Malheureusement, on fait encore l’amalgame entre révolution, lutte des peuples pour la liberté, et terrorisme”. Tel est le constat fait par Mme Saïda Benhabylès lors de la rencontre « La menace terroriste à la lumière de la situation en Libye » qui s’est tenue récemment à Alger.
Pour elle, le choix de la date du 17 septembre pour tenir cette rencontre n’est guère fortuit : c’est en rapport avec les massacres de Sabra et Chatila (de Beyrouth-Ouest – Liban). “Les Palestiniens et le peuple sahraoui sont l’exemple concret d’une mauvaise paix du droit international et de la politique du deux poids et deux mesures qui est pratiquée par les grandes puissances. L’Otan intervient militairement dans un pays après l’adoption d’une résolution 24 heures après. Une célérité jamais connue à travers l’histoire”, a-t-elle indiqué.
Aussi, le fait d’avoir boycotté la conférence internationale sur le terrorisme et les victimes du terrorisme qui s’est tenue à Paris, est dû à une seule raison : les travaux de cette assemblée se sont basés sur la définition du mot terrorisme qui a été arrêtée par l’Union européenne. “Elle fait l’amalgame entre le droit des peuples à lutter pour leur indépendance et leur autodétermination et le terrorisme. Ajoutons à cela, le fait que les organisateurs de cette rencontre ont invité une victime civile de guerre en Algérie. Une Française qui se trouvait en 1956 au Milk-bar où des résistants du FLN ont déposé une bombe. Elle a été invitée à ce congrès pour témoigner en tant que victime de terrorisme. Donc, on considère le FLN, les résistants du FLN comme des terroristes”, explique-t-elle. La question que l’interlocutrice a posé aux organisateurs et aux Français de cette conférence est : “ Si on considère le FLN comme une organisation terroriste, Jean Moulin l’était aussi.”
Evoquant les grandes lignes de la mission qu’elle a accomplie en Libye les mois de mars et avril derniers, elle expliquera avoir rédigé un rapport de mission qui corrobore l’analyse algérienne. Partant de là, elle considère qu’il était nécessaire d’alerter l’opinion publique nationale, mais surtout internationale sur les dangers de la menace terroriste dans ce pays. « C’est une réalité, les prisons ont été ouvertes, les terroristes qui étaient emprisonnés ont été libérés, les casernes ont été ouvertes et les armes lourdes et légères circulent largement et librement. Ajoutons à cela qu’il y a des armes qui ont été larguées », souligne Mme Benhabylès. Cette dernière juge que la situation sécuritaire est absolument dramatique et qu’elle est devenue un danger non seulement pour le Maghreb et la Méditerranée, mais aussi pour le monde entier.
Lors de cette rencontre, les intervenants ont insisté sur la nécessité de poursuivre cette campagne de sensibilisation de l’opinion internationale en organisant des activités de l’autre côté de la Méditerranée. A la fin de la réunion tous les participants ont décidé de conjuguer leurs efforts pour organiser de telles rencontres en Europe.
Wassila Benhamed
M. Eric Denécé : “L’Algérie est le pays majeur de la région”
De son côté le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, M. Eric Denécé, a mis en évidence la nécessité de sensibiliser l’opinion et les instances internationales sur les dangers du terrorisme, « car ce dernier se retrouve aujourd’hui relancé dans la région à cause de la situation libyenne et notamment à cause de l’intervention de l’Otan et les pays du Golfe. » Des interventions qui ont déstabilisé la Libye en tant que pays « et permettent malheureusement à des islamistes radicaux de retour d’Irak de prendre le contrôle en partie ». M. Denécé nous a indiqué que “malheureusement la situation en Libye constitue une menace en premier lieu pour les pays voisins et les pays du Sahel.” Dans un deuxième temps elle entraînera une déstabilisation de la région puisque les bandes criminelles qui œuvrent depuis Benghazi veulent reprendre leur activité d’immigration clandestine vers l’Europe, mais aussi on va avoir beaucoup de trafics d’armes et de drogue sur la zone du Sahel et la zone saharienne.»
L’expert a estimé que “l’Algérie a un rôle très important pour deux raisons : d’abord c’est le pays majeur de la région en termes de taille de pays, de population, et c’est un îlot de stabilité face à ce problème”, et surtout que l’Algérie a une chance, selon lui, “elle a une vraie expérience de lutte contre le terrorisme qui devrait permettre aux experts de faire face avec à la fois expérience et efficacité à ce nouveau défi.”
W. B.
