Mme Benhabylles : «J’ai demandé aux organisateurs de ramener les victimes de l’OAS. Evidemment, ils n’ont pas accepté»

Mme Benhabylles : «J’ai demandé aux organisateurs de ramener les victimes de l’OAS. Evidemment, ils n’ont pas accepté»

Après la décision prise par Zohra Fatma Flici et Rabha Tounsi de boycotter le Colloque international sur les victimes de terrorismes, prévu à Paris, en septembre prochain, mme.jpgSaïda Benhabylès, secrétaire générale du Mouvement féminin de la solidarité avec la femme

rurale et présidente du réseau algérien des associations victimes du terrorisme, a décidé de décliner l’invitation des organisateurs. Pour l’ex-ministre de la Solidarité, les organisateurs français «font dans l’amalgame et traitent les résistants du Front de libération nationale de terroristes».

Contactée par nos soins, Mme Benhabyles a indiqué, hier, que Guillaume Denoix, directeur-général et porte-parole de l’Association française des victimes du terrorisme, membres du Réseau européen des victimes du terrorisme, a insisté, lors d’un récent entretien téléphonique avec elle, sur sa participation au colloque organisé sous le haut patronage du président français Nicolas Sarkozy.

Pour l’organisateur, le but de la rencontre est «d’évoquer la situation des victimes du terrorisme à l’échelle mondiale est non pas celui de faire le procès à certains mouvements révolutionnaires». Cette déclaration du responsable français n’a pas rassuré Mme Benhabyles. «Malheureusement, quand j’ai lu les documents du colloque, surtout l’introduction de la thématique de la conférence, je me suis rendue compte de l’orientation de cette conférence.

Alors que l’évènement se veut de dimension internationale, nos amis européens ont présenté le thème de la conférence sous la définition européenne du terrorisme. A ce niveau-là, j’ai commencé à avoir des doutes. Nous militons depuis des années pour une définition internationale du terrorisme qui doit être reconnue par les pays membres de l’Organisation des Nations unies et qui ne doit pas faire l’amalgame entre les droits des peuples à leur autodétermination et leur liberté et les actes de terrorisme n’ayant aucune valeur humaine à défendre»,

a tenu à souligner Mme Benhabyles. Notre interlocutrice ne s’arrête pas à cette première constatation de «taille». «J’ai découvert quelque chose de plus grave encore. Dans la présentation du colloque, les organisateurs ont remis en cause une partie importante de notre histoire. Ils qualifient nos résistants et moudjahidine de terroristes.

Les actes de résistance sont considérés comme des actes de terrorisme. Ils ont invité une Française qui était une victime civile de la guerre de libération, lors de l’attentat du Milk Bar en 1956 à Alger, pour témoigner en tant que victime du terrorisme. C’est inconcevable et inadmissible de parler de la guerre algérienne dans le contexte de ce colloque.

Pour ces deux principales raisons, j’ai décidé de boycotter cette rencontre et de faire campagne contre la citation de l’Algérie dans cet évènement indigne et irresponsable. Les sœurs et frères algériens doivent être vigilants. Le colloque en question veut salir notre histoire et nos résistants. Il faut le boycotter», a tenu à dénoncer l’ex-ministre de la Solidarité.

Jean Moulin «est-il également terroriste» ?

Selon notre interlocutrice, l’organisateur du colloque, Guillaume Denoix, a séjourné en Algérie et a rencontré le mouvement associatif algérien en janvier dernier pour les inviter à ce colloque international.

« Je l’ai beaucoup aidé et j’ai été partie prenante de son projet, croyant que l’initiative permettra de fédérer nos efforts pour lutter efficacement contre le terrorisme. Mais, je découvre qu’il a d’autres intentions qui vont à l’encontre de nos intérêts. Je n’accepterais jamais une telle manœuvre visant à nuire à mon pays», a-t-elle confié

Selon Mme Benhabylès, Guillaume Denoix «n’a pas apprécié sa décision de boycott». «Il m’a appelé avant-hier afin de me convaincre à participer au colloque. Et j’ai répondu que je ferais tout pour que l’Algérie ne figure pas dans le programme du colloque et de la liste des participants.

Je lui ai expliqué que cet évènement n’œuvre pas dans le sens de la solidarité internationale de lutte contre le phénomène du terrorisme, parce que l’esprit de division entre les victimes du terrorisme ne va pas renforcer la lutte.

C’est une rencontre qui n’est pas rassembleuse. Je lui ai signifié qu’il y a lieu de secouer l’opinion internationale quant à cet amalgame entretenu par les Européens et particulièrement les Français. Je suis contre des évènements qui n’ont d’objectif que celui de semer le doute sur la révolution algérienne».

Très attaché à la thématique du colloque, Guillaume Denoix a promis «dinviter des associations algériennes de droit français pour participer au colloque et qu’il compte plutôt sur la participation des associations de la société civile marocaine».

Le responsable français a fait des reproches à Mme Benhabyles en lui disant «qu’elle a été invitée en tant que société civile algérienne et non comme autorité gouvernementale et qu’elle avait reçu un prix des Nations unies pour son combat en faveur de la société civile». La réponse de l’ex-ministre de la Solidarité a été plus mesurée :

«Par respect, et afin de crédibiliser les Nations uUnies, j’ai décidé de ne pas participer à ce colloque qui assimile nos résistants aux terroristes. Et lorsqu’il s’agit d’atteinte à notre guerre de libération, il n’y pas de distinction entre société civile et autorité gouvernementale. Je lui ai demandé également s’il accepterait que je qualifie le résistant contre le nazisme Jean Moulin de terroriste. Je lui ai demandé de ramener les victimes de l’OAS en tant que victimes de terrorisme…

Evidemment, il n’a pas accepté», a révélé Mme Benhabyles, soulignant que la conversation téléphonique a duré près de deux heures. Avec la défection de la militante Saïda Benhabyles, la liste des boycotteurs s’allonge. Nous avons appris hier que l’Association des familles de victimes du terrorisme, Djazaïrouna, a également renoncé à participer à cette rencontre.

Par Farouk Belhabib