Le patron de Sonatrach, Noureddine Cherouati, est sorti de son silence, hier, en conviant certains journalistes à une discussion à bâtons rompus, pour démentir les rumeurs au sujet de différends entre lui et le ministre de l’Énergie et des Mines, Youcef Yousfi.
“C’est un ami et un collègue depuis 30 ans, fera-t-il remarquer, non sans une pointe d’agacement. Je ne sais pas ce qui se passe. Les gens se déchaînent. Chaque jour, un article sort sur nous.”
M. Cherouati prendra le soin de clarifier que la société qu’il dirige est tellement grande et tellement importante qu’il serait mensonger de prétendre qu’une seule personne puisse la diriger, tout en affirmant que c’est un travail d’équipe. Devant les journalistes, le P-DG de Sonatrach s’est voulu rassurant : “La société fonctionne normalement”, tout en reconnaissant qu’elle “est passée par une crise. Certains cadres ont été arrêtés, d’autres suspendus. Il y a eu un climat de peur chez les cadres”.
Évidemment, lorsqu’il y a des changements, c’est toujours au profit des uns et au détriment des autres. Mais le message du patron de la première compagnie du pays est clair : les choses sont rentrées dans l’ordre à Sonatrach. Le code de l’éthique, imposé au lendemain du séisme de l’an dernier, est devenu une réalité et d’autres améliorations sont à venir. La compagnie se concentre sur les objectifs assignés par l’État, à savoir la réalisation de 100 puits par an, le doublement des efforts d’exploration, le développement du raffinage et de la pétrochimie.
Les contrats de gré à gré restent incontournables pour les entreprises
de production
Les contrats de gré à gré, qui ont valu le scandale de l’an dernier, ont été largement évoqués par le patron de Sonatrach. Tout en précisant que les contrats de gré à gré restent incontournables pour les entreprises de production, “cela va de l’essuie-glace pour voiture jusqu’à la pièce de turbine à gaz”, le patron de Sonatrach a fait remarquer que sa compagnie a entamé, depuis l’an dernier, la nouvelle procédure, la R16, pour gérer les marchés. “C’est une procédure lourde, mais elle protège les gens”, reconnaît le patron de la compagnie, avant d’ajouter qu’il aura fallu quatre à cinq mois pour que les responsables se sentent en confiance. La procédure a été adaptée et retouchée (R17) en vue de rendre plus transparentes les passassions de marchés, notamment grâce aux cahiers des charges. Le but étant d’avoir les meilleurs marchés.
La compagnie a créé une direction des marchés, pour conduire toutes les opérations liées au lancement et à la gestion des marchés. Elle va créer une inspection générale qui s’occupera du contrôle indépendamment de tout le monde et qui jouera le rôle d’arbitre en cas de différend.
Toutefois, M. Cherouati reconnaît les limites du R16 et du R17 qui, selon lui, risquaient de tuer les filiales de Sonatrach. C’est pourquoi une décision a été prise de confier des marchés de gré à gré aux filiales de la compagnie, tout comme il a été décidé de donner la priorité à l’intégration de l’économie nationale. À ce sujet, les entreprises publiques spécialisées dans la fabrication des tubes (Anabib et Alfatub) seront prioritaires en matière de réalisation de pipelines, ainsi que pour la pose des pipelines (Cosider et Enac).
Si on externalise tout, on dépendra totalement des autres
L’autre sujet évoqué par M. Cherouati concerne l’externalisation des activités de Sonatrach.
Tout en confirmant que la compagnie continuait à se délester des activités annexes, il n’a pas manqué d’attirer l’attention des dangers
que cette opération comprend.
“Si on externalise tout, on dépendra totalement des autres.” Pour lui, avant de sous-traiter, il faut maîtriser parfaitement le métier, pour ne pas se faire avoir. Pour M. Cherouati, la compagnie évolue normalement et doit s’adapter continuellement. Et de rappeler que, dans deux ans, Sonatrach fêtera ses 50 années d’existence et qu’à ce titre, elle est appelée à passer à la vitesse supérieure.
L’IAP ne sera plus une filiale mais une direction de Sonatrach
Le patron de Sonatrach mettra l’accent sur la formation des cadres spécialisés. Pour ce faire, il a été décidé de réintégrer l’Institut algérien de pétrole (IAP) à Sonatrach à compter du 1er juillet. L’IAP ne sera plus une filiale mais une direction de Sonatrach. Un avis a déjà été lancé pour la formation d’ingénieurs spécialisés. Le concours est ouvert aux ingénieurs ayant obtenu, durant les quatre ans, une moyenne de 11/20. S’ils réussissent au concours, ils suivront une formation de 18 mois à l’IAP. L’objectif de la compagnie est de former 400 ingénieurs spécialisés par an, ce qui lui permettra de disposer, en cinq ans, de 2 000 cadres dirigeants.
Évoquant la colère des jeunes chômeurs de Hassi-Messaoud et de Ouargla, le patron de Sonatrach s’en lave les mains. “On ne peut recruter personne sans le visa du bureau de main-d’œuvre.” Et de préciser que la compagnie ne peut créer de postes d’emploi que si elle en a vraiment besoin, même s’il reconnaît que la demande dépasse de loin les capacités d’absorption. Pour rappel, Sonatrach a connu un accroissement de 0,8% en matière d’emplois en 2010.
Avec les compagnies étrangères, nous restons confiants
Sur le plan des rapports avec les compagnies étrangères, le P-DG de Sonatrach se montre confiant. Le règlement du différend avec l’espagnol Gas Natural, par la signature d’un accord, est un motif de satisfaction. En effet, l’accord prévoit l’achat par Sonatrach d’actions dans la compagnie espagnole. Il prévoit également la cession de 10% des parts de Sonatrach aux Espagnols (Sonatrach détenait 36% des parts), mais surtout le paiement cash, par la compagnie espagnole, de la différence due au différend né entre les deux compagnies. Pour ce qui est de British Petrolium, le patron de Sonatrach a confirmé que la compagnie britannique n’allait pas quitter l’Algérie et qu’elle continuait ses activités avec Sonatrach. Le P-DG de Sonatrach préfère parler des défis qui attendent la compagnie, à commencer par le casse-tête écologique posé par les bourbiers de forage. Il faut savoir que chaque puits creusé cause un bourbier. Ce dernier est généralement enfoui ou encerclé par un grillage. Il existe, certes, des technologies de traitement de ces bourbiers. Mais elles sont très coûteuses (250 000 dollars par bourbier).
L’autre grand défi qui attend la compagnie est celui de l’exploitation des gaz de schiste. L’Algérie dispose de quantités faramineuses de ce gaz et compte parmi les plus grands pays au monde en la matière. Une expérience-pilote a démarré avec l’italien Enie. Trois ou quatre autres compagnies internationales devraient être également sollicitées dans ce sens, pour voir ce que cela va donner, notamment en matière de rapport coût de production et prix de vente. En principe, d’ici la fin de l’année en cours, les premiers résultats seront connus et Sonatrach verra plus clair.
