Le grand défi de son nouveau patron, Rachid Hachichi, est d’inverser la baisse inquiétante de l’extraction des hydrocarbures / Sonatrach : à la recherche de la production perdue

jeudi 25 avril 2019 à 8:53
Source de l'article : Reporters.dz

Hakim Ould Mohamed

Le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a limogé, mardi soir, Abdelmoumene Ould Kaddour, P-DG du groupe Sonatrach, a annoncé la télévision publique, sans qu’un mot ne soit soufflé sur les raisons de son limogeage.

Les lectures vont cependant bon train sur le pourquoi de cette destitution qui, en tout cas, était prévisible depuis au moins un mois, étant donné que le désormais ex-patron de la compagnie publique des hydrocarbures, devenu lui aussi une personnalité emblématique de l’ère révolue de Bouteflika, était frappé d’une ISTN (Interdiction de sortie du territoire national). En attendant le bilan de sa gestion qui de toute façon ne tardera pas à occuper le débat économique dans le pays, en particulier celui relatif au dossier stratégique des hydrocarbures, la décision de faire débarquer Abdelmoumen Ould Kaddour suscite déjà bien des questionnements sur sa façon de conduire le bateau Sonatrach et de ses affaires ainsi que la conclusion et/ou la négociation de certaines acquisitions et contrats.

La pertinence de certains accords et acquisitions conclus par Abdelmoumen Ould Kaddour ont soulevé un tollé parmi les experts et les économistes, notamment ses projets portant sur la création de joint-ventures avec des sociétés étrangères. Le rachat de la raffinerie d’ExxonMobil en Italie, Augusta en l’occurrence, avait provoqué les foudres des experts, y voyant une affaire douteuse, étant donné que l’Algérie perd au change au final, en envoyant son pétrole brut pour être raffiné ailleurs, avec tous les frais que cette activité pourrait entraîner, plutôt que de développer la pétrochimie en Algérie, en réhabilitant les raffineries existantes, augmentant leurs capacités de production tout en créant des milliers d’emplois au profit des Algériens.

Il y a de cela à peine quelques jours, Abdelmoumen Ould Kaddour, un ingénieur formé aux États-Unis, avait annoncé que le groupe Sonatrach allait entamer des négociations dès cette semaine avec la firme américaine Chevron, qui avait accepté la semaine dernière de racheter Anadarko afin de discuter d’un partenariat pour la production de pétrole et de gaz de schiste. L’option de l’exploitation des réserves algériennes de gaz et de pétrole de schiste a été rejetée par les populations ; les premiers forages d’essai ont provoqué des manifestations dans certaines régions du Sud, dont In Salah. Outre les pourparlers que devait mener Sonatrach avec Chevron, le groupe public des hydrocarbures était également en négociation avec ExxonMobil aux fins de développer un gisement de gaz naturel.

Les négociations ont été gelées en raison des évènements politiques que connait le pays, avait indiqué le Wall Street Journal, une information démentie aussitôt par Abdelmoumen Ould Kaddour qui semblait tenir mordicus à son contrat avec ExxonMobil, le second en un laps de temps très court, avec l’accord conclu pour l’acquisition de la raffinerie d’Augusta en Italie. Abdelmoumen Ould Kaddour était réputé proche de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, qui lui avait confié la mission de restructurer Sonatrach en mars 2017. Ce qui fait dire à certains analystes et observateurs de la scène politique nationale qu’Abdelmoumen Ould Kaddour paie ses liens étroits avec Bouteflika et son entourage, et non à cause de la stratégie qu’il avait mise en place, appelée Sonatrach 2030. Le désormais ex-P-DG de Sonatrach avait également mené des négociations en vue de résoudre à l’amiable un certain nombre de différends avec de grandes sociétés pétrolières, alors que Sonatrach était en passe de gagner certains de ses procès.

Abdelmoumen Ould Kaddour a été ramené aussi à la tête de Sonatrach pour inverser la tendance baissière de la production primaire ; un mouvement qui perdure depuis maintenant une décennie. Or, pendant la gestion d’Abdelmoumen Ould Kaddour, la baisse de la production n’a fait que s’aggraver et les contreperformances du secteur étaient l’une des pires de cette décennie 2008-2018. L’activité du secteur a plongé l’année dernière de -8,2%, une décroissance qui n’a pas été observée depuis le début des années 2000. La production de pétrole quant à elle évolue difficilement autour d’un million de barils par jour, alors que la production de gaz a chuté à 135 milliards de mètres cubes par an.

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