Le gouvernement a-t-il saisi le message de la rue ?

dimanche 9 janvier 2011 à 22:54
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148779.jpgLa tentation au sein du gouvernement de réduire encore une fois les émeutes à un défoulement collectif de jeunes en mal de casse constituerait une erreur d’interprétation criminelle qui appellerait fatalement d’autres explosions.

Après quatre jours d’émeutes généralisées qui ont fait trembler le pouvoir, comme toujours en retard d’une longueur sur ce qui se passe au sein de la société, le calme est revenu hier à peu près dans toutes les régions du pays. Tant mieux ! Sans doute que l’annulation des taxes sur les produits de base, annoncées samedi, à l’issue du Conseil interministériel, y est pour quelque chose. Mais attention ! Il ne pourrait s’agir que d’un répit si le gouvernement et le pouvoir de façon général se trompait encore dans son analyse s’agissant du décryptage de ces émeutes dont la fulgurance et la rapidité de propagation ont surpris le ministre de l’Intérieur lui-même. “Il me semble nécessaire de rappeler qu’il ne s’agit point de manifestations auxquelles nous sommes habitués mais d’émeutes rassemblant un nombre plus ou moins important de jeunes qui, il faut le rappeler avec insistance, ne constituent qu’une frange de la jeunesse, qui brûlent des pneus, pillent des biens privés, dégradent et saccagent des biens publics et agressent les services de sécurité par des jets de pierres, des cocktails Molotov et autres objets contendants”, reconnaît-il. Pourtant ce ne sont pas les signes avant-coureurs d’un malaise sociétal profond qui ont manqué. Les services de la gendarmerie n’ont dénombré rien pour l’année 2010 pas moins de 11 500 émeutes, manifestations publiques et autres rassemblements à travers le territoire national. Un chiffre suffisamment impressionnant pour donner l’alerte.

Et c’est parce que ces irruptions de violence sporadique sont prises par-dessus la jambe, comme de simples jacqueries, des “actes criminels, inspirés par des instincts revanchards”, dixit Ould Kablia, que ce qui devait arriver arriva, malheureusement. Une sorte de répétition d’Octobre 88, sans meneur et sans contenu idéologique marqué. C’est pourquoi, aujourd’hui, le pouvoir est dans l’obligation de faire une bonne lecture des multiples messages portés par ces quatre jours de violence et ne pas croire s’en tirer d’affaire avec de simples “mesures” techniques qui ne sont en définitive que de cataplasme, alors que le mal est bien plus profond. “Cette contestation sociale a pour cause une revendication économique, mais en vérité des causes encore plus profondes sont à l’origine de cette mobilisation des jeunes des quartiers populaires. La dimension politique n’est pas en reste dans cette mobilisation”, analyse à juste titre le sociologue Nacer Djabi, dans l’entretien qu’il a accordé hier au Soir d’Algérie. Tout est dit dans les deux phrases de cet universitaire.

La balle est désormais dans le camp du pouvoir condamné à revoir fondamentalement son logiciel et regarder la réalité en face au lieu d’asseoir sa politique sur de faux chiffres et des certitudes illusoires. Lors de son dernier passage devant le Parlement, le Premier ministre a donné à travers sa prestation devant les députés une belle illustration de cette schizophrénie dont souffrent ceux qui nous gouvernent. Les jeunes, qui ont investi la rue, quand bien même leurs actes sont condamnables, ont besoin d’horizon et de perspectives, conviennent tous les spécialistes. De l’emploi, du logement, du loisir, du voyage, de la considération : c’est de cela qu’ils ont besoin.

En somme, une véritable politique qui met au cœur de sa démarche l’angoisse des jeunes. C’est-à-dire tout le contraire de la charité sociale actuelle, prétexte pour certains ministres à se répandre en éloges flatteurs à l’endroit du président de la République. Une autre politique sociale serait insuffisante, voire vaine si elle n’était est pas accompagnée d’une ouverture politique.

Les émeutes sont porteuses aussi d’un message politique fort : le besoin de liberté. Besoin d’ouverture du champ politique bouclé à l’émeri à cause d’un état d’urgence qui n’a d’utilité que pour empêcher l’expression des voix qui ne rime pas avec l’unanimisme ambiant. Les quatre jours d’émeutes sont un appel à une rupture dans le mode de gouvernance. Le message est clair.

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