Des immigrés repartent dans leur pays d´origine et d´autres continuent d´arriver en Espagne, le pays le plus touché par le chômage de l´Union européenne. Un Espagnol sur quatre est sans emploi, alors que la croissance économique n´est pas pour 2013.
Ceux qui ont pris conscience de cette réalité confirmée par les experts du FMI et de Bruxelles ont fait leurs valises. Depuis le début de l´année, plus de 40 000 jeunes Espagnols sont allés tenter leur chance ailleurs. Ils ne comprennent pas que d´autres croient pouvoir se faire une place dans leur pays.
C´est l´opinion d´un ingénieur de Murcie qui prenait, lundi, le bateau vers un port du nord de l´Europe. En balayant du regard ce port qui l´a vu grandir, il ironise sur l´arrivée, au même moment, d´une nouvelle «patera» avec 24 personnes à bord, dont deux mineurs. Cette petite barque venait d´être interceptée par les gardes-côtes de la gendarmerie espagnole, lundi à l´aube, à 28 miles (environ 45 km) au large de Cabo de Gata, localité située près d´Almeria. «Son locos o tontos» (Ils sont fous ou idiots)!
Le flux des harraga se poursuit
Les autorités espagnoles n´ont pas révélé l´identité exacte ou la provenance de cette embarcation de fortune. Il pourrait s´agir de ressortissants algériens aux yeux des secouristes de la police qui se limitent à les désigner encore à ce stade de l´enquête de «Maghrébins».
Cabo de Gata est, en effet, depuis 2006, la destination choisie des organisateurs des traversées clandestines depuis l´ouest algérien en direction de la côte espagnole. La localisation de cette embarcation de fortune avait duré des heures, selon les secouristes qui ont bénéficié dans leurs recherches de la collaboration d´un navire de passage dans la zone. C´est vraisemblablement ce bateau qui aurait donné l´alerte aux autorités espagnoles qui avaient dépêché sur les lieux un hélicoptère.
Ce groupe d´immigrés clandestins qui aurait navigué pendant 18 heures a été remis aux mains de la police nationale pour les formalités d´usage en vue de leur rapatriement vers leur pays d´origine. Des dizaines d´autres Algériens arrivés en Espagne dans les mêmes conditions en juin-juillet ont été déjà expulsés ou seraient sur le point de l´être.
Un schizophrène colombien non admis à l´hôpital
Les journaux qui évoquent chaque fois ces arrivées d´immigrés clandestins se demandent si l´Espagne est vraiment en cette période de forte crise économique qui a mis au chômage près de 3 millions de salariés en trois ans, la destination adéquate.
Beaucoup de sans-papiers, y compris des Algériens, ont été contraints de rentrer au pays, où la vie est nettement moins chère, en attendant que passe l´orage. Ceux qui sont restés en Espagne après avoir perdu leur travail n´ont plus droit aux soins. La presse espagnole fait état depuis plusieurs jours de la mesure prise par le ministère de la Santé, exigeant désormais des sans-papiers de payer leurs soins, la sécurité sociale ne délivrant plus de carte sanitaire aux étrangers en situation irrégulière.
El Pais a publié hier un reportage sur les dramatiques conséquences de cette décision controversée, citant le cas particulier d´un schizophrène d´origine colombienne qui n´a pas été admis à l´hôpital faute de pouvoir payer les 714 euros annuels fixés par la nouvelle circulaire du ministère de la Santé. «Ils m´ont dit que sans papiers, je perds ma carte sanitaire, et donc pas de consultation et pas de médicaments», témoigne-t-il devant ce journal qui, à l´instar de ses confrères, critique avec virulence cette loi discriminatoire.
Choqués, des médecins mais aussi des gouvernements locaux, y compris d´obédience du Parti Populaire (au pouvoir) ont déclaré leur intention de ne pas appliquer cette mesure dont l´objectif est de chasser d´Espagne le maximum d´immigrés ressortissants de pays hors Union européenne.
Hania A
