Non-renouvellement des licences d’importation des kits CKD/SKD : L’industrie de l’électroménager asphyxiée

Non-renouvellement des licences d’importation des kits CKD/SKD : L’industrie de l’électroménager asphyxiée

C’est un véritable coup de massue qui vient de s’abattre sur l’industrie de l’électronique et de l’électroménager. Les mesures prises, dans la précipitation par le gouvernement, ont plongé la filière dans une profonde crise.

 

L’industrie de l’électronique et de l’électroménager traverse une situation difficile. Plusieurs entreprises se plaignent du non-renouvellement des licences d’importation de kits CKD/SKD et s’apprêtent à mettre en congé leurs travailleurs. Il y a quelques jours, l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) de Tizi Ouzou, une entreprise publique, avait annoncé, avec regret, la mise en congé de ses employés suite à l’épuisement de la matière première nécessaire pour faire fonctionner les ateliers de l’usine, sise à Oued Aïssi (Tizi Ouzou). 

Cette situation inédite dans les annales de cette entreprise et qui perdure depuis environ trois mois, est le résultat du “blocage de la matière première importée par l’Eniem au niveau du port d’Alger” a indiqué le P-DG de cette importante entreprise publique. 

L’Eniem n’a pas pu obtenir le renouvellement de sa licence d’importation et d’exploitation des appareils électroménagers devant lui permettre de les récupérer au port d’Alger et à l’entrepôt sous douane, et ce, malgré les démarches effectuées dans les délais auprès du ministère de l’Industrie et des Mines. Le problème semble toucher tous les opérateurs du secteur. “Cela fait plusieurs mois que nous avons entrepris les démarches relatives à l’obtention des autorisations”, a indiqué un opérateur à Liberté. Cet industriel a déposé une demande de renouvellement des licences d’importation auprès du ministère de l’Industrie, mais il n’a pas eu de réponse. 

Une situation qui pourrait affecter la bonne marche des différentes lignes de production et qui pourrait mettre en péril des centaines de postes d’emploi créés depuis plusieurs années. “Nous anticipons toujours pour avoir nos intrants à temps, cependant, cette fois-ci, l’attente a trop duré et nous sommes en train de puiser dans nos stocks pour ne pas arrêter la production de plusieurs produits nécessaires”, a-t-il affirmé.  

C’est le cas aussi de Bomare Company qui a déposé sa demande de renouvellement en 2018, et qui est restée sans suite. Pour rappel, le 15 mai dernier, le gouvernement a pris plusieurs mesures concernant l’importation des kits CKD/SKD des appareils électroménagers et électroniques de large consommation et téléphones mobiles, afin de rationnaliser les importations dans les domaines de l’activité en question. Il s’agit, entre autres, de l’accélération du processus d’élaboration d’un cahier des charges concernant l’activité d’assemblage des appareils électroménagers et électroniques, dans le respect des normes et conditions régissant cette activité, notamment le taux d’intégration, le recrutement de la main-d’œuvre locale et l’exigence de l’exportation. 

 

Dommages collatéraux 

Le gouvernement évoque, également, l’amendement du décret exécutif paru en 2000, fixant les conditions d’identification des activités de production à partir de collections destinées aux industries de montage et aux collections dites CKD, devant être limité aux composants essentiels du produit, en intégrant la sous-traitance et en déterminant la durée pour bénéficier des différentes mesures incitatives. Mais selon certaines sources, le retard dans la délivrance des autorisations d’importation des kits destinés à la fabrication des produits électroménagers, électroniques et téléphones mobiles est la conséquence de la judiciarisation des affaires économiques. Ces sources évoquent la mise en détention provisoire de certains anciens cadres du ministère de l’Industrie. Pour le professeur Mohamed-Cherif Belmihoub, les poursuites judiciaires contre certains hommes d’affaires ont eu quelques impacts sur certains comportements des opérateurs économiques en matière d’investissement, un ralentissement dans le traitement des dossiers de paiement ou de demande de crédits.

“Les fonctionnaires ont peur. Ils vont ralentir l’étude des dossiers”, relève l’économiste. Au niveau des banques, les comités de crédits ne sont plus convoqués. “Une justice doit se faire, mais dans un climat apaisé et avec sérénité”, en évitant de bloquer l’outil de production, estime-t-il. C’est aussi ce que suggèrent les acteurs de la filière électronique et de l’électroménager, qui demandent au ministre de l’Industrie de leur délivrer des prorogations limitées dans le temps en attendant la finalisation des nouveaux cahiers des charges et éviter ainsi l’effondrement de cette industrie qui a connu un regain d’activité grâce aussi aux mesures d’encouragement décidées par l’État. La revue Algérie Industrie, éditée par le ministère de l’Industrie, indique que plus de 5 millions d’appareils, tous types confondus, ont été produits en 2017, dont 1,4 million de téléviseurs et 1 million de réfrigérateurs. La filière a exporté pour 100 millions de dollars en 2018, contre 60 millions de dollars en 2017.

 

Meziane Rabhi