Le Tafsut berbère, de la conscience culturelle à la conscience politique

samedi 20 avril 2013 à 19:33
Source de l'article : Monjournaldz.com

2-1-250.jpgCommémorer une date historique comme celle du 20 avril 1980, ce n’est pas seulement rappeler des souvenirs de cet événement qui soulève encore, trente-trois ans après, des débats passionnés parmi les élites politique et intellectuelle ainsi que dans la société, mais tenter d’en faire une analyse conceptuelle pour donner sens à cette revendication identitaire berbère.

La berbérité de l’Algérie a suscité de multiples polémiques, voire des crises, qui ont failli mettre en péril la cohésion du mouvement nationaliste et donner raison à ceux qui avaient décrété l’inexistence de la nation algérienne ou l’avaient déclarée en formation pour ne pas lui reconnaître le droit de se constituer en Etat. Depuis le milieu du 19è, l’idée d’associer l’Etat à la nation, fondée, à la fois, sur des critères objectifs (langue, religion, race ou ethnie), thèse du philosophe allemand Fichte, ou le simple sentiment d’appartenance, thèse qu’Ernest Renan invoque pour rattacher l’Alsace-Lorraine, allemande par la langue, la religion et la «race», à la nation française, devient un principe juridique après l’échec du «printemps des peuples» de 1848. Construction idéologique, la nation devait assurer l’harmonie et la cohésion d’une communauté politique.

Ressortir le fait berbère dans un contexte colonial servait à entraver l’idée d’une nation algérienne.
Dès 1936, l’instrumentalisation d’une opposition «arabe»-«kabyle» était à l’œuvre sur le plan électoral avec l’affaire des deux listes, et, en 1949, après la crise dite «matérialo-berbériste», une campagne a été organisée par l’Etat colonial pour pousser à la scission du PPA/MTLD et la création d’un parti populaire kabyle (PPK). Comme l’écrit Amar Ouzegane, dans le Jeune musulman, en 1952, «ayant échoué à diviser sur le plan ethnique, le gouverneur général transposa la manœuvre sur le plan religieux», essuyant un nouvel échec.
En dépit de toutes les manœuvres coloniales, le sentiment d’appartenance a triomphé de la conception «objective» de la formation de la nation algérienne.

Et c’est dans cette perspective qu’il convient d’analyser «le Tafsut berbère» du 20 avril 1980, qui a, une décennie avant que ne se pose avec l’acuité que nous lui connaissons aujourd’hui la problématique de la refondation de l’Etat-national algérien, provoqué la première rupture fondamentale avec la conception de l’Etat et de la nation en Algérie, posant un cadre démocratique de gestion politique, culturel et linguistique.

Les répliques de la faute politique du pouvoir centralisé à Alger d’interdire une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle se feront sentir dans l’ensemble du territoire national, avec de nombreuses manifestations sociales et identitaires, notamment à Constantine et Alger. Les émeutes du mois d’octobre 1988, dans la capitale algérienne, sont, sans l’ombre d’un doute, le prolongement des événements de Kabylie.
Les leçons du «Printemps berbère» ne sont pas, loin de là, toutes tirées – la question culturelle et linguistique est toujours prégnante dans la société algérienne – même si les événements de Kabylie ont donné lieu à de très nombreux travaux universitaires et à de nombreuses publications.
Brahim Younessi

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