Chaque jour, des tonnes de saumure se déversent dans la mer, rejet des stations de dessalement qui alimentent une part croissante de la population.
Sous les barrages, des millions de mètres cubes de boues s’accumulent et réduisent les capacités de stockage. Trois conventions signées lundi 15 juin par la Société algérienne de dessalement de l’eau, filiale de Sonatrach, marquent une étape vers une autre approche. Qui consiste à transformer ces déchets spéciaux en ressources plutôt que de les éliminer.
Déchets spéciaux en Algérie : l’État veut transformer un fardeau environnemental en richesse industrielle
La saumure constitue l’un des sous-produits les plus problématiques des stations de dessalement. Rejetée en mer, elle menace à long terme la faune marine et fragilise le littoral en modifiant la salinité des eaux côtières. Or, l’Algérie compte aujourd’hui 28 stations de dessalement en activité, et six autres doivent voir le jour dans les deux prochaines années.
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L’objectif affiché par les pouvoirs publics est de porter à 60 % la part de l’eau potable produite par ces infrastructures. Une perspective qui rend d’autant plus urgente la question du devenir de la saumure.

ADC – Signature de trois accords de coopération dans les domaines de l’environnement, la recherche et la formation
De la nuisance environnementale à la ressource stratégique : le pari de la saumure
Les conventions signées par l’ADC prévoient d’expérimenter des solutions de valorisation sur la station de Fouka II. Qui servira de ferme pilote. Les chercheurs y étudieront les moyens d’extraire les minéraux et sels exploitables contenus dans cette solution chlore, notamment le chlore, le magnésium, le lithium, pour les réinjecter dans des chaînes de production industrielle.
Comme l’a souligné la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, il s’agit de « valoriser la saumure issue des opérations de dessalement en ressources industrielles durables. Selon les principes de l’économie circulaire et grâce à une approche de recherche scientifique spécialisée ». Elle a insisté sur la nécessité de « passer d’une logique de traitement des déchets à une démarche de valorisation et de création de valeur ajoutée ».
Boues de stations d’épuration : les cimenteries comme exutoire potentiel
Le même raisonnement s’applique aux boues issues des 238 stations de traitement des eaux usées (Step). Le ministère de l’Industrie a réuni les acteurs concernés en janvier pour étudier leur intégration dans la fabrication du ciment. En coordination avec le Groupement algérien du ciment. Le financement reste à arbitrer entre les ministères de l’Hydraulique et des Finances. L’objectif étant « l’élimination finale des boues, conformément aux normes environnementales approuvées ».
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Les 81 barrages du pays retiennent, de leur côté, environ 1,7 milliard de mètres cubes de boues. Au détriment de leur capacité de stockage. Des études de l’université de Mostaganem et du groupe Holcim, menées avec l’Agence nationale des barrages et transferts, confirment la rentabilité de leur réemploi dans le ciment, la briqueterie, la poterie ou la céramique, et la préservation de ressources minières comme l’argile.
Une législation à réformer pour libérer le potentiel des déchets spéciaux
L’un des verrous majeurs à la valorisation des déchets spéciaux réside dans leur statut juridique. Classées comme déchets, les boues de Step, les sédiments de barrages et la saumure ne peuvent être cédées ou vendues à des industriels sans une modification des textes réglementaires. Cette situation freine les initiatives privées et limite le déploiement des solutions techniques pourtant éprouvées.
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Les pouvoirs publics en ont conscience. La réunion de janvier dernier au ministère de l’Industrie a clairement identifié cette nécessité d’évolution législative. Une fois cette réforme engagée, les déchets spéciaux pourraient entrer dans un circuit économique vertueux. Générant des revenus pour les collectivités et des matières premières pour les industries locales.
