Menad : «Que nos joueurs aillent au Golfe, cela les concerne, mais qu’ils ne disent pas qu’ils l’ont fait pour le côté sportif»

Menad : «Que nos joueurs aillent au Golfe, cela les concerne, mais qu’ils ne disent pas qu’ils l’ont fait pour le côté sportif»

article-34164-MENAD.jpgEn tant qu’ancien international, quel avis avez-vous sur l’exode des cadres de la sélection nationale vers les pays du Golfe ?

Tout d’abord, il faut souligner que des transferts vers les pays du Golfe, ça a toujours existé et ce, depuis toujours. Quand un joueur arrive en fin de carrière, il cherche à rejoindre un des championnats du Golfe pour renflouer son compte en banque et finir sa carrière en apothéose. Néanmoins et d’après ce que je constate depuis quelque temps, la tendance s’est nettement inversée. Ce sont plutôt des joueurs assez jeunes qui partent là-bas, à la recherche de l’argent. Que nos joueurs aient choisi de jouer là-bas, ça les concerne, mais qu’ils ne viennent pas nous dire qu’ils vont élever leur niveau dans ces championnats.

Justement, tous ou presque affirment qu’ils n’ont pas choisi le Golfe uniquement pour l’argent…

Ecoutez, ça m’étonnerai beaucoup qu’un joueur opte pour un championnat du Qatar ou bien de l’Arabie Saoudite pour le côté technique. Si on veut progresser et élever encore plus son niveau, il n’y a pas mieux que l’Europe, ou bien l’Amérique latine. Maintenant, si on n’est pas sollicité en Europe, je pourrai comprendre, mais quand même !

Si Ziani et Meghni ont assuré n’avoir pas eu le choix, tant qu’ils n’avaient pas de sollicitations, ce n’est pas le cas vraiment de Yahia et Bougherra, qui pouvaient très bien rester dans leurs clubs respectifs, non ?

Effectivement. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, les choses sont bien claires, les joueurs que vous venez de citer ont tous rejoint le Golfe pour gagner plus d’argent, ça c’est une évidence et on peut comprendre cela. Maintenant, ce qui n’est pas compréhensible, c’est quand on est international, on cherche surtout à élever son niveau de jeu encore plus et garder sa notoriété. Ce n’est pas le cas malheureusement avec nos joueurs et permettez-moi d’ajouter quelque chose…

Oui, allez-y…

Le seul joueur dont je pourrai comprendre la décision d’aller jouer au Qatar, c’est bien Mourad Meghni. Ce dernier n’avait pas du tout le choix malheureusement. Il a été blessé durant deux saisons et je peux vous dire que ce n’est pas facile pour lui de trouver un club preneur en Europe. Lui, il a besoin de jouer et de retrouver la plénitude de ses moyens. Jouer au Qatar lui permettra de récupérer de ses mois de galère, redevenir compétitif et, pourquoi pas, repartir en Europe. Pour les autres, leur choix demeure contestable. A mon avis, jouer en D2 en France, en Angleterre ou bien en Allemagne, est mille fois mieux que d’évoluer dans un grand club d’un championnat du Golfe.

Vous aussi, vous avez joué au Golfe à la fin de votre carrière. Pensez-vous réellement que nos joueurs garderont leur niveau là-bas ?

Oui, j’ai joué en Arabie Saoudite, mais c’était à mes 33 ans, quand j’étais en toute fin de carrière. Maintenant, pour répondre à votre question, je vous dirais qu’il est très difficile pour un joueur qui a connu le haut niveau européen de maintenir la forme qu’il avait dans l’un de ces championnats arabes. Il régressera, c’est une évidence. Même si je reconnais que le niveau au Golfe a quelque peu évolué ces dernières années, il n’empêche que le fossé est grand.

Comment expliquez-vous qu’après une année seulement d’une participation au Mondial, le niveau de nos professionnels ait affreusement régressé au point où aucun club ne veuille d’eux ?

Je ne saurai répondre à votre question. C’est aux joueurs d’expliquer cela. En tout cas, ce que je sais, c’est qu’en optant pour les pays du Golfe, nos joueurs cherchent surtout à assurer leur fin de carrière, voilà tout.

Tout cela risque bien d’influer sur le rendement général de la sélection nationale aussi, non ?

Posez plutôt cette question à Halilhodzic. C’est lui qui pourra vous répondre. En tout cas, ilvaudrait mieux pour lui qu’il prospecte d’autres joueurs qui seront susceptibles d’amener un plus à l’équipe.

Supposons que vous soyez le sélectionneur. Que feriez-vous ?

Tout d’abord, il faut faire une évaluation collective et individuelle de la situation actuelle. Il faut revenir à l’après-Mondial et voir ce qui a marché et ce qui a foiré depuis. On étudie le cas de chaque joueur et c’est à partir de là qu’on tranchera sur l’indispensabilité d’un joueur ou pas. Il faut qu’il y ait une relève pour espérer remplacer les joueurs qui partent en fin de carrière.

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Merzekane : «L’intérêt de l’EN ? Ça n’existe  plus»

Le solide arrière droit des années 1980, Chaâbane Merzekane, dit

comprendre quelque peu l’exode des cadres de la sélection nationale vers

les pays du Golfe, tant ils ne bénéficient plus des mêmes intérêts

financiers qu’on leur offrait en Europe. Il estime que les Ziani, Yahia

et Bougherra, par leurs transferts quelque peu inattendus, ont cherché

avant tout le bonus financier et les avantages non négligeables que leur

garantit une fin de carrière au Qatar ou bien en Arabie Saoudite. Et

l’intérêt de l’EN dans tout ça, quand on sait que ces joueurs demeurent

des cadres essentiels de la sélection ? Eh bien, pour Merzekane, la

donne est toute simple, chaque joueur pense à sa carrière personnelle et

uniquement à ça.

«Pour être clair avec vous, je dirais que les

transferts de nos joueurs vers les championnats du Golfe me paraissent

tout à fait logiques. Ils manquent de sollicitations en Europe et ils

n’ont de ce fait pas trop le choix. Là-bas, ils vont surtout chercher le

bonus financier, quand on sait qu’ils ne toucheront jamais des sommes

pareilles dans le Vieux continent. Maintenant, si vous me dites où est

l’intérêt de l’EN dans tout ça ? Je vous répondrai directement que ce

n’est pas une priorité pour eux. Actuellement, chaque joueur ne pense

qu’à soi-même et à sa carrière personnelle avant tout. L’intérêt de l’EN

fait partie du passé, il n’existe plus de joueur qui mette l’intérêt de

la sélection au premier plan. Maintenant, les données ont changé par

rapport au passé. On t’appelle en sélection, tu viens jouer, défendre le

maillot à fond et repartir après. Voilà, ça résume tout.»

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Saïb : «C’est à 28 ans que j’ai décroché mon meilleur contrat en Europe»

S’il y a bien quelqu’un qui peut s’exprimer sur la différence du niveau

entre l’Europe et les pays du Golfe, c’est bien Moussa Saïb. Après

avoir  tout remporté en Algérie (championnat, Coupe d’Algérie,

championnat d’Afrique des nations, Coupe d’Afrique des clubs champions,

Coupe afro-asiatique), il est parti en Europe où non seulement il a

remporté des titres avec Auxerre, mais il a également évolué dans deux

grands clubs, Valence et Tottenham, avant d’être prêté à Al Nassr

d’Arabie saoudite pour six mois. «Je le dis franchement, et je ne crois

pas que je sois le seul à le dire ou à le penser : ce n’est pas dans les

pays du Golfe qu’un joueur améliorera son niveau. Pis, il y a un risque

évident de régression. On a beau parler de la supposée progression du

football dans ces pays, la réalité est que le niveau y est bien

inférieur à celui du football en Europe», nous a-t-il confié.

«Un club européen de deuxième division plutôt qu’un club du Golfe»

Saïb

va plus lui dans sa critique en estimant que «la charge de travail dans

les clubs du Golfe est bien moindre que dans les clubs européens. Je

peux même dire qu’on travaille plus dans un club européen de deuxième

division. Le niveau y est même plus élevé». Et d’ajouter : «En 1999,

j’avais été prêté à Al Nassr afin de disputer la Coupe du monde des

clubs. C’était un prêt de six mois seulement et Al Nassr était champion

d’Asie en titre, mais j’avais bien senti que le niveau était bien loin

de celui de l’Europe».

«Les pays du Golfe, c’est en fin de carrière, pas à 29 ans !»

Une

chose étonne l’entraîneur actuel de la JSK : le départ des joueurs

algériens vers ces clubs alors qu’ils ne sont pas encore trentenaires.

«Les pays du Golfe, c’est en fin de carrière, pas à 28 ou 29 ans ! A cet

âge-là, on est censé être à l’apogée de sa carrière et de sa forme. Je

me rappelle avoir signé mon plus beau contrat à 28 ans, à Valence. C’est

dire que c’est un âge où on doit jouer dans le meilleur club de notre

carrière et non pas dans les pays du Golfe. C’est triste de voir ce qui

se passe de nos jours», explique-t-il.

«Il y a de l’argent en Europe, mais pour les joueurs méritants»

Tout

en reconnaissant que «c’est légitime qu’un footballeur pense à la

sécurité matérielle, donc à l’argent», il estime néanmoins que «c’est en

Europe que se trouve l’argent». «A ce que je sache, les clubs européens

ne paient pas des clopinettes. Regardez comme les salaires ont explosé

dans les championnats européens !  Les joueurs forts, méritants et qui

ont le niveau sont bien payés, tout en bénéficiant en Europe d’une très

bonne exposition médiatique. Ceux qui sont mal payés sont tout

simplement médiocres. C’est leurrer les gens que de faire croire qu’on

choisit les pays du Golfe parce qu’il n’y a pas d’argent en Europe»,

conclut-il.