Importante intervention, hier, de M. Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, répondant aux questions de la radio nationale, Chaîne 3. Le Chef de la diplomatie aura abordé toutes les questions essentielles qui occupent l’agenda de notre diplomatie et qui font l’actualité dans les relations internationales.
Des analyses conformes aux principes qui sont les nôtres
Les analyses du ministre ont été conformes à ce que produit la diplomatie algérienne, fidèle aux grands principes qui sont les siens qui rappellent la permanence des appels en faveur de la sécurité, de la paix, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, du partenariat et de la foi dans les relations avec notre environnement immédiat (UMA, Union africaine, Méditerranée), et plus largement étendu aux pays de la communauté internationale dont les principes se rapprochent de ceux défendus par les pays à travers le monde. Sur la crise libyenne, le chef de la diplomatie a rappelé le principe sacro-sain de non-ingérence dans les affaires intérieures de ce pays frère. M. Medelci constate, avec une certaine amertume dans la voix, que ce principe est aujourd’hui battu en brèche à travers le monde et la crise libyenne offre à ses yeux la meilleure illustration pour cela. On remarque que de nouvelles démarches apparaissent qui permettent de prendre des libertés avec un principe qui a le mérite d’assurer la stabilisation dans les relations internationales. Pour le ministre, l’Algérie continuera à défendre la permanence de ce principe.
Une situation très compliquée
Sur la situation en Libye, M. Mourad Medelci qui reconnaît que la situation dans ce pays est très compliquée, pense que la seule solution envisageable pour mettre fin à cette tragédie, demeure la solution politique. Elle ne peut venir que des Libyens eux-mêmes, ajoute-t-il. Cette position est portée par l’Union africaine. L’Algérie la soutient et la défend. M. Mourad Medelci en appelle à la communauté internationale pour soutenir cette position de l’Union africaine et qu’elle puisse s’imposer à tous. Il n’y a de solution viable que celle-là, dit-il.
Le risque sécuritaire n’a pas été exagéré, concernant ses répercussions dans la région
Concernant les accusations portées contre l’Algérie qui aurait envoyé des mercenaires pour aider le gouvernement libyen, le chef de la diplomatie n’a fait que rappeler les positions maintes fois rendues publiques sur la fantaisie de telles rumeurs. Elles apparaissent comme telles, comme cela a d’ailleurs été confirmé par le ministre français des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, note M. Medelci.
Algérie-France : les relations sont bonnes
A propos des relations algéro-françaises, le ministre des Affaires étrangères note que les relations entre les deux pays sont bonnes, qu’il y a des avancées dans le partenariat, notamment dans le domaine industriel, comme le confirme la visite qu’entreprend en France, M. Benmeradi. On a beaucoup d’intérêts communs, note M. Medelci. Sur certains dossiers, il y a bien des approches différentes entre les deux pays. Il y a aussi des problèmes qui ont pu être réglés et des perspectives tracés pour continuer à travailler ensemble. Sur l’attitude des médias français ayant manifesté une certaine hostilité envers notre pays, le ministre des Affaires étrangères a souligné qu’il a eu des discussions avec des responsables de médias, notamment des chaînes télévisées.
J’ai rencontré beaucoup de compréhension auprès d’eux, bien plus, ajoute-t-il, qu’avec certains journaux nationaux.
Concernant la situation dans les pays du Sahel, M. Mourad Medelci juge nos relations avec les pays de la sous-région tout à fait organisées. Il existe, dit-il, une coordination permanente entre les états-majors des armées de ces pays et le nôtre.
UMA : les choses n’avancent pas comme cela est souhaitable
Sur l’UMA, M. Medelci constate que les choses n’avancent pas comme on le souhaite, mais la situation n’est pas bloquée pour autant. Il y a même des avancées non négligeable, dit-il.
La meilleure des preuves, note le chef de la diplomatie, c’est qu’une banque maghrébine ouvrira ses portes cette année.
Les relations seraient plus faciles, note M. Medelci, s’il y avait une même vision concernant le Sahara occidental. M. Medelci rappelle que le Président de la République a envoyé un message à partir de Tlemcen, destiné aux autorités marocaines dans lequel il souhaite des relations suivies avec le Maroc. Cela étant, le problème libyen vient compliquer les choses d’autant plus que c’est la Libye qui préside actuellement l’UMA. Sur des dossiers comme l’agriculture, l’éducation, l’énergie, les questions du développement d’une façon générale, les choses avancent singulièrement avec le Maroc
5+5 : un cadre intéressant
Sur le dossier des 5+5, le ministre a estimé qu’il s’agissait-là d’un cadre très intéressant qu’il faut absolument préserver. Compte tenu de la situation en Libye, M. Mourad Medelci a fait savoir que les pays de la rive sud ont souhaité un réaménagement du calendrier parce que des échéances arrivent, notamment la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères qui doit se dérouler en Italie et le sommet qui doit se dérouler à Malte.
S’agissant de l’Union pour la Méditerranée, (UpM), le ministre a souligné que l’agression israélienne contre Ghaza a plombé les relations entre partenaires.
L’agression contre Ghaza a plombé cette institution
Pour autant, M. Medelci pense que l’UpM est en train de revisiter les relations avec les pays de la rive sud. L’Europe, dit-il, a pris une direction intéressante bien qu’elle soit encore informelle. Le Sud pour sa part doit prendre une plus grande part dans les programmes. Là aussi compte tenu de la situation qui prévaut dans certains pays arabes, le sommet prévu en mai ne pourrait avoir lieu. Il n’y a pas de fracture dans les relations Nord-Sud, souligne le ministre, mais on considère que les relations peuvent être améliorées, dit-il.
Il y a une pause à observer en révisant les mécanismes de la coopération et dans l’attente que les pays voisins (Libye, Tunisie, Egypte) retrouvent leurs équilibres. Concernant la Ligue arabe, le ministre trouve que l’organisation se trouve dans une situation assez singulière dans son histoire. Là aussi, le sommet de Baghdad prévu le 11 mai ne pourrait vraisemblablement pas se tenir, compte tenu de la situation qui prévaut dans la région.
Il y a un consensus pour décaler la date de cette réunion. Concernant la succession de M. Amr Moussa, à la tête de la Ligue arabe, le ministre confirme que l’Algérie n’a pas de candidat. Elle appelle à un consensus autour d’une éventuelle candidature qui viendrait à à se déclarer. M. Medelci relève que la Ligue arabe a joué un rôle important dans l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, concernant la zone d’exclusion aérienne en Libye. Il doit y avoir évaluation dans l’application de cette résolution. Le ministre reconnaît qu’au niveau de la région, nous sommes dans une phase difficile.
Algérie-Etats-Unis : Des relations suivies
Sur les relations algéro-américaines, le ministre confirme qu’il existe des relations suivies et que des consultations régulières ont lieu sur différents dossiers (économie, technologie, lutte contre le terrorisme), ces relations évoluent normalement. Sur la question de la lutte antiterroriste, l’Algérie fait bénéficier ses partenaires de son expérience.
Sur la question des droits de l’homme, le dossier est important pour l’Algérie. Le Président de la République l’a clairement rappelé dans son dernier discours à la nation. Le chef de la diplomatie relève que la récente visite de M. La Rue, dans notre pays, a dissipé beaucoup de malentendus, c’est ce qui ressort des réunions qui ont été tenues avec lui. Il y a une volonté commune algéro-américaine d’apporter une assistance pour améliorer la gouvernance dans notre pays.
Concernant les relations avec l’Union européenne, il y a un travail d’ajustement qui se fait, note le ministre, notamment dans le dossier du démantèlement tarifaire. Sur les questions concernant les investissements, l’amélioration du climat d’affaires, il y a des préoccupations communes. Le ministre en appelle à plus de concertation entre l’Algérie et l’UE. La question des visas, la circulation des personnes, ce sont des questions qui sont gérées bilatéralement. L’UMA peut s’impliquer s’il y avait plus de coordination entre nos pays sur ces questions, note M. Medelci.
Sur le durcissement européen à l’égard de l’immigration, ce sont des questions qui ne peuvent laisser indifférents, note le ministre. Cette question de l’immigration doit faire l’objet de débats sereins qui transcendent les politiques culturelles.
L’Algérie, un grand pays
L’Algérie est un grand pays, il ne faut pas s’étonner qu’elle reçoive beaucoup de visiteurs et de délégations étrangères. C’est un grand pays de la sphère africaine, arabe, méditerranéenne. Elle a une diplomatie qui a retrouvé sa voix. Elle est un partenaire et un éclaireur. Le Président de la République conduit cette diplomatie. C’est un vis-à-vis important pour les pays partenaires qui viennent y chercher conseil. L’Algérie essaye à travers sa diplomatie, d’apporter sa contribution à la paix et à la sécurité dans le monde. Elle n’est à la recherche d’aucun leadership.
T. M. A.