Mourad Medelci s’explique mais ne rassure pas,Le flou de la diplomatie algérienne

Mourad Medelci s’explique mais ne rassure pas,Le flou de la diplomatie algérienne
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Le chef de la diplomatie algérienne, dans une interview accordée vendredi à la Chaîne III, est venu s’expliquer sur les questions chaudes de l’heure, sans toutefois rassurer. Même s’il parle d’une “grande diplomatie dont disposerait l’Algérie, son chef affirme que le pays n’a pas de volonté de domination, encore moins une ambition de leadership”.

Commentant le discours du président Bouteflika, il a estimé qu’il était normal que le Président rappelle les principes de la diplomatie algérienne, notamment en raison de la situation actuelle de la région (non-ingérence, respect de la souveraineté). “c’est sur cette base que l’Algérie a réagi concernant les conflits en Tunisie, en Égypte, au Yémen, au Bahreïn, en Côte d’Ivoire et en Libye. Nous n’avons pas traité un pays différemment avec un autre.”

Le chef de la diplomatie martèlera que “l’Algérie continuera à ne pas émettre d’opinion politique de ce qui se passe dans un autre pays”, rappelant la position de l’Algérie concernant la crise en Libye. “Nous sommes dans une situation extrêmement compliquée où les Libyens se battent entre eux et que d’autres parties sont en train d’aider. Au-delà de la mise en place d’un cessez-le-feu, la seule solution raisonnable est la solution politique, portée par l’UA et que l’Algérie soutient. Nous ne perdons pas espoir, surtout si la communauté internationale joint ses efforts à ceux de l’Afrique.”

Concernant les accusations du CNT, il estimera que “les accusations, on en parle depuis plusieurs semaines. Au niveau du ministère, nous avons apporté des démentis les plus clairs. Avec nos partenaires, y compris avec M. Juppé. Ce sont des manœuvres dilatoires basées sur des agendas qui n’ont rien à voir avec la crise libyenne, mais qui datent bien avant cette crise. Juppé a considéré comme peu crédibles ces rumeurs. Nous n’avons jamais choisi une partie ou une autre, en Libye, ou ailleurs”, précisant que M. Juppé “a demandé mon avis sur ces rumeurs”.

Les relations algéro-françaises “ne sont pas tendues”

Medelci a précisé que “la discussion, avec Juppé, n’a pas porté sur cela uniquement, mais sur la coopération bilatérale. Il y a des avancées dans des relations algéro-françaises, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un partenariat industriel. Juppé est invité à Alger, le plus tôt possible”.

Pour ce qui est des relations algéro-françaises, M. Medelci a estimé que “les relations ne sont pas tendues. Nous avons des intérêts communs. Nous avons des approches différentes sur certaines questions internationales”.

Revenant sur la crise libyenne et ses conséquences sur la région, le chef de la diplomatie a indiqué que “dès le départ, nous avons eu à gérer la situation, en tenant compte de nos relations avec ce pays et du risque sécuritaire, pas seulement au niveau de notre territoire mais aussi des territoires voisins. Les situations de divisions, notamment en ce qui concerne l’accès aux armes. C’est un risque réel. Ce risque n’a pas été exagéré. Nous avons la certitude que ce qui se cache en Libye peut avoir des conséquences fâcheuses, non seulement sur l’Algérie mais sur toute la sous-région. Ce qui se passe en Libye peut constituer un encouragement au développement du terrorisme, y compris dans notre territoire”.

“L’UMA pourrait avancer mieux, si l’on s’entendait sur la question du Sahara occidental”

Concernant l’UMA, le chef de la diplomatie algérienne a estimé qu’“elle avance, pas comme nous le souhaitons. Mais elle continue à travailler. Des réunions régulières se tiennent. L’UMA pourrait avancer mieux, si politiquement on s’entendait sur la question du Sahara occidental. Ne voyons pas l’UMA sur seulement le prisme de ce qui se passe en Libye. N’oublions pas que la Libye préside l’UMA.” Au sujet de la réouverture des frontières algéro-marocaines, il a indiqué que “nous n’avons jamais exclu de les rouvrir et c’est dans la nature des choses. Nous devions traiter des questions les plus sensibles, les questions humaines, agricoles, énergétiques. Elle finira, un jour, par donner un résultat. Il serait malhonnête de situer un calendrier aujourd’hui”.

Concernant le groupe des 5+5, il a estimé que “c’est un cadre intéressant que nous voulons préserver. Nous avons suggéré à nos amis italiens de différer le sommet prévu en juin à Malte, en raison du conflit libyen. Nous voulons éviter à ce que ce qui se passe en Libye ne vienne polluer la réunion des 5+5”. Ce n’est pas le même optimisme concernant son évaluation de l’UPM. “Elle a déjà subi le contrecoup d’un événement malheureux : l’attaque de Ghaza. L’Europe est en train de revisiter, elle-même, les relations entre l’Europe et la rive sud dans le futur. L’Europe a pris une direction importante, mais qui reste informelle. Nous attendons plus de clarifications lors de la visite du commissaire Foulet à Alger, à la mi-mai.”

Pour ce qui est de la Ligue arabe, il a estimé que cette dernière traverse une crise particulière. “Beaucoup parmi les pays arabes ont des préoccupations d’ordre interne. Un sommet à Bagdad, le 11 mai, ne semble pas pertinent aujourd’hui. Il y a un consensus pour décaler le sommet.” Pour ce qui est du choix du successeur d’Amr Moussa, un consensus devrait se dégager lors de la réunion des chefs de la diplomatie arabes du 15 mai. Pour le moment, il y a deux candidats : un Égyptien et un Qatari.

Tout en louant l’évolution des relations algéro-américaines, il a estimé que le dernier rapport du département d’État n’était pas aussi critique qu’on le présente. “Je ne crois pas que ce rapport soit plus critique que celui de l’année dernière. Je crois qu’il a noté des avancées.” Et d’ajouter : “L’Algérie fait montre d’une bonne volonté exceptionnelle avec les rapporteurs spéciaux des Nations unies, dans la plus grande transparence. Et c’est dans cet esprit que nous agissons. Les rassemblements ne sont pas interdits. Même à Alger, le rapporteur des Nations unies a pu se trouver dans des rassemblements.”

Quant à la révision de l’accord Algérie-UE, M. Medelci a réitéré le souhait de l’Algérie de parvenir à un ajustement de l’accord (démantèlement tarifaire). Des commissions ont travaillé sur le plan technique. Il espère parvenir, en mai prochain, à des prémices d’un accord et un accord définitif en juin, lors de la tenue du conseil de coopération. “Nous devons faire des efforts, de part et d’autre, pour que le flux d’investissements s’accroisse. Le climat des affaires doit s’améliorer de façon constante”, dira-t-il. Et de jeter un autre caillou dans le jardin du Premier ministre : “Il faut se concerter avec les opérateurs économiques avant d’annoncer quoi que ce soit. En mai, des rencontres avec le patronat et les gestionnaires vont se tenir, dans ce sens.”

S’agissant de la circulation des personnes, il se contentera de constater que “nous sommes en train de la gérer bilatéralement. Nous considérons qu’il y a encore un frein sur l’attribution des visas”. L’Algérie a une diplomatie reconnue, qui a retrouvé sa place. Elle a une position d’éclaireur. Chaque visiteur apprécie et vient prendre les conseils du président de la République. L’Algérie n’a pas une volonté de dominer ou de s’approprier un quelconque leadership.