L’économie algérienne et la chute des prix de pétrole, Deux ans de sursis

L’économie algérienne et la chute des prix de pétrole, Deux ans de sursis

bank.jpgDeux ans. C’est la période durant laquelle l’Algérie pourrait maintenir mais assez difficilement ses dépenses budgétaires avec un baril de pétrole entre 40 et 50 dollars.

Entre 47 et 49 dollars. C’est la fourchette dans laquelle les cours du pétrole ont clôturé le week-end dernier. Une baisse à moins de 50 dollars constatée durant la semaine dernière et qui risque de se poursuivre à court terme. Intense depuis la mi-2014, cette baisse des cours de l’or noir a déjà impacté négativement sur les revenus de l’Algérie, les recettes d’exportation ayant diminué officiellement de 2 milliards de dollars l’année dernière selon les chiffres du ministre de l’Energie.

Mais une baisse qui suscite cependant l’inquiétude sur la capacité de l’Algérie à assurer son budget. Combien de temps pourra-t-on maintenir le cap en matière budgétaire avec un cours qui fluctue autour des 50 dollars, voire des 40 dollars et même moins ? Notons que le budget est finalisé sur un prix de référence fiscal de 37 dollars, l’excédent non budgétisé de la fiscalité pétrolière étant reversé au Fonds de régulation des recettes (FRR). Et donc des recettes d’exportations qui devront fluctuer entre 55 et 60 milliards de dollars en 2015 et à un niveau moindre en 2016.

A contrario des assurances officielles, notamment celles du Premier ministre qui évoque la possibilité de tenir 4 ans, les analyses des experts s’avèrent cependant moins optimistes. Ainsi, le chercheur et économiste Mohamed Hamidouche considère que les dépenses budgétaires pourront être assurées durant une à deux années seulement avec un cours de baril fluctuant dans la fourchette évoquée ci-dessus.

Ainsi, les dépenses budgétaires de fonctionnement pourront être assurées, avec un baril à 40 dollars, tandis que les dépenses d’équipement pourront être couvertes même avec un baril de l’ordre de 30 dollars. Soit un budget qui nécessite un prix de 70 dollars le baril et qui sera donc déficitaire, en rappelant que le prix d’équilibre du budget réel dépasse les 100 dollars.

Certes, le déficit budgétaire induit pourra être couvert partiellement par les disponibilités du FRR, déjà fortement sollicitées pendant les deux années précédentes à hauteur de dix milliards de dollars, et qui continueront à l’être à moyen terme.

Toutefois, ces dépenses ne pourront l’être qu’assez difficilement, estime cet économiste qui considère que l’exécutif devra opérer des choix, «rationaliser» les dépenses et réaliser des «économies».

Outre l’optimisation de la politique monétaire et des changes, il s’agit de mettre en place une gestion efficiente notamment dans le domaine fiscal, relève cet économiste. Ainsi, une collecte rigoureuse de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) permettra de générer à court terme des disponibilités supplémentaires d’au moins 5 milliards de dollars, note ce chercheur. De fait, la fiscalité ordinaire devra être davantage consolidée en vue de financer le budget de fonctionnement, même si les recouvrements progressent. Comme il faudra œuvrer à diminuer la prégnance de l’informel.

D’autre part, la privatisation partielle des entreprises publiques par voie de bourse, l’émission d’emprunts obligataires ainsi que le développement du partenariat public-privé et de la gestion par concession peuvent générer plusieurs milliards de dollars de revenus et permettre des économies.

Des efforts en ce sens sont opportuns, recommande Mohamed Hamidouche qui évoque également des efforts de rationalisation et d’optimisation dans certains secteurs socioéconomiques, le développement de l’intelligence économique et l’encouragement concret de l’investissement productif.

Ainsi, les dépenses budgétaires, certes rationalisées, pourront être soutenues encore en 2015 et en 2016, voire jusqu’en 2018. Mais au-delà, l’économie algérienne risque d’être dans une mauvaise posture si la période de résilience n’est pas mise à profit.

Ce faisant, le problème ne se pose pas en termes de temps mais en termes de gouvernance. C’est ce que relève l’économiste et universitaire Belkacem Boukhlouf qui estime que l’économie algérienne dispose d’un potentiel important de création de valeur ajoutée hors hydrocarbures et qu’il s’agit de connaître et de bien valoriser.

Selon ce maître-assistant à l’Université de Tizi-Ouzou, le challenge est d’encourager l’investissement productif, de libérer l’initiative, rationaliser les dépenses et mettre un terme à la frénésie dépensière ambiante. Certes, l’économie algérienne pourra résister à moyen terme, considère cet universitaire qui s’interroge cependant sur l’existence d’une volonté réelle et d’efforts en vue de stimuler ce potentiel et d’améliorer la gouvernance économique.

C. B.