Longtemps reléguée au second plan, l’agriculture s’impose désormais comme un pilier de l’économie nationale. Selon Ibrahim Djeribia, président de la chambre agricole de la wilaya d’Alger, le secteur pèse aujourd’hui près de 15 % du produit intérieur brut. Une progression qui reflète les efforts constants de l’État pour réduire la facture des importations et sécuriser l’approvisionnement intérieur.
Cette montée en puissance ne doit pourtant rien au hasard. Face à une géopolitique instable et à des aléas climatiques de plus en plus imprévisibles, Alger a fait de l’agriculture un levier de résilience. Ainsi, le pays couvre désormais environ 80 % de ses besoins en produits alimentaires, là où il dépendait massivement des marchés extérieurs il y a encore quelques années.
Une contribution de 15 % au PIB qui change la donne agricole, mais trois filières encore fragiles
Mais derrière ce chiffre flatteur se cachent des fragilités bien réelles. Trois filières stratégiques résistent encore à l’autosuffisance complète : les céréales, le lait et les viandes. Leur particularité ? Elles restent tributaires de facteurs externes, qu’il s’agisse des conditions météorologiques ou des équilibres du commerce mondial.
À propos des céréales, Djeribia se montre prudent. Si le bilan de la saison agricole en cours s’annonce prometteur grâce à des précipitations bienvenues, l’abondance d’une année ne garantit en rien celle de la suivante. La dépendance aux pluies demeure le talon d’Achille d’une filière qui n’a pas encore basculé massivement vers l’irrigation complémentaire.
Des champs intelligents et des drones : la nouvelle ère agricole en Algérie
L’agriculture traditionnelle vit ses dernières heures. Djeribia insiste, le métier évolue vers une discipline scientifique exigeante. Les jeunes ingénieurs formés aux technologies modernes deviennent indispensables. Parmi les outils qui feront la différence :
- Les drones pour surveiller l’état des cultures et cibler les traitements
- L’irrigation de complément face à la raréfaction des ressources hydriques
- La génétique des semences pour adapter les variétés aux stress climatiques
Sur ce dernier point, l’Algérie dispose d’un atout méconnu. Elle n’a pas importé de semences de blé depuis plus de trois décennies. Un travail fondamental sur les variétés locales permet aujourd’hui d’envisager la création d’une véritable banque de gènes.
Le scandale silencieux : 30 % de la production perdue
L’un des passages les plus frappants de l’intervention de Djeribia concerne le gaspillage. Faute de main-d’œuvre qualifiée en mécanique agricole et de moyens de conservation adaptés, près de 30 % de la récolte partirait en perte. Un hémorragie silencieuse qui handicape lourdement la sécurité alimentaire sans faire de bruit.
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La solution passe par une double révolution. D’abord la formation de techniciens spécialisés dans le matériel agricole moderne, ensuite le déploiement de capacités de stockage et de chaînes de froid. Sans ces infrastructures, les excédents d’une année ne serviront à rien face aux pénuries de la suivante.
Agriculture : pourquoi les prix grimpent alors que les champs regorgent ?
Les consommateurs algériens le constatent chaque semaine, les étals affichent des tarifs élevés, même lorsque la production bat des records. Djeribia dédouane les agriculteurs, rarement responsables directs de cette inflation. Le véritable problème se situe dans la chaîne de distribution, où s’intercalent de multiples intermédiaires.
La piste explorée par les pouvoirs publics consiste en le renforcement des coopératives agricoles, sur le modèle des pays avancés. Un nouveau décret préparerait le terrain pour que ces structures prennent en main le marketing et le stockage, coupant ainsi les circuits parallèles qui gonflent artificiellement les prix.
La fièvre de l’export : dattes, agrumes et pommes de terre en première ligne
L’ambition algérienne ne s’arrête pas aux frontières. Djeribia rappelle que le pays possède des atouts exportables de premier ordre, à commencer par la fameuse Deglet Nour, reine des dattes reconnue mondialement. Les agrumes, grâce aux techniques de plantation intensive, ont atteint des rendements record. La pomme de terre aussi commence à s’inviter dans les stratégies d’exportation.
Le véritable défi n’est donc pas la production, mais bien l’accès aux marchés étrangers. Améliorer le marketing, respecter les normes sanitaires internationales et construire des filières logistiques fiables, voilà le chantier prioritaire pour transformer l’abondance locale en devises.
Le Sud, nouvelle frontière agricole en Algérie
L’expansion vers les régions sahariennes ouvre des perspectives immenses. Ces terres nouvelles augmentent mécaniquement les capacités de production. Mais elles posent aussi des questions logistiques aiguës. Sans entrepôts frigorifiques ni moyens de transport adaptés, les récoltes du Sud risquent de se dégrader avant même d’atteindre le nord du pays.
Ainsi, l’enjeu dépasse le simple stockage. Il s’agit de bâtir une véritable chaîne du froid continue, du champ jusqu’au consommateur, en passant par les marchés de gros. Un investissement lourd mais indispensable pour stabiliser les prix et éviter les pénuries saisonnières.
