délivrer une information objective à la population Un décret fixant les attributions du ministère de la Communication augure de ce que sera la prochaine loi sur l’information.
Prévenir la presse de l’influence du pouvoir de l’argent. Voilà la nouvelle mission que se donnent les pouvoirs publics. L’objectif est clair: délivrer une information objective à la population car cette donne figure parmi les piliers de la démocratie. Mais la tâche passe par quelques préalables. On peut citer les critères d’attribution de la publicité institutionnelle qui ne devrait pas continuer à enrichir des groupes économiques, elle devrait plutôt tendre à assurer la subvention de titres créés par des journalistes professionnels. Des règles doivent aussi être édictées lorsqu’il s’agit d’offrir la possibilité de créer des radios et des télés privées. Une ouverture désordonnée risque de donner l’avantage à ces mêmes groupes. On croit savoir que cinq groupes économiques ont déjà déposé des demandes d’autorisation pour s’approprier des canaux de télévision et des ondes de radio. La menace plane sur la liberté d’information car on risque à tout moment de tomber dans des monopoles dangereux.
Ces mêmes monopoles qui ont failli mettre le feu à la maison Algérie à cause d’un bidon d’huile et un kilo de sucre. Les dispositions contenues dans le décret impriment déjà une direction à ce que sera la prochaine loi sur l’information. Si le gouvernement poursuit son action sur la voie tracée par le décret, il n’est pas exclu que le texte qui sera voté lors de la législature actuelle soit porteur de quelques innovations, à commencer par les modalités de la création de journaux. La future loi pourrait inscrire dans ses articles le principe selon lequel tout directeur de publication d’un journal doit jouir d’une expérience de 10 années en tant que journaliste professionnel, ayant des connaissances en gestion administrative, et ne vivant que de cette activité. Ainsi, les titres délivrés par le Conseil supérieur de l’information, qui sera réactivé, seront une propriété exclusive et incessible du ou des journalistes titulaires de cet agrément.
Les journalistes devraient être autorisés à créer des sociétés d’édition avec des investisseurs et ils ont le droit de demander que soit inscrit dans la loi le principe selon lequel ils peuvent mettre fin à cette association et reprendre leur titre dont ils restent les propriétaires exclusifs. ces dispositions ne seraient pas de pure forme. Ce sont au contraire, des dispositions pour garantir l’indépendance de la ligne éditoriale et assurer au citoyen une information indemne de pressions à caractère politique ou économique venant de l’investisseur. Ce qui est loin d’être le cas dans la situation actuelle puisque, sur 80 quotidiens, 60 sont entre les mains d’entrepreneurs. Si les forces de l’argent s’emparent de la presse et des journaux, il y aura monopole et péril sur la liberté d’expression. C’est à éviter absolument, surtout au moment où l’Etat tente de donner un large écho aux réformes politiques qu’il vient de lancer.
Après une expérience de 20 ans durant laquelle le secteur de la presse a été encadré par la loi actuelle, il est temps d’en tirer les enseignements sur la liberté d’expression garantie au citoyen en vertu de la Constitution.
L’objectif ne peut être atteint sans mettre à l’abri la liberté d’expression des tentatives d’accaparement des titres avec l’intrusion des puissances de l’argent. Dans le même contexte, il est opportun de se pencher sur l’origine des fonds investis dans la presse privée. On se rappelle que des conflits ont opposé des journalistes à des «pseudo-investisseurs». Certains alléchés par les dividendes de la publicité, d’autres soucieux de protéger, en tant que puissances de l’argent, les intérêts de leurs groupes économiques.
Toute la panoplie des réformes ne saurait prétendre au succès si le lecteur, le téléspectateur et l’auditeur ou encore l’internaute restent otages de ces investisseurs. La stabilité de l’Etat et de ses institutions s’en trouverait d’autant plus vulnérable. Mais qui veillera à l’application de ces principes s’ils arrivaient à être retenus par la loi? Le gouvernement, le Parlement? Ou une entité indépendante? dans le cas de l’Algérie, il y a une forte probabilité que le Conseil supérieur de l’information soit réactivé pour reprendre son rôle d’autorité habilitée à contrôler, en premier lieu, les conditions de création des journaux. Il doit s’assurer du fait que seuls les professionnels soient autorisés à exercer ce droit. Les publications ne doivent être vendues ou rétrocédées par le journaliste, s’il y a lieu, qu’à d’autres professionnels soumis à une autorisation dûment délivrée par le Conseil supérieur de l’information.
