est-il déclaré au fisc ? 

En fait, c’est une sorte d’Airbnb “made in Algeria” qui est en train de s’ancrer, la Toile aidant, dans les mœurs des transactions immobilières. Airbnb qui désigne par définition, l’abréviation de l’anglais “air bed and breakfast” (matelas pneumatique et petit-déjeuner), est une plateforme “électronique de location et de réservation de logements”. L’apparition de cette nouvelle formule de bail s’avère payante aussi bien pour le bailleur que pour le candidat au loyer “la nouvelle formule est très captivante et offre beaucoup d’avantages. D’autant que les prix de la location classique demeurent très élevés”, estiment des prétendants à la location. 

Des particuliers se découvrent la vocation de “samsar” 

Tapant les mots appropriés du profil recherché sur les sites électroniques, des dizaines d’annonces pour bail défilent ainsi sur l’écran. Une annonce inhérente à la location d’une villa à Draria attire notre attention de par le tarif proposé, et qui représente celui d’une nuitée dans un hôtel classé dans la capitale. Il est question d’une habitation individuelle qui compte 5 chambres, un salon et un grenier. “Le jour même de la mise en ligne de l’annonce, on av été submergé par les demandes de visite et de réservation. On affiche déjà complet jusqu’à septembre. Ce sont des réservations de court séjour, à la clé cinq jours au minimum. Mon père refuse de la louer aux groupes d’amis encore moins aux couples sans livret de famille”, nous dit le fils du propriétaire. 

Cette location semble être une source de revenus complémentaires pour le propriétaire. “En attendant de trouver un acquéreur, nous avons décidé de mettre notre villa meublée en location pendant les grandes vacances. Le prix de la nuitée est de 20 000 DA, soit le coût d’une chambre dans un grand hôtel à Alger. Je viens juste de la louer à une famille de 8 personnes pour 10 jours. La semaine passée, une autre famille a pris notre villa pour 5 jours”, précise-t-il. À la question liée à l’établissement de contrats, notre interlocuteur indiquera que “la maison est louée sans établir de contrat chez un notaire ou une déclaration légalisée à l’APC. Une sorte de contrat moral nous unit, après présentation du livret de famille”. 

Force est de constater que des particuliers sont en train de se disputer le marché des services offerts par les hôteliers. Les réservations de maisons ne sont plus faites uniquement par des voyageurs pour un motif touristique, puisque des personnes chargées de mission par des entreprises recourent à cette nouvelle formule. 

Des cadres de sociétés ou de PME préfèrent prendre en location des appartements au lieu de louer une chambre dans un hôtel, et ce, pour des raisons budgétaires et pratiques à la fois. “Cette nouvelle formule de location nous permet d’abord de faire des gains parfois de plus de 50%, par rapport à la réservation de chambres dans un hôtel.

En outre, la location d’un appartement pour un groupe de cadres nous permet d’avoir un meilleur rendement professionnel, puisque l’équipe en mission dispose d’un espace de réunions où elle peut tenir des briefings d’évaluation. Mes cadres sont plus à l’aise que dans un l’hôtel”, témoigne un chef d’entreprise privée. 

L’originalité de la formule “particulier à particulier”, réside en la disparition (suppression) de la “commission” de l’agent immobilier et les honoraires du notaire. Pour les particuliers que nous avons interviewés, ils nous répondent qu’ils ne sont plus contraints de transiter par une agence immobilière qui exige une commission. “La disparition de la prime des courtiers ‘réguliers’ ou informels ‘smasria’, permet d’‘assainir’ et d’équilibrer, même si les tarifs pratiqués ne sont pas systématiquement à la portée de tous”, nous dit-on.  

Les fourchettes proposées varient d’un logement à un autre et d’un endroit à un autre. La durée choisie “pèse” aussi sur la “note” de location. Selon des locataires, les prix affichés sont plus au moins abordables. “Des locations de “F2” sont proposées avec une fourchette allant de 25 000 DA, 3 000 DA jusqu’à 15 000 DA par jour, on y trouve de tout”, expliquera un agent immobilier. 

L’on n’exige ni une caution encore moins une avance, dans ce business qui se pratique dans une sorte de marché parallèle qui ne dit pas son nom. 

La seule avance à verser est celle de la moitié du coût du séjour réservé le jour de la visite de la maison. Mohamed d’Aïn Taya témoignera pour sa part : “Je loue mon studio tout équipé, situé à 5 minutes de la plage tout au long de l’année, au minimum pour 6 mois. En été, j’accepte des locations de 15 jours au plus. Le prix oscille entre 7 500 à 10 000 DA par nuitée. Cependant, si je passe par une agence je dois verser un dixième du prix de la location à l’intermédiaire.” Poursuivant notre périple sur la Toile, nous repérons un autre produit intéressant proposé à la location par nuitée du côté de La Pérouse (Bordj El-Bahri). 

Contactée par nos soins, la propriétaire détaillera qu’“il s’agit d’une chambre assez spacieuse équipée de quatre canapés avec ‘kitchenette’. Le prix par nuitée est de 4 000 DA. La durée minimale exigée est de 7 jours. Le locataire doit présenter un livret de famille. Les groupes de jeunes ne sont pas les bienvenus. En revanche, en hiver, nous recevons d’autres types de clients, la plupart de nos clients sont des patients et leurs accompagnateurs qui viennent se soigner dans cette région à l’est d’Alger. Généralement, on loue sans établir de contrat”. 

Livret de famille en guise de contrat de location 

En raison de la récession du marché locatif dit classique, même les agents immobiliers placent leur produit en ligne. Pour le gérant d’une agence immobilière à Dar El-Beïda, “il y a une sorte d’anarchie après l’entrée en scène de cette formule en raison de l’absence de réglementation. Cela n’a pas empêché les courtiers officiels de se mettre au diapason pour placer leurs produits en ligne”. “Cette nouvelle formule a compliqué la situation des intermédiaires, on a pratiquement perdu notre commission qui était de l’ordre d’un 13e mois de location. Notre prime ne dépasse pas à présent  500 DA par nuitée louée. Il est temps de réfléchir à réglementer cette pratique. À défaut d’un contrat notarié, il faudra établir une déclaration sur l’honneur de location dûment légalisée à la mairie”.

Néanmoins, les partisans de la “formule d’hébergement touristique” se réfèrent à la circulaire interministérielle du 16 juin 2012, qui définit les conditions de location chez l’habitant. “La première condition est que l’habitation (individuelle ou collective) doit être meublée et doit répondre aux règles de sécurité, d’hygiène et de salubrité. Un minimum d’équipements devant permettre au locataire d’y séjourner confortablement, notamment : lits, linge de maison… Cette dernière doit être la résidence principale habituelle du propriétaire et non un bien destiné à la location ou une résidence secondaire”.

Les statistiques communiquées par les sites de réservation confirment que cette nouvelle activité est en pleine expansion. Le  directeur du site le plus visité en Algérie, Ouedkniss.com, Mehdi Bouzid, a indiqué à ce propos : “On enregistre une moyenne de 800 000 visiteurs par jour. Pour le mois de juillet on a enregistré pas moins de 16 731 annonces de location d’appartements qui sont en ligne ces jours-ci. 5 423 niveaux de villas à louer. 3 997 villas complètes  mises en ligne. 1 183 studios, 697 duplex et 143 bungalows proposés pour location en ligne.” 

Pour sa part Fayçal Chaïb, le chargé de presse du site Nbatou spécialisé dans la  réservation, a précisé que “Nbatou propose des solutions d’hébergement pour les gens qui cherchent à éviter les hôtels, soit en famille ou en individuel.

Cette formule de particulier à particulier est régie par un décret interministériel publié en 2012 et qui traite de l’hébergement chez le particulier. La durée de séjour choisie est généralement de 7 à 10 jours. Il faut savoir qu’Alger est la ville la plus visitée et demandée par les clients, puisqu’on y enregistre des demandes de réservations durant toute l’année. Depuis la création de notre site en 2016, deux milliers de maisons ont été visitées et louées”.

 

Enquête réalisée par : hanafi H.