Les touristes Algériens boudent-ils la Tunisie ? Les avis partagées

mardi 17 juillet 2018 à 9:59
Source de l'article : Lemidi-dz.com

Bon nombre de touristes algériens ne seraient plus, à en croire certains qui jouent les Cassandre, emballés à l’idée de se rendre en Tunisie pour leurs vacances d’été.

La cause ? La dernière information donnée par certains médias algériensquant au refoulement par les hôtelierstunisiens de nombreuses familles algériennes; une informationqui, soit dit enpassant, a été vite démentie par laFédération tunisienne de l’hôtellerie.La destination Tunisie ne fait-elle plusrêver les Algériens? Experts et responsables d’agences de voyages sont partagés sur la question et chacun y va de son explication.

Pour Mohamed Bourad, expert entourisme et ancien directeur du tourisme dela wilaya d’Adrar, les touristes algériensrechignent bel et bien à se rendre, désormais,chez le pays voisin après la mésaventurevécue par certaines familles algériennessur le sol tunisien.Mais d’autres raisons sont aussi pourquelque chose dans cette tiédeur commel’augmentation de 30 % des tarifs des prestationshôtelières tunisiennes, l’insécurité,la cherté de la vie, la dépréciation du dinartunisien, etc. » L’Algérien est persona non grata cheznotre voisin surtout dans le haut degamme à cause du retour des – tours operators(TO) – européens (anglais, français,allemands, etc)., mais aussi de deux marchésémergents à savoir la Chine et laRussie. Par conséquent, il y a eu une augmentationde prix. Ceux qui ont acheté desforfaits ne peuvent reculer et annuler souspeine de payer des pénalités. Mais ceux quin’ont pas encore opté pour la Tunisie commencentà se rétracter » , explique M.Bourad.

Pour illustrer son propos, celui-ci a assuréque le flux des touristes français vers laTunisie a augmenté de 45 %, celui des touristesallemands de 42 % alors que ceuxrusses et chinois ont augmenté respectivementde 53 % et 46 %. Conséquence : « Les Tunisiens optent pourles TO qui achètent des packs en inclusivedurant toute l’année. Les TO européensachètent des slits en milliers et envoiententre 100.000 et 300.000 personnes pendantque nos agences qui sont de petitsvendeurs, envoient entre 1.000 à 3.000touristes dans le meilleur des cas. En plusles grands TO européens ont des traditionsbien ancrées. Ce qui fait que les Algérienssont quelque peu boudés », développe M.Bourad.Il estime la baisse du nombre de touristesalgériens à se rendre en Tunisie en 2018 entre 20 à 25 %. Selon les prévisions de l’Office tunisien du tourisme, 2,5 millionsde touristes algériens devaient se rendreen Tunisie cette année. Quid dumanque à gagner de ce reflux pour laTunisie ? Il sera de 250 à 300 millionsd’euros, estime notre expert.

Le directeur de l’agence Gouraya Tours, Hamza BabaAissa, a lui aussi fait état d’une baisse dunombre de touristes algériens qui comptentse rendre cet été en Tunisie. « Il y amoins de monde qui part pour la Tunisie »,déplore-t-il.L’attitude « hostile » des hôteliers tunisiensenvers les familles algériennes y est-elle pour quelque chose ? « C’est archifaux. Les Tunisiens n’ont mis personne dehors. J’ai parlépersonnellement avec le président desagences tunisiennes qui a démenti », s’estilélevé. Et à M. BabaAissa d’avancer plusieursraisons pour expliquer le reflux. « Le marché tunisien a repris avec les – tours opérators – étrangers, européens et russes notamment. Ces derniers réservent les hôtels tunisiens 4 à 5 mois avant la période des vacances d’été des Algériens qui se rabattent sur le peu de chambres qui restent. C’est la loi de l’offre et de la demande », explique-t-il.

Ce qui n’est pas fait pour arranger les choses, c’est que les vacances d’été de cetteannée n’ont commencé qu’après le bac et prendront fin juste avant l’Aïd el-adha, c’est-à-dire que leur durée est de moinsd’un mois. Autre argument avancé pour expliquer cette baisse qui, de son avis, sera de 25 à 30 % par rapport à l’année passée : l’augmentation de 30 % des tarifs duséjour en Tunisie le rapprochant d’un voyage de 10 jours à Charm-Echeikh, enÉgypte, qui est proposé à 120.000 DA.

Aussi, certains touristes algériens préfèrent aller à la découverte de cette dernière destination. Un autre professionnel duvoyage, le directeur de l’agence Timgad,Cherif Menaceur, ne l’entend pas de cette oreille. « On n’apas constaté de baisse ànotre niveau et les Algériens partent toujoursvers la Tunisie », assure-t-il pour ensuite démentir tout refoulement desfamilles algériennes par les hôteliers tunisiens. »On n’a jamais de problème avec leshôteliers tunisiens, on a été toujours bien reçu. Il est vrai que certains hôtels ne veulent pas de familles algériennes et tunisiennes,et préfèrent travailler avec les étrangers. Mais, ils sont libres », dit-il.Compréhensif, il ne trouve pas à redire sur la préférence des hôtels tunisiens pour lestouristes européens. « Les hôteliers tunisiens sont libres dans leur gestion.

On est dans un monde de la concurrence. Ils préfèrent travailler avec la clientèle européenne sur 5 à 6 mois avec tarifs pas trèschers. Avec nous, ils ne travailleront que 21 jours », soutient-il. Une explication que partage totalement le président du Syndicat national des agences de voyages (Snav), Saïd Boukhelifa, qui affirme : « Les Algériens travaillentseulement sur l’été alors que les tours operating européens sont sur presque toute l’année. Les Tunisiens ne peuvent pas appliquer les mêmes tarifs pour les deux types declients. La loi économique veut que celui qui travaille plus avec toi bénéficie de tarifs préférentiels comme nous le faisons, nous, dans lesannées 70.

C’est la loi de l’offre et de la demande ». Très remonté, M. Boukhelifa tombe à bras raccourcis sur certaines agences algériennes qui, de sonpoint de vue, ne sont pas « professionnelles ».C’est-à-dire ? « Elles ne travaillent pas avec des relations contractuelles et écrites avec leurs partenaires tunisiens, etquand ils ont des problèmes, ils accusent l’autre partie », s’élève-t-il avant de pointer du doigt « la mauvaise foi etl’incompétence criarde » de ces agences non professionnelles qui crient au refoulementde familles algériennes par des hôteliers tunisiens.

Selon l’ancien conseiller auministère du Tourisme, l’article paru dansun journal arabophone algérien « n’a aucun impact sur le choix des touristes algériens.Toutes les agences sont débordées de demandes vers la Tunisie dont les hôtels sont pratiquement, selon les échos, au complet ». Et de prédire une augmentation de 10 % du nombre de touristes algériens qui vont se rendre en Tunisie, sur toutel’année 2018.

Par : RIAD EL HADI

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