L’écrivain Boualem Sansal annonce vouloir poursuivre l’Algérie devant la justice internationale

L’écrivain Boualem Sansal annonce vouloir poursuivre l’Algérie devant la justice internationale
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L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé son intention de saisir la justice internationale pour demander des comptes au gouvernement algérien après son année de détention. Cette déclaration intervient alors qu’il vient de rejoindre les éditions Éditions Grasset, quittant son éditeur historique Gallimard.

Selon le média français « Le Figaro », l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé vouloir engager une procédure devant la justice internationale contre le gouvernement algérien, plusieurs mois après sa libération de prison. L’auteur de 81 ans, récemment élu à l’Académie française, affirme vouloir « se battre » pour obtenir des explications sur son arrestation et sa détention.

Ces déclarations ont été faites à l’occasion de son arrivée au sein des éditions Grasset, maison appartenant au groupe Louis Hachette Group contrôlé par Vincent Bolloré. Dans une interview accordée à la chaîne CNews, l’écrivain est revenu sur sa décision de quitter Gallimard, qui publiait ses ouvrages depuis de nombreuses années.

Selon lui, ce changement représente une étape importante pour « réapprendre la liberté » après une période marquée par son incarcération en Algérie.

« Je ne pouvais pas rester dans la situation dans laquelle je me trouvais à ma sortie de prison, à être otage de tout le monde », a-t-il déclaré, estimant qu’il devait désormais reprendre la main sur la suite de son parcours.

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Une détention qui avait suscité des réactions à l’international

Pour rappel, les autorités algériennes avaient arrêté Boualem Sansal à la suite de prises de position critiques sur son pays natal. La justice algérienne l’avait ensuite condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ».

Sa libération est finalement intervenue le 12 novembre 2025, après une grâce présidentielle accordée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Cette décision faisait suite à plusieurs mois de démarches diplomatiques et à une mobilisation de nombreuses personnalités du monde littéraire et politique en Europe. Son éditeur Gallimard ainsi qu’un comité de soutien avaient notamment multiplié les initiatives pour obtenir sa remise en liberté. Plusieurs mois après sa libération, l’écrivain affirme vouloir porter l’affaire devant une juridiction internationale afin de demander des comptes aux autorités algériennes.

Boualem Sansal estime que son arrestation et sa détention doivent être examinées par la justice.

« J’ai été agressé par un gouvernement, un régime », a-t-il déclaré, avant d’expliquer qu’il souhaite obtenir des réponses précises à deux questions : pourquoi il a été arrêté et pourquoi une année de sa vie lui a été retirée.

L’écrivain affirme vouloir aller « jusqu’au bout » de cette démarche, même s’il reconnaît avoir besoin de soutien pour mener ce combat.

Depuis sa libération, Boualem Sansal évoque régulièrement la redécouverte des gestes simples du quotidien. Lors d’une cérémonie organisée à Strasbourg, où il avait reçu la médaille de la ville, l’écrivain avait décrit son émotion face aux petits plaisirs retrouvés.

« Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté… des petites choses, des bons petits repas, des petits trucs », avait-il déclaré.

Avec son changement d’éditeur et l’annonce d’une éventuelle action judiciaire internationale, l’auteur semble désormais vouloir ouvrir un nouveau chapitre de son parcours, marqué par une volonté affichée de défendre sa version des faits et de poursuivre son combat sur le terrain juridique.

Grâce présidentielle pour Boualem Sansal : Tebboune répond favorablement à la demande de l’Allemagne

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé d’accorder une mesure de grâce à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, à la suite d’une requête officielle formulée par le président de la République fédérale d’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier.

Selon le communiqué, le chef de l’État algérien a reçu le 10 novembre 2025 une demande formelle de son homologue allemand sollicitant une mesure de clémence en faveur de l’écrivain. Cette requête mettait notamment en avant des considérations humanitaires liées à l’âge de Boualem Sansal ainsi qu’à la fragilité de son état de santé.

La Présidence souligne que le président Tebboune a accordé « une attention particulière » à cette demande en raison de sa nature et des motifs humanitaires qui l’accompagnaient. Après examen et conformément aux procédures prévues par la loi, il a décidé d’y donner une suite favorable.

Une décision fondée sur la Constitution

La décision a été prise en application de l’article 91, alinéa 8, de la Constitution, qui confère au président de la République le pouvoir d’accorder la grâce présidentielle. Le communiqué précise également que cette mesure est intervenue après les consultations légales d’usage.

Dans ce cadre, les autorités algériennes ont accepté la demande formulée par l’Allemagne, qualifiée de « pays ami » dans le communiqué. L’État allemand prendra également en charge le transfert de Boualem Sansal ainsi que les soins médicaux qui pourraient lui être nécessaires.

L’écrivain franco-algérien avait été arrêté à Alger le 16 novembre 2024. En juillet 2025, la justice l’avait condamné en appel à cinq ans de réclusion. Cette décision judiciaire faisait notamment suite à des déclarations controversées de l’écrivain concernant l’histoire territoriale entre l’Algérie et le Maroc durant la période de la colonisation française.

Au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire avait pris une dimension diplomatique importante. L’incarcération de Boualem Sansal avait suscité de nombreuses réactions à l’international et contribué à accentuer certaines tensions diplomatiques, notamment entre Alger et Paris.

L’intervention du président allemand Frank-Walter Steinmeier marque ainsi une étape déterminante dans l’évolution de ce dossier, la grâce accordée ouvrant la voie à un transfert de l’écrivain vers l’Allemagne pour y recevoir une prise en charge médicale.