On estime à 100 tonnes par an la production de cannabis depuis le Maroc, pour un montant avoisinant les 200 millions d’euros qui transitent par l’Algérie pour aller vers les marchés européens, africains, et du Moyen-Orient, tandis qu’une partie de cette drogue est destinée au marché local.
Ce chiffre résume l’étendue du trafic dans cette partie de la frontière algéro-marocaine. Dans un rapport rendu public en 2010, l’ONUDC, branche des Nations unies dédiée à la lutte contre la drogue, le chiffre d’affaires annuel du trafic mondial de drogue, au Maroc, oscillerait entre 800 et 1,5 milliard d’euros par an. Pour la seule année 2009, le chiffre aurait dépassé les 1000 millions d’euros. Pour les spécialistes de la lutte anti-drogue, les contrôles aux abords de la frontière algéro-marocaine, notamment par le renforcement de la présence des GGF, obligent les narcotrafiquants à changer d’itinéraire et à transiter, parfois, par voie maritime. De là, ils peuvent remonter par la mer jusqu’aux pas d’Europe, en utilisant des zodiacs très solides, et tenter d’atteindre les côtes européennes. Selon des chiffres de l’ONUDC, les prises de cannabis ont été multipliées par huit en dix ans dans les pays de l’Afrique du Nord, et du Sud de l’Europe. L’Algérie est devenue une plaque tournante de la route du cannabis vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Egypte, ont déploré aussi les membres de l’Union africaine. Les Etats-Unis et l’ONU estiment à 100 tonnes par an la production de cannabis depuis le Maroc, pour un montant avoisinant les 1,5 milliard d’euros. Consommé par plus de 30 millions de personnes, dont près de 1,8 million rien qu’en Algérie, le cannabis a acquis une popularité puisque la consommation augmente de 8% par an. Selon ce même rapport, 4% de la population maghrébine s’y adonne et son usage est en augmentation permanente.
Algérie, plaque tournante de la drogue à destination de l’Europe
Le trafic de stupéfiants par la côte ouest de l’Algérie est considéré comme le moyen le plus fiable d’acheminer le cannabis vers les consommateurs en Europe. La «route méditerranéenne», (Maroc-Espagne-France) étant de moins en moins accessible, les trafiquants de drogue se sont rabattus sur l’Algérie, dont les côtes, et la voie terrestre via les wilayas du Sud algérien, par manque de moyens échappent presque toujours à la surveillance. Les trafiquants de cannabis utilisent de grands moyens pour faire transiter leur drogue, recourant souvent à passer par de petites régions.
Terrorisme et trafic de cannabis
Le 8 décembre 2010, Antonio Maria Costa a alerté le Conseil de sécurité sur l’utilisation croissante des revenus du trafic de drogue par les «terroristes et les trafiquants» dans la partie de la frontière algéro-marocaine, mais également dans la région du Sahel. Concernant les groupes terroristes, ces derniers recourent au cannabis pour financer leurs opérations, tandis que les trafiquants visent l’argent.
«Nous avons acquis des preuves que des flux de drogues illicites, notamment le cannabis et la cocaïne, et à un degré moindre l’héroïne dans le Sahel, empruntent de nouveaux itinéraires à travers l’Algérie, le Tchad, le Mali, et la Mauritanie», a déclaré Antonio Maria Costa. Ainsi, les terroristes et les trafiquants de drogue dans le Sahel puisent du trafic de drogue pour financer leurs opérations, acheter des équipements et payer leurs troupes. Ce trafic, a-t-il souligné, est également en train de prendre «une dimension nouvelle». Alors qu’auparavant, le transport de la drogue se faisait par caravanes, aujourd’hui le trafic est «de taille supérieure, plus rapide et plus perfectionné, comme l’attestent les débris d’un Boeing-727 retrouvés le 2 novembre 2009 dans la région de Gao au Mali, une zone affectée par la rébellion et le terrorisme». Cet avion, parti du Venezuela, avait atterri sur une piste artisanale près de Gao, où il avait déchargé de la cocaïne et d’autres produits illicites, avant de s’écraser, au décollage, le 5 novembre, selon l’ONUDC.
Par Sofiane Abi
