Les banques sont-elles réticentes à financer les PME ou ce sont ces dernières qui vendent mal leurs projets ? Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) ouvre le débat sur les contraintes du financement et l’hypothèse de l’éviction du secteur privé du circuit du financement.
Le système bancaire se porte bien — de l’avis des spécialistes — mais cela contraste avec les difficultés qu’éprouvent les entreprises à financer leurs investissements. Le délégué général de l’Association des banques et établissements financiers (Abef) partage cette analyse. Prenant la parole à l’ouverture des travaux de la journée de l’entreprise, initiée par le FCE, il a disséqué les rapports souvent tendus entre les banques et les entreprises, apportant la preuve que les entreprises privées bénéficiaient de crédit plus que celles du secteur public. Selon Abderrezak Trabelsi, en 2012, le volume des crédits accordés au secteur privé était supérieur à celui accordé au public avec des taux respectifs de 52,8% et 47,16%. En 2011, ce taux était de 73,22%. L’éviction des PME du secteur privé du circuit des banques est donc «un faux débat», explique le délégué général de l’Abef. Il reconnaît néanmoins l’existence de dysfonctionnements et de contraintes réglementaires. L’Etat doit selon lui améliorer l’environnement administratif et réglementaire qui reste, dit-il, «l’un des plus défavorables». AU niveau des banques, il fait état de blocages dus à la pénalisation de l’acte de gestion qui reste un frein majeur. Mais les contraintes sont, selon lui, également du côté des entreprises qui, pense-t-il, souffrent de faiblesse dans le mode de gouvernance et de faiblesse de maturation dans les projets sous l’angle financier. Le FCE, de son côté, a recensé un ensemble de contraintes. Il situe la problématique autour du financement des activités qu’il s’agisse d’exploitation courante ou d’investissements. Le FCE s’étonne que l’accès au crédit soit encore considéré par les entrepreneurs comme un des premiers obstacles au développement de leurs investissements et considère que l’implication du privé national dans le secteur financier et bancaire reste encore faible. Pour le FCE, il est nécessaire de travailler à «améliorer chaque jour un peu plus la relation entre deux partenaires que sont la banque et l’entreprise». Omar Ramdane a insisté sur la question de la dépénalisation de l’acte de gestion qui «affecte gravement l’environnement de travail des banquiers publics. Il s’agit d’un problème récurrent qui n’a toujours pas trouvé de solutions». Il évoque l’épée de Damoclès suspendue sur la tête des banquiers et qui constitue «un frein très grave à leur capacité d’initiative, et en bout de course, une des raisons qui bloquent la modernisation et l’efficience de l’ensemble du système bancaire» et de conclure qu’il n’était pas question d’opposer les banques aux entreprises car, dit-il, «elles se trouvent les unes comme les autres confrontées aux mêmes contraintes».
N. I.
