Le marché algérien revient au centre des préoccupations du patronat français. Après des mois de crispations diplomatiques entre la France et l’Algérie, les milieux d’affaires choisissent d’avancer leurs pions.
Alerté par plusieurs voix influentes, le Medef entend reprendre l’initiative et éviter que les tensions politiques ne se traduisent par un recul durable de la présence française en Algérie.
Derrière cette mobilisation, un constat partagé. L’Algérie demeure un partenaire économique stratégique, et le temps joue contre ceux qui tardent à renouer le dialogue.
Marché algérien : le Medef convoque son Conseil France-Algérie pour relancer le dialogue économique
Le 17 février, le Medef International réunira son Conseil d’entreprises France-Algérie autour de Stéphane Romatet. La séance sera présidée par Yannick Morillon, président du conseil et directeur général de CIS.
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Cette rencontre s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu depuis plus d’un an. Pourtant, le patronat français semble déterminé à dissocier l’agenda économique des blocages politiques. L’objectif affiché reste de relancer le « dialogue économique et la relance de projets concrets ».
Dans un communiqué, l’organisation patronale évoque « les récentes visites bilatérales de hauts fonctionnaires des deux États [qui] témoignent d’un réchauffement progressif de la relation franco-algérienne, susceptible de favoriser un climat positif pour le dialogue économique et la relance de projets concrets, au bénéfice des communautés d’affaires des deux pays ».
Le Medef entend également « faire un point sur le réchauffement politique amorcé entre la France et l’Algérie, en soulignant ses conséquences positives sur la relation d’affaires ».
Un marché algérien stratégique malgré la crise diplomatique
Malgré la crise politique, les échanges commerciaux ont résisté. Le Medef rappelle que les exportations françaises vers l’Algérie ont dépassé 5 milliards d’euros en 2024.
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L’organisation souligne par ailleurs que « l’Algérie demeure un partenaire économique majeur pour la France en Afrique du Nord, offrant des perspectives significatives dans des secteurs tels que l’énergie, les infrastructures, l’agro-industrie, la santé, ou encore la transition numérique ».
Troisième économie africaine avec un PIB de 260 milliards d’euros, une croissance de 3,7 % et un marché de 47 millions d’habitants, l’Algérie représente un débouché conséquent pour les entreprises françaises.
La réunion du 17 février doit ainsi permettre :
- D’évaluer les retombées de la reprise des contacts à travers la coopération technique
- De présenter les opportunités d’investissement en Algérie
- De préparer l’envoi d’une mission d’entreprises à Alger
L’enjeu consiste à consolider les positions françaises sur un marché en mutation et de plus en plus concurrentiel.
Les alertes de Michel Bisac et Ségolène Royal sur le marché algérien
Avant cette initiative, plusieurs signaux d’alarme avaient été lancés. Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, avait averti que la France risquait de perdre le marché algérien si la crise politique persistait.
Contacté par le média Algérie Aujourd’hui, il a réitéré sa position en estimant que la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, devait se tenir sans conditions.
De son côté, Ségolène Royal, présidente de l’association d’amitié France-Algérie, avait insisté lors de son déplacement à Alger sur l’urgence d’une reprise des contacts entre les patronats des deux pays.
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Ces prises de position convergent vers un même objectif. Éviter que le marché algérien ne se referme au détriment des entreprises françaises.
France – Algérie : une initiative économique face à un terrain politique incertain
La démarche du Medef s’analyse comme une tentative de préserver des intérêts économiques alors que le cadre diplomatique demeure fragile.
La question se pose désormais : l’économie peut-elle reprendre l’avantage sur la diplomatie ?
Pour les milieux d’affaires français, l’enjeu dépasse la simple reprise de contacts. Il s’agit de maintenir une présence sur un marché en recomposition, où la concurrence internationale s’intensifie et où les équilibres évoluent rapidement.
