Crimes environnementaux du colonialisme : l’Algérie veut constituer un dossier scientifique complet

Napalm, essais nucléaires, millions de mines : l’Algérie poursuit le recensement des dégâts infligés à sa nature pendant la colonisation. Lors d’un colloque national ouvert ce samedi à Alger, la ministre de l’Environnement, Kaouter Krikou, a présenté les premiers résultats de la commission chargée de ce dossier.
Mémoire environnementale : un colloque national ouvert ce samedi à Alger
Le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie a ouvert le samedi 7 novembre à Alger un colloque national sur la mémoire environnementale. Il se tient sous le thème « La mémoire environnementale, une terre qui témoigne et des crimes documentés ». L’événement coïncide avec la commémoration du 72e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération.
La ministre de l’Environnement, Kaouter Krikou, a présidé l’ouverture, en présence du ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift. Le recteur de la Grande Mosquée d’Alger, Cheikh Mohamed Mamoun El Kacemi, assistait aussi aux travaux. Le colloque doit faire le point sur la constitution du dossier de la mémoire environnementale.
Napalm, essais nucléaires, mines : les crimes environnementaux recensés
Kaouter Krikou a rappelé les atteintes portées à la nature algérienne pendant la colonisation. Elle a cité l’usage d’armes chimiques interdites, notamment le napalm, les essais nucléaires, ainsi que les mines et les explosifs. Ces pratiques ont détruit le couvert végétal et forestier, et porté atteinte à l’équilibre biologique.
Selon la ministre, les crimes coloniaux ne se sont pas limités aux populations. Ils ont aussi touché la nature, à travers le pillage des ressources, la pollution des sols et l’abandon de déchets dangereux. Leurs effets écologiques persistent encore aujourd’hui, a-t-elle souligné.
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Commission de la mémoire environnementale : les premiers résultats
La ministre a présenté les résultats intermédiaires de la commission nationale mixte de la mémoire environnementale. Installée en novembre 2025, cette commission réunit des preuves scientifiques appuyées par des témoignages historiques. Elle doit permettre d’établir les éléments de la responsabilité juridique des atteintes coloniales à l’environnement.
Kaouter Krikou a insisté sur l’importance de s’appuyer sur les conventions internationales de protection de l’environnement. Elle a cité les conventions de Stockholm, de Bâle et de Ramsar, ainsi que la convention sur la diversité biologique. Ces textes doivent servir de base pour documenter les dégâts grâce à des analyses scientifiques précises.
Ce travail s’appuie sur plusieurs outils lancés il y a un an. En novembre 2025, un guide scientifique intitulé « Chahed » a été publié pour rassembler des témoignages et des recherches. En juillet 2026, le lancement d’une carte nationale numérique des sites touchés a complété ce dispositif.
Plus de 10 millions de mines retirées des lignes Challe et Morice
La ministre a salué le travail de l’Armée nationale populaire dans le traitement des séquelles de la colonisation. Le déminage des lignes Challe et Morice, le long des frontières est et ouest, a permis de retirer plus de 10 millions de mines. Plus de 62 000 hectares de terres contaminées ont ainsi été réhabilités.
D’après nos calculs, cette surface représente environ 620 km². Ces terres peuvent désormais être de nouveau exploitées en toute sécurité. Ce chantier a duré plusieurs décennies après l’indépendance.
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Reggane et In Ekker : la question des cartes des déchets nucléaires
Kaouter Krikou a aussi évoqué la poursuite de la décontamination des anciens sites d’essais nucléaires français dans le Sahara. Les travaux concernent notamment In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, et Reggane, dans la wilaya d’Adrar. Ils portent aussi sur la prise en charge des déchets radioactifs.
La ministre a regretté que la partie française n’ait pas remis les cartes d’enfouissement des déchets radioactifs. Elle a exprimé sa confiance dans les compétences nationales pour atteindre les objectifs fixés. La question de ces cartes revient régulièrement, comme le montrait notre article sur l’interpellation d’une députée française.
Paris affirme, de son côté, avoir déjà transmis certaines informations aux autorités algériennes. Notre article sur ce que la France affirme avoir transmis à Alger détaille la position française. Toutefois, le dossier reste l’un des points sensibles de la question mémorielle entre les deux pays.
Un dossier mémoriel prioritaire pour l’Algérie
Pour Kaouter Krikou, la mémoire environnementale fait partie des priorités nationales. Elle vise à apporter des preuves scientifiques des atteintes coloniales à la nature et aux écosystèmes. La ministre a rappelé que la préservation de la mémoire nationale bénéficie de l’attention du président Abdelmadjid Tebboune.
L’objectif affiché est de construire un dossier scientifique et historique complet, pour préserver la mémoire environnementale et les droits des générations futures. La ministre s’est dite confiante dans la capacité des experts, enseignants et chercheurs mobilisés. Les travaux du colloque doivent se poursuivre avec la commission interministérielle.








