Neurofibromatose de type 1 en Algérie : ce que révèlent deux professeurs du CHU de Blida

Neurofibromatose de type 1 en Algérie : ce que révèlent deux professeurs du CHU de Blida
Pr Abdelghani BACHIR CHERIF et Pr Selma KESRAOUI chefs de services au CHU de Blida.

La neurofibromatose de type 1 (NF1), également connue sous le nom de maladie de Von Recklinghausen, est une pathologie génétique rare mais relativement fréquente parmi les maladies rares. Elle touche environ une personne sur 3 000 dans le monde et se manifeste par des signes cliniques très variables, allant de simples taches cutanées à des complications neurologiques ou tumorales plus complexes. Encore largement méconnue, cette pathologie pose des enjeux majeurs en matière de diagnostic précoce, de prise en charge multidisciplinaire et d’accès aux traitements innovants, notamment dans des contextes comme celui de l’Algérie.

Pour mieux comprendre cette pathologie et ses implications sur le terrain, nous avons rencontré le Professeur Abdelghani BACHIR CHERIF, chef du service de médecine interne au Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Blida et président de la Société Algérienne des Maladies Rares et Auto-Immunes (SAMRAI), ainsi que le Professeur Selma KESRAOUI, cheffe du service de neurologie du même établissement et secrétaire générale de la SAMRAI.

Au CHU de Blida, les services de médecine interne et de neurologie prennent en charge des patients présentant des signes en rapport avec la maladie NF1 à différents stades et nous collaborons au diagnostic et à la prise en charge.

La NF1, une maladie méconnue aux multiples risques

Pour commencer, qu’est-ce que la neurofibromatose de type 1 (NF1) et pourquoi est-elle aujourd’hui classée parmi les maladies génétiques rares les plus fréquentes ?

La neurofibromatose de type 1 (NF1) est une maladie génétique qui affecte principalement le développement des tissus nerveux. Elle est causée par une mutation du gène NF1, qui entraîne l’apparition de tumeurs (généralement bénignes) le long des nerfs, ainsi que des taches cutanées couleur « café au lait ». Elle est classée parmi les maladies rares les plus « fréquentes » pour deux raisons principales :

  • Sa prévalence élevée : Elle touche environ 1 personne sur 3 000 dans le monde. À titre de comparaison, le seuil d’une maladie « rare » en Europe est de moins d’une personne sur 2 000. La NF1 est donc à la « limite » supérieure de cette catégorie.
  • L’absence de distinction ethnique : Elle affecte toutes les populations de manière égale, ce qui en fait l’une des mutations génétiques dominantes les plus répandues à l’échelle globale.

Comment s’explique l’apparition de cette maladie ?

L’apparition de la neurofibromatose de type 1 (NF1) s’explique par un dysfonctionnement génétique précis lié au gène NF1, situé sur le chromosome 17. les deux mécanismes qui expliquent comment une personne développe la maladie :

  1. Le mode de transmission (Hérédité) : Dans environ 50 % des cas, la maladie est transmise par l’un des parents. Transmission autosomique dominante : Il suffit qu’un seul des deux parents soit porteur du gène altéré pour que l’enfant risque de développer la maladie. Risque de 50 % : À chaque grossesse, un parent atteint a une chance sur deux de transmettre la mutation à son enfant.
  2. La mutation spontanée (Cas « de novo ») : Dans l’autre 50 % des cas, la maladie apparaît chez un enfant dont les parents ne sont pas atteints. Il s’agit d’une mutation « de novo » (ou sporadique) : une erreur génétique survient spontanément dans l’ovule ou le spermatozoïde au moment de la conception, ou très tôt durant le développement de l’embryon.

Peut-on parler uniquement d’hérédité ou existe-t-il d’autres mécanismes (facteurs de risque) ?

L’origine de la neurofibromatose de type 1 est exclusivement génétique. On ne peut pas « attraper » la NF1 à cause de son environnement, de son mode de vie ou de son alimentation. Cependant, au-delà de l’hérédité classique, il existe des nuances importantes et des facteurs qui influencent la manière dont la maladie s’exprime :

  • L’âge paternel (Facteur de risque de mutation) : Pour les 50 % de cas où la maladie n’est pas héritée (mutations « de novo »), des études suggèrent que l’âge avancé du père peut être un facteur de risque. Les erreurs de copie de l’ADN dans les spermatozoïdes deviennent plus fréquentes avec le temps, ce qui augmente légèrement la probabilité qu’une mutation du gène NF1 survienne au moment de la conception.
  • Le mosaïcisme (Une forme localisée) : Il arrive parfois que la mutation ne touche pas toutes les cellules du corps, mais seulement une partie d’entre elles. C’est ce qu’on appelle la NF1 mosaïque (ou segmentaire). Le mécanisme : La mutation se produit après la conception, durant le développement de l’embryon. Seules les cellules descendant de la cellule mutée porteront l’anomalie. Le résultat : Les signes de la maladie (taches, neurofibromes) ne sont visibles que sur une zone précise du corps.
  • Le milieu hormonal : On observe souvent une poussée des neurofibromes au moment de la puberté ou de la grossesse, ce qui suggère que les hormones sont un facteur « accélérateur » de certains symptômes, bien qu’elles ne soient pas la cause de la maladie.

Quels sont les premiers signes qui doivent alerter, notamment chez l’enfant ?

Les premiers signes de la neurofibromatose de type 1 (NF1) apparaissent souvent dès la petite enfance. Le diagnostic repose principalement sur un examen clinique rigoureux effectué par un pédiatre ou un dermatologue. les signes d’alerte principaux classés par ordre d’apparition habituelle :

  • Les signes cutanés (souvent avant 2 ans)

Les taches « café au lait » : C’est le signe le plus précoce et le plus fréquent. Il s’agit de taches pigmentées planes, de couleur marron clair. Pour alerter, on recherche généralement la présence de 6 taches ou plus mesurant au moins 5 mm chez l’enfant.

Les taches de rousseur inhabituelles (lentigines) : Elles apparaissent un peu plus tard (entre 3 et 5 ans) dans des zones où l’on n’a normalement pas de taches de rousseur, comme les aisselles ou l’aine.

  • Les signes oculaires et osseux

Les nodules de Lisch : Ce sont de petites taches brunes sur l’iris de l’œil. Ils sont inoffensifs pour la vue mais très caractéristiques de la maladie. Ils sont visibles lors d’un examen ophtalmologique à la « lampe à fente ».

Anomalies osseuses : Parfois, une courbure anormale d’un os long (comme le tibia) ou de la colonne vertébrale (scoliose) peut être un signe précoce.

  • Les troubles du développement et de l’apprentissage

Sans être des critères de diagnostic à eux seuls, certains signes peuvent accompagner la NF1 chez l’enfant, comme des difficultés d’apprentissage ou de langage.

  • Le gliome des voies optiques

Dans environ 15 % des cas, une tumeur bénigne peut se développer sur le nerf optique pendant la petite enfance. Une baisse de l’acuité visuelle ou une modification de la vision chez un jeune enfant doit toujours conduire à une consultation.

Il est à noter que les neurofibromes (petites boules sous la peau) apparaissent généralement plus tard, souvent à l’approche de la puberté.

Si vous observez plusieurs de ces signes, notamment les taches café au lait nombreuses, une consultation avec un spécialiste est recommandée pour confirmer le diagnostic, parfois complété par des tests génétiques.

On dit que la NF1 s’exprime différemment selon les patients. Comment expliquer cette grande variabilité des symptômes ?

Cette variabilité est l’un des aspects les plus déroutants de la NF1. Même au sein d’une même famille (où le parent et l’enfant ont exactement la même mutation), les symptômes peuvent être radicalement différents. Bien que la cause soit génétique, le corps réagit à son environnement :

  • Hormones : Les périodes de grands bouleversements hormonaux (puberté, grossesse, ménopause) sont connues pour accélérer l’apparition ou la croissance des neurofibromes cutanés.
  • Épigénétique : Des facteurs externes (stress cellulaire, inflammation) peuvent influencer la manière dont le gène s’exprime, sans pour autant modifier l’ADN lui-même.

Certaines formes peuvent évoluer vers des complications plus graves. Quels sont les principaux risques à surveiller ?

Bien que la majorité des symptômes de la NF1 soient bénins, une surveillance étroite est nécessaire pour détecter quatre risques principaux qui peuvent impacter la qualité de vie ou le pronostic vital :

  1. Les neurofibromes plexiformes : ces tumeurs se développent en profondeur le long des gros troncs nerveux. Ils peuvent devenir volumineux, comprimer des organes voisins ou causer des douleurs importantes.
  2. La transformation maligne (MPNST) : C’est la complication la plus redoutée. Environ 8 à 13 % des patients peuvent voir un neurofibrome plexiforme se transformer en tumeur maligne des gaines des nerfs périphériques.
  3. Les complications neurologiques et visuelles : Gliome des voies optiques : Chez le jeune enfant (avant 6 ans), cette tumeur du nerf optique peut menacer la vision. Un suivi ophtalmologique annuel est indispensable. Troubles de l’apprentissage : Bien que non « vitaux », ils touchent 50 % des enfants et nécessitent une prise en charge précoce (orthophonie, psychomotricité).
  4. Les risques cardiovasculaires : Hypertension artérielle : Elle est plus fréquente chez les patients NF1, parfois due à un rétrécissement des artères rénales ou à une tumeur de la glande surrénale (phéochromocytome).
  5. Les complications osseuses : Scoliose sévère : Elle peut progresser rapidement, surtout à l’adolescence, et nécessiter le port d’un corset ou une chirurgie. Pseudarthrose : Une fragilité osseuse (souvent au tibia) qui empêche la consolidation après une fracture.

La plupart de ces complications se traitent d’autant mieux qu’elles sont détectées tôt. C’est pourquoi un suivi annuel dans un centre de référence spécialisé est le meilleur moyen de limiter les risques.

Quel est l’impact de la NF1 sur le développement et la scolarité des enfants atteints ? Et plus globalement, quel impact la maladie a-t-elle sur la qualité de vie des patients ?

L’impact de la NF1 est très variable d’un enfant à l’autre, mais il touche souvent deux piliers majeurs : les apprentissages et l’image de soi. Environ 50 à 60 % des enfants atteints de NF1 rencontrent des difficultés scolaires, sans que cela soit lié à une déficience intellectuelle (le QI moyen est généralement dans la norme basse ou normale).

Les troubles de l’attention sont très fréquents. On observe aussi souvent une dyslexie, une dysphasie ou des difficultés en mathématiques. L’enfant peut avoir du mal à organiser ses tâches, à planifier son travail ou à mémoriser des consignes complexes. Des difficultés d’écriture (dysgraphie) ou une légère maladresse (dyspraxie) sont courantes, rendant le graphisme fatigant.

À l’âge adulte, les défis se déplacent vers le domaine social et psychologique. Le poids du regard des autres : L’aspect « esthétique » (taches, neurofibromes cutanés plus ou moins nombreux) peut être source d’anxiété sociale, de retrait ou de baisse de l’estime de soi, surtout à l’adolescence. Vivre avec une maladie évolutive et imprévisible génère un stress chronique.  La crainte qu’une tumeur bénigne ne se transforme ou qu’une nouvelle complication apparaisse est une charge mentale réelle.

Douleurs chroniques : Certains patients souffrent de douleurs liées aux tumeurs nerveuses (neurofibromes plexiformes), ce qui peut impacter la vie professionnelle et les loisirs.

Vie sociale et affective : La question de la transmission de la maladie à ses futurs enfants est souvent un sujet de préoccupation majeur au moment de construire une vie de couple.

NF1 en Algérie : qu’en est-il du contexte national ?

Quelle est aujourd’hui la situation de la NF1 en Algérie, notamment en termes de diagnostic et de prise en charge ?

En Algérie, la prise en charge de la neurofibromatose de type 1 (NF1) s’est structurée ces dernières années grâce à une meilleure sensibilisation des cliniciens et à l’introduction de thérapies innovantes.

  • Diagnostic et centres de référence

Le diagnostic reste principalement clinique, reposant sur les critères internationaux révisés en 2021 (taches café au lait, lentigines, nodules de Lisch).

Centres hospitaliers : La prise en charge est assurée par des services de neurologie et de dermatologie au sein des grands Centres Hospitalo-Universitaires (CHU).

  • Accès aux traitements innovants

Le tournant majeur récent est l’arrivée des inhibiteurs de MEK (Mitogen-Activated Protein Kinase), qui représente une révolution pour le traitement des neurofibromes plexiformes inopérables.

Malgré ces progrès, l’accès systématique aux tests génétiques et le coût très élevé des nouveaux médicaments restent des barrières pour une prise en charge généralisée à tout le territoire

Est-ce que vous constatez des retards de diagnostic ? Si oui, à quoi sont-ils principalement liés ?

Oui, des retards de diagnostic sont fréquemment observés, en Algérie comme dans d’autres pays. Bien que la maladie soit « fréquente » pour une pathologie rare, son caractère imprévisible et sa variabilité clinique ralentissent souvent le parcours de soin.

Ces retards sont principalement liés aux facteurs suivants :

  • Méconnaissance du signe précoce qui est  : Les taches « café au lait », premier signe de la maladie, sont souvent confondues avec de simples taches de naissance sans importance par les parents, voire par certains médecins généralistes non sensibilisés aux critères de diagnostic précis (nombre, taille).
  • Apparition progressive des symptômes : Si les taches peuvent être présentes à la naissance, les autres critères (lentigines sous les bras, nodules de Lisch, neurofibromes) n’apparaissent qu’avec l’âge, parfois après plusieurs années de suivi, ce qui retarde la confirmation du diagnostic.
  • Accès limité au diagnostic génétique : En Algérie, bien que le diagnostic soit d’abord clinique, l’accès aux tests moléculaires pour confirmer une mutation du gène NF1 reste restreint à quelques grands centres universitaires ou laboratoires spécialisés.
  • Déficit de coordination multidisciplinaire : La NF1 touche de nombreux organes (peau, yeux, os, système nerveux). Sans une orientation rapide vers un centre de référence ou une équipe coordonnée (neuropédiatre, ophtalmologue, dermatologue, interniste), les patients peuvent errer entre plusieurs spécialistes avant d’obtenir une synthèse globale.

Le conseil clé : Si un enfant présente plus de 6 taches café au lait de plus de 5 mm, il est recommandé de demander l’avis d’un service de pédiatrie spécialisée ou de neurologie dans un CHU pour ne pas laisser passer le diagnostic.

La prise en charge nécessite plusieurs spécialités. Est-ce que ce parcours est accessible à tous les patients en Algérie ?

En Algérie, l’accès à un parcours de soins multidisciplinaire complet pour la NF1 reste un défi majeur, marqué par de fortes disparités régionales. Si les structures existent, la coordination réelle entre les différentes spécialités n’est pas encore systématiquement fluide pour tous les patients.

Une offre de soins centralisée : Le parcours est principalement accessible au niveau des CHU , où se concentrent les plateaux techniques nécessaires :

Les principaux obstacles à l’accessibilité :

  1. Déserts médicaux spécialisés : Dans les régions en dehors du nord du pays, l’accès à des ophtalmologues formés au dépistage des nodules de Lisch ou à des neurochirurgiens experts en NF1 est très limité.
  2. Manque de coordination (« Le Guichet Unique ») : Il existe peu de structures offrant des consultations « un jour, un lieu » où tous les spécialistes voient le patient simultanément, ce qui fragmente les soins.
  3. Accès à la génétique : Bien que le Séquençage de Nouvelle Génération (NGS) commence à se développer, le diagnostic moléculaire de certitude n’est pas encore disponible à large échelle sur tout le territoire.

Évolutions positives

Le gouvernement a lancé en janvier 2026 une carte médicale électronique pour les personnes démunies, visant à garantir la gratuité des soins et des médicaments pour les maladies chroniques et rares, ce qui pourrait améliorer l’équité d’accès aux traitements coûteux. De plus, un plan national pour les maladies rares prévoit la création de centres de référence mieux coordonnés à l’avenir proche.

Quelles sont aujourd’hui les options thérapeutiques disponibles pour les patients ? Et qu’en est-il de la réalité de leur accès aux nouvelles thérapies ciblées qui émergent à l’international ?

Les options thérapeutiques pour la neurofibromatose de type 1 (NF1) ont considérablement évolué, passant d’une gestion purement symptomatique à l’arrivée de traitements ciblés. En Algérie, l’accès à ces innovations est en cours de structuration.

1. Options thérapeutiques classiques (Symptomatiques)

Le traitement standard vise à gérer les complications au cas par cas :

  • Chirurgie utilisée pour retirer ou réduire les neurofibromes cutanés gênants ou inesthétiques. La chirurgie est complexe pour les formes profondes (plexiformes) en raison des risques de récidive et de saignements.
  • Rééducation et soutien : Prise en charge des troubles de l’apprentissage (orthophonie) et des complications osseuses comme la scoliose.
  • Surveillance oncologique : Détection précoce des tumeurs malignes des gaines nerveuses (MPNST).

2. Émergence des thérapies ciblées : Les inhibiteurs de MEK

Un espoir pour nos patients.

Selon vous, que faudrait-il améliorer en priorité pour mieux accompagner les patients atteints de NF1 en Algérie ?

Pour améliorer significativement le quotidien des patients atteints de NF1 en Algérie, quatre axes prioritaires semblent essentiels :

  • Création de centres de référence pluridisciplinaires :

La NF1 touche la peau, les yeux, les os et le système nerveux. Plutôt que de laisser les familles errer entre différents spécialistes, la mise en place de consultations « guichet unique » (regroupant neurologues, dermatologues, ophtalmologues, internistes et psychologues) dans les grands CHU permettrait une prise en charge globale et cohérente.

  • Facilitation de l’accès au diagnostic génétique :

Bien que le diagnostic soit clinique, l’accès au séquençage (NGS) est crucial pour confirmer les cas atypiques, permettre un conseil génétique précis aux familles et identifier les patients éligibles aux nouvelles thérapies ciblées. Généraliser ces tests dans les laboratoires de santé publique est une priorité.

  • Renforcement de l’accompagnement scolaire :

Les troubles de l’apprentissage touchent plus d’un enfant sur deux. Il est nécessaire de mieux former les enseignants à la NF1 et de faciliter l’accès au remboursement des séances d’orthophonie et de psychomotricité, qui représentent souvent une charge financière lourde pour les parents.

  • Pérennisation de l’accès aux thérapies innovantes :

L’arrivée des inhibiteurs de MEK est un espoir immense. Il faut s’assurer que ces traitements coûteux soient systématiquement remboursés ou fournis par la Pharmacie Centrale des Hôpitaux pour les enfants et les adultes présentant des neurofibromes plexiformes inopérables, sans distinction de revenus.

L’implication des associations de patients reste le moteur de ces changements pour faire de la NF1 une priorité de santé publique.

La NF1 reste encore peu connue du grand public. D’après vous, quelles actions de sensibilisation seraient nécessaires aujourd’hui pour améliorer sa reconnaissance et favoriser un diagnostic plus précoce ?

Pour briser l’invisibilité de la NF1 et accélérer le diagnostic en Algérie, les actions de sensibilisation doivent cibler trois niveaux clés de la société :

1. Sensibilisation de « première ligne » (Santé) : Le retard de diagnostic vient souvent d’une confusion avec des signes banals.

  • Formation continue : Renforcer les modules sur les maladies génétiques cutanées pour les médecins généralistes et les dermatologues libéraux, afin qu’ils sachent identifier les critères de diagnostic dès le premier examen.

2. Information en milieu scolaire : L’école est le premier lieu où les difficultés (apprentissage ou regard des autres) se manifestent.

  • Guides pour les enseignants : Expliquer que la fatigue ou les troubles de l’attention d’un enfant NF1 ne sont pas de la mauvaise volonté, mais des symptômes neurologiques de la maladie.
  • Lutte contre la stigmatisation : Organiser des interventions pour normaliser la différence physique (neurofibromes) et prévenir le harcèlement scolaire.

3. Communication Grand Public et Médias

  • Journée Mondiale (17 mai) : Utiliser cette date pour mener des actions symboliques (illuminations en bleu et vert) et organiser des marches solidaires dans les grandes villes.
  • Déstigmatisation : Collaborer avec les médias algériens pour expliquer que la NF1 n’est ni contagieuse, ni liée à un manque d’hygiène, mais une simple erreur de « code » génétique.

4. Plaidoyer Institutionnel

  • Registre National : Encourager la création d’un registre des maladies rares en Algérie pour donner un poids statistique à la NF1 et justifier l’investissement dans des centres de référence dédiés.

En résumé, l’enjeu est de transformer une « maladie rare » en une « condition reconnue », pour que chaque parent sache qu’une simple tache peut être le point de départ d’un suivi préventif essentiel.

Pour finir, quel message souhaiteriez-vous adresser aux patients et aux familles concernés par la neurofibromatose de type 1 ?

Le message essentiel à retenir est celui de l’espoir et de la résilience. Bien que la NF1 soit une maladie complexe et imprévisible, elle ne définit pas qui vous êtes ni ce que vous pouvez accomplir.

Voici les trois piliers de ce message :

1. Vous n’êtes pas seuls : Même si la maladie est classée comme « rare », elle touche des milliers de personnes en Algérie et des millions dans le monde. Briser l’isolement en rejoignant des groupes de soutien ou des associations est une étape clé pour partager ses craintes et ses solutions.

2. L’anticipation est votre force : Un suivi médical régulier et multidisciplinaire n’est pas un aveu de faiblesse, mais une stratégie de protection. Détecter tôt une complication, c’est se donner toutes les chances de la traiter efficacement.

3. Une nouvelle ère médicale : Nous vivons un tournant historique. Pour la première fois, des thérapies ciblées (comme les inhibiteurs de MEK) transforment concrètement le pronostic des formes les plus complexes. La recherche avance plus vite que jamais, et l’accès à ces soins en Algérie progresse chaque jour.