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Massacre du 17 octobre 1961 : le documentaire censuré «Octobre à Paris» retrouve les salles françaises

Massacre du 17 octobre 1961 : le documentaire censuré «Octobre à Paris» retrouve les salles françaises
Censuré pendant des décennies, Octobre à Paris revient dans les salles françaises ce 21 octobre. Le documentaire de Jacques Panijel ravive la mémoire du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 et donne la parole aux victimes d’une répression sanglante.
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Censuré pendant des décennies, le documentaire historique Octobre à Paris ressort en salles françaises ce mercredi 21 octobre. Tourné par Jacques Panijel au lendemain du massacre du 17 octobre 1961, ce chef-d’œuvre mémoire donne la parole aux manifestants algériens victimes d’une répression policière féroce à Paris. Un film coup de poing où les images et les silences continuent de témoigner contre l’oubli.

Longtemps censuré et rarement projeté sur grand écran, Octobre à Paris (1962) s’impose aujourd’hui comme un document d’une valeur inestimable. Au fil du temps, ce film rare de Jacques Panijel (1921-2010) n’a rien perdu de sa force.

Il nous replonge au cœur du 17 octobre 1961, cette date clé que l’État français a cherché à étouffer pendant des décennies : ce jour où la police réprima dans le sang une manifestation pacifique d’Algériens venus dénoncer le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé.

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«Octobre à Paris», la mémoire à vif d’un massacre

Sorti une première fois en 2011, le documentaire fait son grand retour au cinéma, accompagné du court-métrage Le Remords de René Vautier (1928-2015). Ce programme rend un vibrant hommage au célèbre cinéaste anticolonialiste, qui était allé jusqu’à faire une grève de la faim en 1973 pour obtenir le visa d’exploitation d’Octobre à Paris. Malgré ce combat, le film de Jacques Panijel est longtemps resté confidentiel, notamment parce que son réalisateur exigeait qu’il soit précédé d’un préambule dénonçant un véritable « crime d’État ».

Les faits sont aujourd’hui gravés dans la mémoire collective : le 17 octobre 1961, près de 30 000 Algériens descendent dans les rues de Paris. Répondant à l’appel du FLN en pleine guerre d’indépendance, ils manifestent pacifiquement en soirée pour contester le couvre-feu discriminatoire qui leur est imposé.

Ce soir-là, toute une population reléguée aux marges de la ville — dans les bidonvilles de Gennevilliers ou Nanterre — décide de se faire entendre au cœur de la capitale. Hommes, femmes et enfants arpentent le Quartier latin et les grands boulevards. Mais sous la direction du préfet Maurice Papon, le rassemblement bascule dans la brutalité : la police mène une répression sanglante qui fera près de 300 morts, des centaines de manifestants jetés dans la Seine et plus de 12 000 arrestations.

Retracer et reconstituer les évenements

Biologiste, chercheur au CNRS et ancien résistant, Jacques Panijel est une figure engagée. En 1959, il cofonde le comité Audin à la mémoire de Maurice Audin (1932-1957), ce jeune mathématicien anticolonialiste torturé à mort par l’armée française. Le matin du 17 octobre 1961, Panijel est simplement averti par un camarade que « quelque chose va se passer ». Quelques heures plus tard, en traversant les Champs-Élysées, il découvre « l’horreur » absolue, comme il le confiait en 2000 dans la revue Vacarme.

Dès le lendemain du drame, Jacques Panijel propose au comité Audin de réaliser un film pour immortaliser les événements. Il essuie pourtant le refus de plusieurs cinéastes de la Nouvelle Vague et de metteurs en scène étrangers. « Le seul à avoir réagi fut l’ethnologue et cinéaste Jean Rouch », racontait-il. « Mais il souhaitait une production légère. Ce que nous refusions, car il s’agissait d’un événement majeur. »

C’est finalement Jacques Panijel qui signe la mise en scène d’Octobre à Paris. Fort du succès critique de La Peau et les Os (1961), il s’allie à Jacques Huybrecht, photographe issu du monde ouvrier. Ensemble, ils tournent pendant quatre mois au cœur de la tempête. Structuré en trois volets chronologiques, le film livre un travail de montage d’une force rare, combinant témoignages directs de rescapés, prises de vues sur le terrain et clichés historiques du photographe Élie Kagan.

La caméra capture la parole de victimes torturées dans une cave insalubre

vec une grande rigueur, Panijel retrace les prémices du rassemblement et la vérification de l’absence d’armes à la sortie des bidonvilles. Le point d’orgue réside dans une séquence mémorable de cinq minutes où, par la magie du banc-titre et de la création sonore, les photos d’archives s’animent : un landau git sous un arbre, des hommes sidérés s’entassent dans un car.

Cette vérité esthétique a devancé la vérité d’État de plusieurs décennies. La première brèche institutionnelle intervient en 2001 sous l’impulsion du maire de Paris, Bertrand Delanoë, suivie en 2012 de l’hommage de François Hollande à la « sanglante répression », puis de la condamnation explicite en 2021 par Emmanuel Macron des « crimes inexcusables » ordonnés par Maurice Papon.

Le programme s’achève sur une note corrosive avec Le Remords de René Vautier. Le cinéaste y met en scène sa propre lâcheté fictive face à la brutalité policière, soulignant par l’absurde le silence des intellectuels de l’époque. Un court-métrage cinglant qui prévient d’entrée de jeu : « Toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants n’a rien de fortuit… ».

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RA

Rima Aissanou

Rima Aissanou - Journaliste – Diaspora, tourisme et voyages

Rima Aissanou est journaliste au sein de la rédaction d'Algerie360, spécialisée dans les thématiques liées à la diaspora algérienne, au tourisme et aux voyages.

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