Sous l’impulsion d’une coalition des droites, le Parlement européen a validé un durcissement significatif de sa politique migratoire. Ce nouveau cadre autorise les États membres à créer des centres de rétention hors des frontières de l’Union pour les migrants. Le texte doit désormais franchir l’étape des négociations avec le Conseil européen pour être définitivement adopté.
L’Union européenne durcit le ton sur l’immigration. Ce jeudi 26 mars, le Parlement a adopté un nouveau règlement facilitant les expulsions, remplaçant ainsi la directive de 2008 jugée obsolète.
Face à un taux d’exécution des renvois qui plafonne à 20 %, une alliance inhabituelle entre la droite traditionnelle, les nationalistes et une partie du centre a permis de valider ce texte pour gagner en efficacité.
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Le Parlement européen acte le durcissement de la politique migratoire
Le nouveau règlement autorise la création de « hubs » de rétention situés hors de l’Union européenne, destinés à accueillir les migrants dont la demande d’asile a été rejetée. Pour garantir l’application des mesures d’éloignement, le texte durcit les sanctions contre ceux qui refusent de partir : confiscation d’identité, détention et interdictions de territoire prolongées. L’objectif est de briser le modèle de 2008 : le départ volontaire ne sera plus privilégié, faisant du retour forcé la nouvelle norme.
Le texte prévoit un allongement considérable de la durée de rétention, pouvant atteindre 24 mois, voire davantage pour les individus jugés dangereux. Une avancée majeure réside également dans la reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion entre États membres, uniformisant ainsi l’application des renvois à l’échelle de l’UE.
Ce durcissement, impulsé initialement par Giorgia Meloni en 2025, est le résultat d’une union des droites (du PPE aux groupes plus radicaux). Cette alliance inédite a toutefois suscité de vives critiques en Allemagne, notamment de la part du chancelier Friedrich Merz.
Des hubs hors UE pour détenir les migrants
Le concept de hubs de rétention s’inspire d’expériences préexistantes, bien que leurs modalités diffèrent. L’Italie, par exemple, externalise déjà vers l’Albanie le traitement initial de certains demandeurs d’asile (environ 90 personnes actuellement). De son côté, le Royaume-Uni avait tenté un projet similaire avec le Rwanda, finalement invalidé par la justice.
Aujourd’hui, un « club » d’États volontaires incluant le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne analyse ces précédents pour lancer des projets pilotes d’ici fin 2026. À l’opposé, la France et l’Espagne boudent ces discussions, doutant ouvertement de la viabilité d’un tel système.
Le compte à rebours est lancé : les négociations finales débutent ce jeudi avec l’objectif d’une entrée en vigueur avant la période estivale. Le choix de l’instrument juridique — un règlement plutôt qu’une directive — change tout. Là où la directive de 2008 permettait des ajustements locaux lors de sa transposition, le règlement actuel sera d’application directe et obligatoire. Cette « loi européenne » ne laissera aucune marge de manœuvre aux capitales, garantissant ainsi une harmonisation totale du droit des expulsions sur tout le continent.
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