Migration : la route depuis l’Algérie vers l’Espagne en forte hausse

Tandis que la plupart des flux migratoires ralentissent en Europe, une traversée bat des records. D’après les données dévoilées par Frontex pour la période de janvier à août 2026, les entrées irrégulières aux frontières extérieures de l’UE s’orientent globalement à la baisse. Pourtant, la trajectoire s’inverse brutalement en Méditerranée occidentale : la pression migratoire, portée en grande partie par les départs depuis l’Algérie, y grimpe de 34 %.
Les traversées irrégulières vers l’Union européenne ont chuté de 35% entre janvier et août 2026 par rapport à la même période en 2025, selon les données provisoires publiées par Frontex le 11 septembre. Près de 75 000 franchissements ont été recensés au total.
Mais cette tendance générale à la baisse cache une exception notable : la route de Méditerranée occidentale, dont l’Algérie reste le principal pays de départ.
La Méditerranée occidentale, seule route en hausse
Selon Frontex, la Méditerranée occidentale est la seule grande route migratoire à enregistrer une progression sur la période. Environ 15 900 détections y ont été comptabilisées, soit une hausse de 34% par rapport à l’an dernier. L’Algérie demeure le principal pays de départ, les Baléares et le continent espagnol restant les destinations privilégiées des candidats à la traversée.
La pression a fortement augmenté en juillet, quand la route a atteint son niveau mensuel le plus élevé depuis trois ans, avant de redescendre en août. Frontex explique cette évolution par un déplacement des filières de passeurs : le durcissement des contrôles au Maroc, ainsi que sur les routes voisines d’Afrique de l’Ouest et de Méditerranée centrale, pousse davantage de départs vers les côtes algériennes.

Frontex : la route migratoire depuis l’Algérie vers l’Espagne progresse de 34% en 2026, seule hausse parmi les grandes routes vers l’UE.
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La Méditerranée centrale recule fortement, l’Algérie parmi les corridors secondaires
Sur la route de Méditerranée centrale, Frontex a recensé environ 19 400 arrivées, en baisse de 55% par rapport à l’an dernier. La Libye reste le principal point de départ, avec environ deux tiers des arrivées sur cette route, devant les corridors algérien et tunisien.
Les opérations de contrôle, les campagnes de détention et les retours menés par les autorités libyennes et tunisiennes ont contribué à réduire les départs, selon Frontex. Les principales nationalités détectées sur cette route sont afghane, somalienne et algérienne.
Les chiffres globaux de Frontex n’incluent pas le mouvement massif de personnes depuis le Maroc vers Ceuta, survenu fin juillet. L’agence précise qu’aucun total définitif ne sera vraisemblablement établi, la plupart des personnes ayant traversé étant retournées au Maroc sans avoir été enregistrées.
Le directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens, a commenté cet épisode : « Sur la plupart des routes vers l’Europe, moins de personnes tentent le voyage, et cela s’est confirmé tout au long de l’été. Mais Ceuta a rappelé qu’une frontière calme peut changer en quelques heures. Les réseaux de passeurs ne disparaissent pas quand les chiffres baissent. Ils se déplacent, et attendent une opportunité pour l’exploiter pleinement. Notre travail est d’être prêts quand ils en trouvent une. »
Une baisse générale sur les autres routes
La Méditerranée orientale reste la route la plus fréquentée, avec plus de 24 200 franchissements enregistrés, en baisse de 25% sur un an. Le corridor entre la Libye et l’île grecque de Crète a été le plus actif sur l’ensemble de la période, avant que la frontière terrestre avec la Türkiye ne devienne, dès juillet, le tronçon le plus emprunté.
La route d’Afrique de l’Ouest enregistre pour sa part la baisse la plus marquée, à 58%, avec environ 5 100 détections. Les mesures préventives prises par la Mauritanie, puis par le Sénégal en coopération avec l’Espagne et l’UE, ont nettement réduit les départs.
Le flux reste toutefois instable : juillet a connu une hausse saisonnière, avec davantage de bateaux partant de Gambie, du Sénégal et même de Guinée-Bissau.
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Un bilan humain toujours lourd en Méditerranée
La baisse globale des arrivées irrégulières ne réduit pas le coût humain de ces traversées. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 1 800 personnes ont perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l’année. Les réseaux de passeurs continuent d’envoyer les candidats au départ sur des embarcations surchargées et peu sûres, quelles que soient les conditions en mer.
Par ailleurs, les tentatives détectées à la sortie vers le Royaume-Uni via la Manche ont chuté de 43%, à environ 26 600, même si les traversées sont restées nombreuses tout l’été. Une embarcation a transporté jusqu’à 165 personnes fin juillet. Frontex déploie actuellement 3 800 officiers aux frontières extérieures de l’UE pour appuyer les autorités nationales dans la surveillance des frontières et le sauvetage en mer.
La période étudiée couvre le premier été complet sous le Pacte européen sur la migration et l’asile, qui instaure un processus de filtrage unique et standardisé aux frontières extérieures de l’UE. Les officiers de Frontex appuient désormais les États membres dans les étapes clés de ce processus : établissement de la nationalité des arrivants, collecte de données biométriques et vérification des documents.
En août, 10 700 franchissements ont été détectés au total, soit 38% de moins qu’en août 2025, malgré une saison estivale habituellement plus chargée. L’accord signé en avril entre le Royaume-Uni et la France doit par ailleurs renforcer les patrouilles le long des côtes françaises dans les mois à venir.








