Vingt ans. C’est le temps qui sépare les deux missions de Mark Schapiro à Alger. Pour le chargé d’affaires américain, l’Algérie qu’il redécouvre aujourd’hui est méconnaissable : plus sereine, plus ouverte et étonnamment anglophone. Dans une vidéo diffusée par l’ambassade américaine, ce diplomate new-yorkais nommé par Donald Trump brosse le portrait d’un pays qu’il dit avoir redécouvert : plus serein, plus ouvert, et étonnamment anglophone. Ses déclarations ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant un vif intérêt.
Entre 2007 et 2009, Schapiro avait exercé à Alger en qualité d’attaché économique. Il revenait alors dans un pays encore meurtri. « À mon arrivée en 2007, il y avait toujours la décennie noire que j’ai sentie auprès des gens. Elle a laissé des séquelles, les gens étaient un peu stressés et la mémoire était encore fraîche de cette tragédie », confie-t-il. Ce souvenir pesant rend d’autant plus frappant le contraste qu’il perçoit aujourd’hui.
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« Le peuple algérien est de plus en plus relaxé » : un changement de climat social palpable
Dès son retour, Schapiro dit avoir ressenti quelque chose de fondamentalement différent dans l’atmosphère générale. Plus de crispation. Plus de tension latente. « Le peuple algérien maintenant est de plus en plus relaxé, il y a une certaine paix que j’ai ressentie auprès d’eux, la liberté de circulation est là », déclare-t-il.
Ce n’est pas un simple ressenti touristique. Le diplomate a sillonné plusieurs régions du pays dans le cadre de ses fonctions. Chaque déplacement lui a confirmé cette impression d’une société qui respire autrement. Une observation qui rejoint d’ailleurs celle de nombreux observateurs étrangers ayant noté l’évolution du climat sécuritaire algérien ces dernières années.
Ce changement de ton tranche avec l’époque où l’ambassadrice Elizabeth Moore Aubin avait elle-même qualifié l’Algérie de « pays exceptionnel » lors de sa visite d’adieu au président Tebboune. La continuité du regard positif des diplomates américains sur l’Algérie semble désormais constituer une constante.
L’anglais en Algérie : une transformation que Schapiro n’avait pas anticipée
Parmi les surprises du diplomate, une en particulier l’a frappé. La montée en puissance de la langue anglaise dans la société algérienne. Une évolution qu’il n’avait absolument pas prévue.
« Il me semble que tous les Algériens parlent anglais, c’est une transformation. Personnellement, je ne m’attendais pas à ça », lâche-t-il, visiblement impressionné. Il va plus loin en qualifiant ce phénomène d’investissement délibéré de la part des autorités algériennes — une lecture politique autant que culturelle.
Ce constat fait écho aux efforts documentés de coopération linguistique entre les deux pays. L’ancienne ambassadrice Aubin avait d’ailleurs évoqué lors de son mandat le soutien américain à l’intégration de l’anglais dans le système éducatif algérien, ainsi que l’ouverture de plusieurs American Corners à travers le territoire national.
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De Constantine à Timimoun : un diplomate conquis par les paysages et la gastronomie
Au-delà du constat politique, Mark Schapiro n’a pas caché son enthousiasme pour les richesses du pays. Ses voyages l’ont mené bien au-delà d’Alger. « Je suis impressionné par les paysages de l’Algérie, de ses montagnes, de ses plats traditionnels notamment la chekhchoukha et le couscous », raconte-t-il avec une spontanéité désarmante.
Constantine l’a particulièrement marqué — pour ses pâtisseries traditionnelles, dit-il. Mais c’est le Grand Sud qui semble avoir laissé l’empreinte la plus profonde. « J’ai fait même un voyage à Timimoun où j’ai découvert un désert fantastique », souligne le diplomate. La musique algérienne et la chaleur humaine des habitants complètent ce tableau qu’il dresse avec une sincérité manifeste.
Commerce, sécurité, relations humaines : les trois piliers de sa mission à Alger
Sur le fond diplomatique, Schapiro est clair sur ses priorités. Sa feuille de route s’articule autour de trois axes : « Mon objectif durant ma mission ici est le commerce, la sécurité et les relations humaines ». Une formule concise qui résume une ambition plus large.
Il entend s’inscrire dans la continuité du travail engagé par ses prédécesseurs, tout en approfondissant la dynamique positive entre Alger et Washington. Cette orientation rejoint celle exprimée récemment par le vice-secrétaire d’État Christopher Landau, qui avait évoqué des « formidables opportunités » pour les deux pays dans un message vidéo adressé aux Algériens.
Interrogé sur l’absence d’ambassadeur titulaire — poste vacant depuis le départ d’Elizabeth Moore Aubin —, Schapiro a balayé toute interprétation négative. Selon lui, envoyer un chargé d’affaires relève des « transitions diplomatiques normales », une pratique courante dans les relations entre États. Il a précisé que ses attributions couvrent l’intégralité des opérations de l’ambassade, au même titre qu’un ambassadeur de plein exercice.
Sa mission s’inscrit ainsi dans une séquence diplomatique dense entre les deux capitales, marquée notamment par la réception par le président Tebboune du patron de l’AFRICOM et du secrétaire d’État adjoint américain, signe d’un dialogue stratégique qui ne faiblit pas.
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