« Nous ne sommes pas responsables » : Quand un coup de pinceau maladroit défigure l’histoire de Constantine

« Nous ne sommes pas responsables » : Quand un coup de pinceau maladroit défigure l’histoire de Constantine
Constantine

À Constantine, la mise en peinture des virages menant au quartier de la Koudia suscite une levée de boucliers. Entre indignation citoyenne et critiques d’experts, cette initiative est perçue comme une agression contre l’intégrité patrimoniale et l’identité séculaire de la Cité du Vieux Rocher.

Ces derniers jours, les réseaux sociaux constantinois sont en ébullition. En cause : l’application d’une peinture bleue et blanche sur les parois des virages historiques.

Ce site emblématique, essentiellement constitué de structures en pierre, constitue un axe de passage névralgique reliant le quartier de la Koudia — siège d’institutions majeures telles que le musée Cirta, la poste centrale ou la direction de la police — à la rue Belouizdad, au cœur de la ville.

Faute de goût ou outrage au patrimoine : la colère des Constantinois

De nombreux citoyens ont exprimé leur choc face à ce qu’ils qualifient de « mépris pour l’héritage urbain ». Ils pointent du doigt une gestion municipale manquant de discernement esthétique face à une ville dont la richesse architecturale est un mille-feuille d’influences.

Ce n’est d’ailleurs pas une première : des opérations similaires ont déjà défiguré par le passé des ponts suspendus et des vestiges romains de la cité.

L’administration municipale pointe du doigt une « initiative isolée »

Interrogé par Echorouk, le président de l’antenne municipale de Sidi Rached, a tenu à clarifier la situation :

« Nous ne sommes pas responsables de ce qui s’est produit. Cela s’est fait sans concertation ni information préalable. Nous avons immédiatement interpellé l’entrepreneur, qui avait pris l’initiative de peindre ces virages en bleu et blanc à titre « bénévole », et lui avons ordonné, lors d’une réunion de l’APC, de restituer les lieux à leur état d’origine. »

Le responsable a toutefois apporté une nuance, précisant que la zone repeinte par l’entrepreneur est en béton et non en pierre. Quant à un commerçant riverain ayant peint les pierres authentiques entourant sa boutique, il a été sommé par le conseil municipal de décaper la peinture pour redonner au matériau son aspect naturel.

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Ces virages, dont la construction remonte au début de l’ère coloniale, ne sont pas de simples infrastructures routières. Ils constituent un haut lieu de mémoire ayant été le théâtre d’opérations menées par des figures historiques de la Révolution.

La « Cité du Vieux Rocher » n’a pas besoin de fard

Ce n’est pas la première fois que des « initiatives de rénovation » maladroites dénaturent l’identité de Constantine. Par le passé, des pierres antiques près de l’arc romain (sous l’université Mentouri) avaient été blanchies à la chaux, et des rochers naturels sous les ponts suspendus avaient subi le même sort.

Si certains supporters y voient une allusion aux couleurs du club de la MOC au détriment du CSC, les défenseurs du patrimoine situent le débat sur un plan bien plus profond. Un universitaire spécialiste de la question rappelle avec fermeté que Constantine demeure la cité du Vieux Rocher : « Cette roche est une œuvre d’art brute qui ne supporte ni fard, ni artifice superficiel ».

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Alors qu’un concours de la « commune la plus propre » a été lancé, privilégiant le fleurissement et les jeux de lumières sur les ponts, cette affaire vient rappeler que l’embellissement urbain ne doit jamais se faire au détriment de l’authenticité historique.