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Naturalisée algérienne cet été, Elaine Mokhtefi, figure de la révolution s’éteint à 98 ans

Naturalisée algérienne cet été, Elaine Mokhtefi, figure de la révolution s’éteint à 98 ans
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Elaine Mokhtefi, née Elaine Klein à New York en 1928, est décédée vendredi à l’âge de 98 ans dans un hôpital de New York. Militante anticolonialiste américaine et ancienne soutien de la Révolution algérienne, elle venait récemment d’obtenir la nationalité algérienne à la suite d’un décret signé par le président Abdelmadjid Tebboune.

La disparition d’Elaine Mokhtefi a été annoncée vendredi soir par le cinéaste et universitaire Ahmed Bedjaoui, qui était proche de la défunte. Dans son hommage, il a rappelé que celle qui avait consacré une partie importante de sa vie à l’Algérie s’apprêtait à revenir dans le pays.

Elaine Mokhtefi avait notamment célébré ses 97 ans à Alger, à l’invitation du Festival international d’Alger et de l’Association des Amis de la Révolution. Elle devait revenir dans la capitale algérienne le 10 octobre prochain afin de célébrer son acquisition de la nationalité algérienne.

Cette nouvelle étape avait une portée particulière pour cette militante américaine qui avait entretenu pendant plusieurs décennies un lien étroit avec l’Algérie. Selon Ahmed Bedjaoui, elle était « impatiente de venir retrouver son pays de cœur ».

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Avec sa disparition, l’Algérie perd ainsi une personnalité étrangère dont le parcours s’est profondément inscrit dans l’histoire de sa Révolution et des premières années de l’indépendance.

Une Américaine engagée contre le colonialisme

Née en 1928 à New York sous le nom d’Elaine Klein, Elaine Mokhtefi s’intéresse très tôt aux questions politiques et aux luttes contre le racisme et le colonialisme.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle se rapproche progressivement des milieux militants américains et pacifistes. Son engagement la conduit ensuite à quitter les États-Unis pour l’Europe. Elle s’installe à Paris au début des années 1950 et y travaille notamment comme traductrice et interprète.

C’est dans la capitale française qu’elle découvre plus directement la situation des Algériens sous domination coloniale. Elle se rapproche alors de militants algériens et commence à s’intéresser à la lutte menée par le Front de libération nationale.

Son engagement dépasse progressivement le simple soutien politique. Elle met ses compétences linguistiques et ses contacts internationaux au service de la cause indépendantiste algérienne.

Au cours des années de guerre, elle participe notamment aux activités de soutien au FLN et travaille à faire connaître la cause algérienne à l’étranger. Son parcours l’amène également à fréquenter les réseaux anticoloniaux qui se développent alors à travers le monde.

Elaine Mokhtefi : une rencontre marquante avec Frantz Fanon

Le parcours d’Elaine Mokhtefi est également étroitement lié à celui de Frantz Fanon, l’une des figures intellectuelles majeures de la Révolution algérienne et de la pensée anticolonialiste.

Elle rencontre Fanon dans les réseaux internationaux qui soutiennent les mouvements de libération. Leur relation devient progressivement plus étroite, notamment au cours des dernières années de la vie de l’intellectuel martiniquais.

Elaine Mokhtefi restera notamment proche de la famille de Fanon. Cette relation constitue l’un des épisodes importants de son parcours, au même titre que son engagement auprès du mouvement indépendantiste algérien.

Son activité militante l’amène parallèlement à participer à plusieurs rencontres internationales consacrées aux luttes de libération. Elle se rend notamment en Afrique et côtoie des militants venus de différents pays engagés contre le colonialisme.

Elle évolue ainsi dans un environnement international où la lutte algérienne occupe une place centrale.

Après l’indépendance, elle choisit de s’installer à Alger

L’indépendance de l’Algérie en 1962 marque un tournant dans sa vie.

Alors que de nombreux militants étrangers ayant soutenu la Révolution quittent progressivement le pays, Elaine Mokhtefi fait le choix de rester en Algérie. Elle s’installe à Alger et participe à la vie du pays nouvellement indépendant.

Elle met notamment son expérience et ses compétences au service de différentes structures algériennes. Son travail porte notamment sur la communication, la traduction et les relations avec les organisations et militants étrangers.

À cette époque, Alger devient progressivement un lieu de rencontre pour les mouvements de libération nationale et les organisations révolutionnaires du monde entier.

L’Algérie indépendante apporte son soutien à de nombreuses causes anticoloniales. Des militants africains, asiatiques et latino-américains se rendent dans la capitale algérienne, qui acquiert une réputation internationale de centre des luttes du « tiers-monde ».

Elaine Mokhtefi se retrouve au cœur de cette période particulière.

Son rôle auprès des Black Panthers à Alger

L’un des épisodes les plus connus de sa vie reste son engagement auprès du Black Panther Party.

À la fin des années 1960, plusieurs responsables du mouvement afro-américain se rapprochent de l’Algérie. Alger devient alors l’une des bases internationales du mouvement, après l’arrivée notamment d’Eldridge Cleaver, l’un de ses principaux dirigeants.

Elaine Mokhtefi joue un rôle important dans les relations entre les militants américains et les autorités algériennes. Grâce à sa connaissance de l’anglais, du français et des réseaux politiques internationaux, elle contribue à faciliter les échanges et l’organisation du bureau international des Black Panthers à Alger.

Cette période témoigne du rôle particulier joué par la capitale algérienne sur la scène internationale.

Dans les années qui suivent l’indépendance, Alger accueille en effet des représentants de nombreux mouvements de libération. La présence des Black Panthers vient renforcer cette dimension internationale et rapproche encore davantage la lutte algérienne des combats menés contre la ségrégation et le racisme aux États-Unis.

Elaine Mokhtefi est alors l’une des personnes qui facilitent ces relations.

Son parcours lui permet de côtoyer plusieurs figures importantes des mouvements révolutionnaires et anticoloniaux de l’époque.

Une expérience racontée dans ses mémoires

Des décennies plus tard, Elaine Mokhtefi décide de raconter cette période de sa vie.

En 2018, elle publie ses mémoires sous le titre Algiers, Third World Capital: Freedom Fighters, Revolutionaries, Black Panthers. L’ouvrage revient notamment sur ses années passées à Alger et sur les personnalités qu’elle a rencontrées dans la capitale algérienne.

Le livre est ensuite publié en français sous le titre Alger, capitale de la révolution : de Fanon aux Black Panthers.

À travers son récit, Elaine Mokhtefi témoigne d’une période durant laquelle Alger occupait une place singulière dans le paysage politique international. Elle revient notamment sur les années durant lesquelles la capitale algérienne accueillait des représentants de mouvements de libération venus de plusieurs continents.

Ses mémoires constituent également un témoignage personnel sur les premières années de l’Algérie indépendante et sur l’atmosphère politique qui régnait alors dans le pays.

🟢 A LIRE AUSSI : Qui est Elaine Mokhtefi ? L’Américaine de 98 ans qui vient d’obtenir la nationalité algérienne

Une histoire avec l’Algérie qui ne s’est jamais véritablement interrompue

Le rapport d’Elaine Mokhtefi avec l’Algérie n’a cependant pas été sans difficultés.

Elle quitte le pays au milieu des années 1970, dans un contexte politique devenu plus complexe. Elle s’installe ensuite en France avant de retourner aux États-Unis.

Son départ ne met toutefois pas fin à son attachement à l’Algérie.

Au fil des décennies, elle continue à évoquer son expérience algérienne et à défendre la mémoire de la période révolutionnaire. Son histoire personnelle reste profondément associée à Alger, où elle avait vécu plusieurs années au lendemain de l’indépendance.

C’est également cette relation particulière qui explique l’importance accordée à son retour dans le pays au cours de ses dernières années.

La nationalité algérienne, ultime reconnaissance

La naturalisation d’Elaine Mokhtefi en 2026 est venue donner une dimension particulière à son histoire avec l’Algérie.

Née américaine et ayant vécu une grande partie de sa vie entre les États-Unis, la France et l’Algérie, elle avait finalement obtenu la nationalité algérienne en vertu d’un décret signé par le président Abdelmadjid Tebboune.

Elle devait revenir à Alger le 10 octobre afin de célébrer cette naturalisation, plusieurs décennies après avoir choisi de faire de l’Algérie son pays de cœur.

Elaine Mokhtefi s’est éteinte à New York à l’âge de 98 ans, quelques semaines seulement avant ce retour qu’elle attendait avec impatience.

Pour Ahmed Bedjaoui, sa disparition représente une perte importante pour l’Algérie. Il a salué la mémoire d’une « grande Moudjahid et patriote exemplaire ».

De New York à Alger, en passant par Paris et plusieurs capitales africaines, Elaine Mokhtefi aura consacré une grande partie de son existence aux luttes anticoloniales. Son parcours reste particulièrement lié à celui de l’Algérie, depuis les années de la guerre de Libération jusqu’aux premières décennies de l’indépendance.

Son histoire est aussi celle d’une femme née aux États-Unis qui, sans être algérienne à l’origine, a choisi de faire de la cause algérienne l’un des engagements majeurs de sa vie. La nationalité obtenue en 2026 est ainsi venue officialiser, à la fin de son existence, un attachement qui remontait à plusieurs décennies.

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Wissam

Wissam Abid - Journaliste – Nation, société et faits divers

Wissam Abid est journaliste au sein de la rédaction d'Algerie360. Elle couvre principalement l'actualité nationale, les sujets de société et les faits divers qui marquent le quotidien des Algériens.

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