Me Farouk Ksentini «L’ONU peut enquêter sur les disparitions»

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La Charte a précisé que les disparus sont des victimes de la tragédie nationale

La déontologie et la presse ainsi que le dossier des disparus sont parmi les questions qui sont abordées par le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme.

L’Expression: Quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenus après le colloque sur les droits de l’homme, en partenariat avec l’Europe et les pays arabes?

Farouk Ksentini: Il n’y a pas de droits de l’homme spécifiques à l’Europe ou au monde arabe. Nous voulions surtout profiter de l’expertise du monde occidental en matière des droits de l’homme et cela nous permettra d’aller plus vite dans le domaine du développement et de la progression des droits de l’homme dans les pays arabes. Voilà où se situe l’importance de cette rencontre.

Qu’en est-il de la réalité des droits de l’homme en Algérie?

L’Algérie avait des déficit considérables, mais on a fait des progrès. Il faut reconnaître qu’on n’est pas au sommet. On est juste à la bonne moyenne. Beaucoup de progrès à faire. Surtout que les droits de l’homme sont une culture, or, pour répandre une culture et faire avancer la cause, il faut du temps, des moyens et des hommes.

Comment abordez-vous la question des droits de l’homme dans leur volet liberté d’expression et indépendance de la justice?

Lorsqu’une presse est persécutée, lorsque la liberté de la presse n’existe pas, lorsque l’indépendance de la justice et celle du magistrat n’existent pas, c’est la négation absolue des droits de l’homme, c’est le contraire des droits de l’homme. Donc, sur ce point, il n’y a aucune difficulté dans cette lecture. La presse doit être totalement libre. Il n’y a qu’une seule limite à l’activité de la presse. C’est le respect de la déontologie. Elle peut tout dire sur le plan des idées. La seule limite de la presse, c’est la déontologie.

C’est-à-dire, qu’il faut éviter l’injure et la diffamation. Pour le reste, tout est libre et il faut le proclamer hautement. Autrement, c’est une affaire de conscience. Vous avez lu et vu qu’au nom de la liberté d’expression, un journal français s’est amusé à injurier les musulmans dans leurs convictions. Cela ne fait pas partie de la liberté d’expression, mais de l’abus de presse, et cela doit être prohibé. Mais sur le plan des idées, tout est possible, rien ne doit être prohibé et aucun tabou ne doit exister. La déontologie est une affaire qui concerne les journalistes eux-mêmes avant tout. C’est aux journalistes de s’organiser et de rédiger leur propre déontologie. Je pense qu’il y a suffisamment de références dans le monde et dans l’histoire du pays pour élaborer ce texte qui doit être partagé par tout le monde. Concernant la situation sociale des journalistes, il est indispensable d’améliorer leur situation sociale et professionnelle. Les salaires doivent être réajustés, compte tenu de la cherté de la vie et de l’affaiblissement du pouvoir d’achat. Il faut absolument améliorer les conditions socio-professionnelles.

Cette corporation est livrée à elle-même, malgré l’existence de plusieurs syndicats. Faut-il aller vers la création d’un observatoire national de la presse?

Je suis pour la liberté syndicale qui va dans le sens des revendications légitimes. Dans un pays démocratique, le multipartisme et le multisyndicalisme doivent être quelque chose de quotidien et de courant. Aucun obstacle ne devra gêner l’activité syndicale ou politique. Je ne vois pas pourquoi le corps des journalistes connaît un retard remarquable en matière d’action syndicale. S’agissant de la création d’un observatoire national pour la presse, ce n’est pas du tout une mauvaise idée. Tout ce qui vient pour renforcer la liberté et l’organisation de la presse est le bienvenu.

La question des disparus revient au-devant de la scène…

La question des disparus connaît deux approches. Sur l’approche juridique, la question est réglée. Quant au plan humain, il est évident que des familles demandent la vérité sur les disparus. Moi, je ne peux pas les priver de ce droit. Mais sur le plan juridique, les choses ont été clôturées par la charte.

La charte a précisé que les disparus sont des victimes de la tragédie nationale. Donc, c’est clair, il n’y a plus de problème dans ce sens. C’est pris en charge par l’Etat, au même titre que pour les autres victimes de la tragédie nationale. Du côté humain, s’il y a des dispositions complémentaires qui doivent être prises en charge, cela dépend des pouvoirs publics concernés.

Si les responsables veulent ouvrir une partie de ce dossier, ils le font, et s’ils refusent, la charte est là pour répondre aux besoins des disparus.

Les organisations des familles de disparus parlent de conditions imposées à la commission d’enquête de l’ONU, qui empêchent la poursuite de l’enquête. Pourquoi cet obstacle?

Absolument pas. Il n’y a pas d’obstacle pour la représentante de la commission d’enquête de l’ONU sur les disparus et sur les droits de l’homme. Toutes les portes lui sont ouvertes.

Quand la représentante de l’ONU a suggéré que des rapporteurs spécifiques des Nations unies viennent en Algérie pour s’occuper des questions des droits de l’homme et des disparus, toutes les portes lui ont été ouvertes.